Le Royaume-Uni de Grande-Bretagne va-t-il exploser ?

On oublie souvent que la Grande-Bretagne est formée de quatre nations distinctes : l’Angleterre, le Pays de Galles, l’Ecosse et l’Irlande du Nord. Ces nations ont des gouvernements et parfois des parlements aux pouvoirs limités, mais réels. Boris Johnson, chef des Conservateurs, vient d’être nommé, par la majorité du Parlement, Premier ministre. Il est député de Londres et a la réputation d’être un fieffé menteur. Il l’était déjà quand il travaillait comme journaliste à Bruxelles auprès de l’Union européenne, mais surtout cela s’est aggravé quand il s’est lancé dans la campagne du Brexit. Tout était bon pour gagner. On l‘a même surnommé le Trump britannique…

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Ayant comme seul argument d’obtenir un Brexit sans accord, c’est à dire en balayant ce qu’avait obtenu Theresa May, il veut quitter l’Union européenne sans payer les dettes de la Grande-Bretagne. Le problème est que notre bon Anglais doit faire face à d’autres nations qui ne l’entendent pas de cette oreille, car si la majorité de la Grande-Bretagne a voté pour le Brexit en son temps, deux des quatre nations ne veulent pas en entendre parler. 52 % des Gallois souhaitent quitter l’Union, mais 62 % des Ecossais et 56 % des Irlandais du Nord souhaitent y rester. Arrivé en Ecosse sous les huées, Boris Johnson est reparti très discrètement. Indépendantistes écossais et conservateurs pensent qu’il ne cherche surtout pas  un accord avec Bruxelles. Un député écossais a déclaré « Heureusement que nous avons le canot de sauvetage de l’indépendance de l’Ecosse pour rester dans l’UE. »

Boris Johnson est Premier ministre car les Conservateurs ont la majorité au Parlement. Cette majorité est obtenue grâce aux élus de l’Irlande du Nord. Mais là rien ne va plus. En effet tous politiques favorables au Brexit, dont Boris Johnson, avaient omis de parler de la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande (celle du sud). En effet si l’Irlande du Nord quitte l’Union, la frontière se matérialise à nouveau. De 1969 à 1998 il y a eu 3.500 morts en Irlande du Nord. Les accord dits « du vendredi saint » de 1988 prévoient un référendum sur la réunification de l’île. La situation créée par le Brexit risque d’être explosive aussi bien pour les Britanniques que pour les Européens. Une guerre en Europe serait un énorme aveu d’échec et le danger est que Londres comme à son habitude (comme en Inde et Israel) laisse pourrir la situation et quitte les lieux.

Boris Johnson va-t-il se contenter de ses effets d’annonces et de ses envolées lyriques pour maintenir la stabilité du Royaume-Uni ? Va-t-il devoir compter sur la reine pour cela (Balmoral est en Ecosse) ?

Christian Gallo - © Le Ficanas ®

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