Au Honduras, un journaliste arrêté en direct !

Au Honduras, un journaliste critique du régime a été arrêté en plein direct par les forces spéciales de la dictature de Juan Orlando Hernandez. L'indignation internationale se fait désespérément attendre.

Les forces spéciales TIGRES arrêtent le journaliste David Romero dans les locaux de Radio Globo à Tegucigalpa, Honduras, le 28 mars 2019. © Reuters/Jorge Cabrera Les forces spéciales TIGRES arrêtent le journaliste David Romero dans les locaux de Radio Globo à Tegucigalpa, Honduras, le 28 mars 2019. © Reuters/Jorge Cabrera

En 2009, le président hondurien Manuel Zelaya, un centriste modéré, était renversé par un coup d'Etat timidement condamné à l'international. Il a eu le tort d'avoir adhérer un an plus tôt à l'ALBA (Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique), organisation d'intégration latino-américaine créée par Hugo Chavez et Fidel Castro en 2005, et à Petrocaribe, un programme d'achat de pétrole au Venezuela à un prix inférieur de 50% à celui du marché.

Ce coup d'Etat a mis un coup d'arrêt à la démocratie dans le pays, et a laissé place à des simulacres d'élections démocratiques. L'actuel président, Juan Orlando Hernandez ou « JOH », au pouvoir depuis 2014, refuse de lâcher son siège et dirige le pays d'une main de fer1. L'ultra-violence des gangs et de la répression, ainsi que la corruption généralisée, n'ont que peu d'échos dans la presse internationale. Une grande partie de la récente caravane de milliers de migrants arrivant aujourd'hui aux Etats-Unis par exemple, fuient pourtant précisément le Honduras2.

David Romero Ellner est un journaliste critique de la dictature qui avait mis en avant des affaires de corruption du régime de JOH, notamment l'utilisation de fonds publics pour sa campagne présidentielle. Le jeudi 28 mars, alors qu'un ordre de capture a été émis contre sa personne dès le 14 mars, il était réfugié dans les locaux de Radio Globo quand les forces de police sont arrivées. Les médias ont rapidement été mis au courant et le journaliste Romero Ellner diffusait en direct depuis l'intérieur du bâtiment. Cela n'a pas empêché les TIGRES, agents d'une force spéciale créée par le dictateur JOH et entraînée par les forces armées des Etats-Unis et la police nationale colombienne3, de pénétrer à l'intérieur à la mi-journée et de capturer le journaliste.

Capture d'écran des deux tweets de la CIDH condamnant l'arrestation de David Romero. Capture d'écran des deux tweets de la CIDH condamnant l'arrestation de David Romero.

La Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme (CIDH), organisme de l'OEA dont la principale occupation est pourtant de parler en permanence des « droits de l'homme » au Venezuela, a condamné cette arrestation, appelant l'Etat hondurien à « reconsidérer cette décision ». La nouvelle n'a cependant trouvé pratiquement aucune résonance dans le paysage médiatique français notamment, dont le silence est assourdissant. Si seulement le président hondurien s'appelait Maduro.

Sources :

1 : La dépêche, Honduras: prise de fonction de "JOH", l'opposition dans la rue, 27/01/2018
2 : Ouest-France, Honduras. Un millier de migrants sur la route des Etats-Unis, 16/01/2019
3 : El Heraldo, Se gradúa primer grupo de TIGRES en Honduras, 19/06/2014

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