Arson : l’histoire d’amour de Noël Dolla

La villa lui consacre son exposition de l’été et Dolla la transforme en une histoire d’amour. Professeur et directeur de l’école, il n’y exerce plus depuis quelques années et subitement il en éprouve un manque. Mais un manque de l’extraordinaire bâtiment conçu par l’architecte Michel Marot en béton et en galets traversé par des coursives, recouvert de terrasses et de pièges à lumière. Alors Noël Dolla décide d’occuper tout l’espace avec ses œuvres et celles de ses amis pour faire partager son histoire d’amour.

Dès le départ il encombre l’entrée de parapluies rouges, « je reste résolument rouge»,pour empêcher le visiteur de pénétrer dans la villa. En effet le parcours commence sur le côté, par la façade est. C’est «un joyeux bordel qui met tout à l’envers. Le parcours commence par le futur» déclare-t-il. Des fauteuils en bois émaillent le trajet et tout à coup nous tombons sur des « Étais d’été » soutenant les plafonds qui n’en n’ont nul besoin. Ces étais sont collés avec des plumes échappées d’un oreiller, et dominés par des blocs de paille d’où surgissent des plantes grasses poussant la tête en bas. Subitement pour nous faire découvrir les casquettes en béton en nous faisant lever la tête, Dolla a collé des bandes de papier blanc : «j’ai joué à Michel-Ange».

La promenade nous amène alors à l’extrémité sud de la villa, sous les bâtiments où Dolla a accroché des boites de pois chiches, qu’il prévoit bien utiles en temps de guerre. Un hommage peut-être à Manzoni, en supposant que c’était là un moyen de remplir celles de ce dernier. Mais le but est de nous faire remonter par cette allée superbe où les cyprès centenaires font face aux murs de galets.

Si Dolla n’exprime pas là son histoire d’amour avec le bâtiment, pourquoi nous inciter à effectuer ce trajet ? N’a-t-il pas fait peindre les portes des ateliers de l’école, fermés l’été, en laissant un petit trou pour nous inviter à découvrir les salles abandonnées ? Cela s’appelle «  Etant donné les vacances, eau et gaz à tous les étages ». Pour nous inciter à aller sur la plus belle terrasse, il y a érigé une œuvre de neuf mètres de haut intitulée « Tout les mots du monde », équipée comme un paratonnerre.

Puis on pénètre dans le bâtiment, on traverse trois salles vintage pour voir 250 tableaux de lui et de ses amis, alignés sur des étagères, cheminement d’une rétrospective où se mélangent ses passions et ses souvenirs. Plus loin, ce sont des oeuvres d’artistes américains de sa collection personnelle, et enfin une salle où Dolla expose ses grands tableaux dont sa dernière création posée par terre, avec une terrasse en bois qui permet de la découvrir «Les Dents de ma mère, pour un million de dollars», où il déclare  sérieusement que cela en est réellement le prix.

Ces amis sont nombreux sur les cimaises de la villa Arson, mais si on se contente de se placer devant une œuvre pour en porter un jugement, on risque de louper l’essentiel de cette promenade traversée par une rupture dans les lignes de l’avant-garde historique. Ce joyeux bordel, au sens de Pierre Bourdieu, témoigne de cinquante années de recherches et de passions. Une histoire d’amour…

Christian Gallo © Le Ficanas ® - Photos Christian Gallo

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