Les protéger, c'est protéger la planète !

Ils sont des milliers, ils en représentent des millions. En Colombie, au Cambodge, en Russie, au Cameroun, etc. Tous vivent avec les mêmes craintes : les menaces, les arrestations, les agressions, l'assassinat. Leur tort : lutter contre un développement inhumain !

Par Karim Lahidji, président de la FIDH

Sur tous les continents, des femmes et des hommes luttent contre l'accaparement de leurs terres, contre les expropriations et expulsions forcées, contre la pollution des sols et des eaux : contre un développement inhumain.

Ces femmes et ces hommes luttent pour que leur terre, leur identité, leur mode de vie ne soient anéantis. Au péril de leur vie, trop souvent, ils s'engagent, dénoncent et tentent de faire valoir leurs droits et ceux de leur communauté.

Ils sont des milliers, ils en représentent des millions. En Colombie, au Cambodge, en Russie, au Cameroun, etc. Tous vivent avec les mêmes craintes : les menaces, les arrestations, les agressions, l'assassinat.

Les agresseurs ? Des policiers, des militaires, des membres de la sécurité privée d’une entreprise, des mercenaires. Les commanditaires ? Des entreprises irresponsables, avides de profit et des gouvernements corrompus, prêts à se mettre hors la loi et à sacrifier des personnes et des communautés entières pour réaliser leurs projets. Ces mêmes gouvernements, qui réunis à Paris lors de la COP21, essayeront, disent-ils, de préserver notre planète.

Les défenseurs des droits à la terre, car c'est bien de défense dont il s'agit, habitent souvent des régions reculées, éloignées des acteurs d’influence, où ils sont particulièrement vulnérables à la violence. Une violence à la hauteur des montants pharaoniques en jeu, qui a pris ces dernières années une ampleur dramatique. Entre 2011 et 2014, l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme, un partenariat de la FIDH et de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) a été saisi sur 43 assassinats. Au Guatemala, sur le premier semestre de l'année 2015, l'un de nos partenaires, UDEFEGUA, a recensé plus de 239 agressions contre des défenseurs des droits à la terre ; un chiffre en augmentation de 160% par rapport à 2014.

Outre la violence, le recours au harcèlement judiciaire et à la détention arbitraire est également utilisé par de nombreux États. Agissant sur le fondement de lois liberticides, certaines États criminalisent et mettent sous les verrous toute personne qu’ils estiment gênantes. « Propagande mensongère », « atteinte à la sécurité de l’État », « troubles à l’ordre public », les accusations abusives ne manquent pas et peuvent entraîner de lourdes peines de prison.

Lorsqu'ils ne sont pas corrompus, les organes judiciaires des pays dans lesquels se déroulent ces violations manquent le plus souvent d’indépendance, de moyens ou d’expertise. Peu d’enquêtes y sont ouvertes, et il est très rare de voir les agresseurs poursuivis. Selon l'Observatoire, 95 % des cas de harcèlement contre les défenseurs restent en effet impunis. Un véritable fléau, pour les défenseurs et pour la planète.

Le dialogue peut jouer un rôle important dans la prévention et la diminution de ces violences ; encore faut-il que les populations affectées aient été informées et consultées. Certains mécanismes internationaux peuvent également permettre de prévenir et d'alerter sur telle ou telle situation inquiétante lorsque les juridictions nationales sont défaillantes ; malheureusement, leurs décisions ne sont pas juridiquement contraignantes et leur portée limitée.

Non, ce dont nous avons besoin, ce dont les défenseurs ont besoin, c'est outre le renforcement des mécanismes de protection, l'accès effectif à la justice au niveau national, et la mise en place d'un cadre juridique international contraignant permettant d'engager la responsabilité des Etats mais également des entreprises quand ces dernières, pour toujours plus de profits, saccagent la planète et violent les droits humains.

Le droit est essentiel. Il est la solution et ne peut qu'être le produit d'une détermination politique sans faille. Les défenseurs des droits à la terre sont en première ligne. Leurs engagements, leurs témoignages, leurs activités sont indispensables et contribuent directement à la préservation de la planète. Reconnaître leur légitimité et assurer leur protection est une nécessité, un devoir. Ne pas l'affirmer lors de la COP21 serait une erreur.

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