près les envolées des élus et des experts télévisuels, il est intéressant de regarder ce que l’on peut qualifier d’un scrutin national, c’est à dire de l’opinion des français vis-vis de leur avenir. Les grands gagnants sont ceux qui s’en foutent : moins d’un électeur sur deux est allé voter ce qui prouve que soit ils ne croient plus dans les hommes politiques, soit qu’ils préfèrent laisser aux autres les décisions et se déclarent donc irresponsables.
Tripartisme.
Ensuite sur les 50% restants on assiste à une grande leçon liée à la création du tripartisme. C’est peut-être là l’événement le plus important. En effet il préjuge d’une assemblée nationale future où la France sortirait du bipartisme qu’elle a depuis le début de la Vème République. Certains, comme Bayrou, le souhaitaient au centre, en fait c’est l’apparition de l’extrême- droite qui le crée. Demain, en 2017, on peut se demander qu’elles seront les alliances qui se formeront au sein de l’Assemblée nationale pour pouvoir donner une majorité au chef de l’Etat ou bien pour désigner un Premier ministre.
Quand on voit que le soir même du vote, la présidente de l’UDI du Vaucluse, Corinne Païocchi, quitte le parti centriste pour aller au Fn, on peut se demander ce que seront les tractations qui se dérouleront lors des prochaines consultations nationales.
La désunion.
La politique de François Hollande est de lutter contre le chômage. Un gouvernement démocrate a peu de pouvoir dans ce domaine, puisque l’emploi est dévolu aux entreprises et non pas à l’Etat. Il axe donc son action sur un développement de l’activité économique pour créer de l’embauche. Dans ce but il met en œuvre une politique de droite (il n’a pas le choix) ce qui mécontente son électorat et surtout ses élus. D’où une dissension de la gauche qui ne voit pas la résolution de certains problèmes comme la précarité, voire la pauvreté, et des réformes structurelles qu’ils attendaient.
C’est donc la désunion qui est partie au combat électoral et qui en paye le prix. Les écologistes et Cécile Duflot en particulier, les râleurs du P.S. et même le Front de gauche, en refusant clairement l’union de la gauche ont provoqué ce résultat. Étonnant pour un François Hollande, particulièrement mitterrandien dans certains cas, d’avoir loupé cela.
L’union.
Elle est simple : UMP et UDI unis gagnent brillamment. Les membres des deux mouvements ont su faire fi de leurs divisions, même si l’UDI a appelé entre les deux tours au front républicain et que l’UMP a suivi le ni-ni sarkozien. Quoique cela semble discutable : si les médias s’empressent de clamer une victoire de l’ancien président, on se rend compte que la majorité de droite ne le soutient pas, loin de là. Le succès des départementales va le faire probablement remonter dans les sondages. Pourtant nombreux sont les républicains qui redoutent une éventuelle union avec l’extrême-droite dans le futur, tellement Nicolas Sarkozy a été influencé par Patrick Buisson.
L’extrême-droite.
C’est un succès, même si elle ne remporte aucun département. Elle navigue sur la poussée de l’extrême-droite européenne liée à la crise économique. L’enjeu est d’importance car on en oublie très souvent les propos xénophobes, partisans, nationalistes, peu compatibles avec la démocratie et l’Europe. Comme le fascisme mussolinien et l’hitlérisme elle profite de la crise en alignant des boucs émissaires qu’elle désigne comme responsables.
Est-ce pour cela que son électorat est raciste ? Pas totalement. Il est formé surtout de français qui pensent que les politiques en poste (droite et gauche) sont tous pourris et que l’on peut changer pour des candidats encore vierges pour n’avoir jamais gouverné. C’est se faire élire « contre » au lieu de se faire élire « pour ». François Hollande lui-même le reconnaissait au lendemain de son élection. Cela se confirme pour le Front national.
L’intérêt de la nation.
Il reste un goût amer dans la bouche au lendemain de ce scrutin. Les médias télévisuels (beaucoup moins la presse écrite) ont montré une politique faite de petites combines, de petits accords, bref de ce qui semble être des magouilles. Ce n’est pas forcément inexact car il ne faut pas oublier qu’à ces postes sont liées des rémunérations souvent complémentaires de celles de postes déjà occupés. Mais la voix du peuple a été claire et sans appel. Et c’est là que l’on démontre ce qu’est une démocratie et où se situe le pouvoir. « Tous pourris » ? Ce n’est pas le cas pour 50% des électeurs qui sont allés voter.
Peut-être faut-il penser alors à ce discours de de Gaulle prononcé à Londres pendant la guerre : « La France, c’est tout à la fois, c’est tous les français. C’est pas la gauche la France ! C’est pas la droite la France ! … Prétendre faire la France avec une fraction, c’est une erreur grave, et prétendre représenter la France au nom d’une fraction, cela est une erreur nationale. »
Christian Gallo - © Le Ficanas ®