Nous avons plus de 10 millions de chômeurs ! Et des solutions ?

Lorsque l’on nous parle, d’un air catastrophé, de près de trois millions et demi de chômeurs dans le pays, on nous ment. Il ne s’agit que d’un jeu comptable subtil qui ne tient compte que de la catégorie A. En réalité, il faut cumuler les catégories A, B et C, ce qui donne 5.478.600 chômeurs à fin novembre 2014. D’ailleurs, il y a un an de cela Pole Emploi reconnaissait pratiquement six millions d’inscrits ; rien ne s’est amélioré depuis.

Mais ce chiffre reste inférieur à la réalité car il faudrait ajouter les 2,2 millions d’allocataires du RSA. En outre il faut ajouter à ce chiffre les demandeurs d’emploi qui ne sont pas, ou ne sont plus, inscrits à Pole Emploi. En décembre 2012 (il y a deux ans de cela) l’INSEE calculait 9.211.800 personnes touchées par le chômage en France. Nous avons probablement dépassé les 10 millions aujourd’hui.

Photo Emmanuel Pain. AFP

Photo Emmanuel Pain. AFP

Des dépenses sans limite.

Encore quelques chiffres, même si cela peut paraître lassant, mais qui éclairent l’avenir. Sur 66 millions d’habitants, 43 sont en âge de travailler (15-64 ans). Mais il y a en fait 28 millions de travailleurs dans le pays. Le problème, comme le démontre Jean-Philippe Delsol dans son ouvrage « Pourquoi je vais quitter la France », c’est que 14,5 millions de personnes dépendent d’une façon ou d’une autre de sommes dépensées par l’Etat. C’est à dire que ce sont les impôts que payent les contribuables qui financent plus de la moitié de l’emploi du pays.

Il y a déjà, 5,2 millions de fonctionnaires ; c’est 22% de la population active, contre 15% en moyenne dans l’Union européenne. Mais à cela il faut rajouter les chômeurs qui sont indemnisés, les bénéficiaires du RSA, 2 millions qui travaillent dans des secteurs parapublics et un million de personnes qui travaillent dans des associations financées par l’argent du contribuable. Mais ce n’est pas tout : on retrouve 750.000 salariés qui sont des emplois aidés et un million de personnes qui, dans l’agriculture, bénéficient des aides nationales ou européennes.

Allons-nous vers le communisme ?

Parler de communisme en France en 2015 pourrait paraître une billevesée mais lorsqu’autant de travailleurs sont en charge de la collectivité, nous ne sommes plus dans une société libérale, mais dans un Etat collectiviste. Une administration toute puissante dirige en fait le pays et, si cette administration assure une certaine stabilité face à la crise, elle empêche toute croissance.

En effet la grande majorité de ces emplois publics ou assimilés ne sont pas producteurs de richesse. L’argent des contribuables alimente des travailleurs qui vont dépenser leurs émoluments dans les grandes surfaces. De ce fait, seule la consommation intérieure fait tourner le pays. Et les marchands vont souvent s’approvisionner à l’extérieur du pays et de l’Europe, ce qui accroit le déficit de la nation. Etant donné que l’on produit de moins en moins on exporte de moins en moins.

Une solution possible ?

A court terme aucune. Le pays est à deux doigts de la crise sociale. Nous évoquions, il y a quelques jours dans le Ficanas le problème des 120.000 sdf. Il faut y rajouter les travailleurs pauvres, les chômeurs, les gens de plus en plus désespérés : une population somme toute jeune qui n’a plus rien à perdre. L’explosion devient possible.

La solution est dans des dizaines d’années. La formation, les études que l’on doit reconsidérer en profondeur, sont la seule solution à la résorption du chômage. 700.000 emplois ne trouvent pas preneur en France. Employés et agents de maîtrise de l'hôtellerie, conducteurs de véhicules, cuisiniers, vendeurs, cadres commerciaux, technico-commerciaux, ingénieurs de l'informatique sont les métiers où les gens ne veulent pas aller. Pourquoi ? Tout simplement par manque de formation.

L’exemple suisse.

Autre problème : la sous-évaluation des métiers manuels. Lorsque l’on va en Suisse il y a le plein emploi. Ce n’est pas une histoire de chocolat et de montres ; en Suisse la formation des jeunes est le premier devoir des chefs d’entreprise. Conclusion 70% des jeunes choisissent l’apprentissage plutôt que la filière académique, et les grandes écoles sont financées par les entreprises. L'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) en est le meilleur exemple. Financée par de grosses sociétés, elle compte 250 start-up dans son parc scientifique. Et puis, vu les résultats, n’oublions pas que la Suisse est le pays qui accueille le plus d’étrangers en Europe  pour satisfaire son économie.

Christian Gallo – Président fondateur de l’Association Interactive des Demandeurs d’Emploi

© Le Ficanas ®

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