Venezuela: Révolution bolivarienne de B à M #5 FIN

Episode 5: Bilan, critique, et suite de la Révolution

Nous y sommes, au moment présent. Je finis d'écrire cette série d'articles consacrée à la révolution bolivarienne au mois de septembre 2017. Evidemment, l'histoire continue de s'écrire même si ici, une poignée de personnes prennent la plume pour la raconter. Mais avant de clore définitivement cette série, j'aimerais revenir avec vous sur l'ensemble de ce que j'ai écrit durant cet été 2017, afin de répondre à certaines questions de fond et de forme que l'on pourrait se poser.

 © Filip FI © Filip FI

Que retenir de la révolution bolivarienne? 

Excluons un instant la situation de crise que connait le pays aujourd'hui. La révolution en cours au Venezuela depuis maintenant dix-huit ans, c'est avant tout un extraordinaire progrès social alimenté par une nouvelle redistribution des richesses. On l'a vu, la pauvreté a fait un recul spectaculaire dans le pays, les plus pauvres ont vu leurs conditions de vie s'améliorer d'année en année. Les richesses de l'or noir, autrefois détournées par une oligarchie bien ancrée dans le pays, se sont vu répartir de façon plus juste et équitable. Et tout cela s'est fait dans un cadre démocratique, prouvant ainsi qu'il existe une alternative sérieuse au parti unique pour mener une révolution.
Le deuxième aspect était autrefois très rare en Amérique latine: la souveraineté. Je vous l'ai dit, en reprenant possession de la manne pétrolière, le peuple vénézuélien a enfin réussi a récupérer une partie de sa souveraineté économique, quitte à s'attirer les foudres de ceux qui possédaient anciennement celle-ci. Et au-delà même de la souveraineté économique, c'est également une souveraineté politique qui a été retrouvée. La révolution a à la fois mis fin au puntofijismo, c'est-à-dire la pseudo alternance politique entre des partis qui, pendant des années, ont gouverné tour à tour avec les mêmes objectifs, et a aussi permis au Venezuela de retrouver sa place sur la scène politique internationale, de laquelle on l'avait écarté par sa subordination aux Etats-Unis d'Amérique.
Enfin, la révolution a également permis à tout un continent de se réveiller, faisant émerger un espoir sans précédent dans une Amérique que l'on croyait éternellement sous domination du nord. Et bien que la situation actuelle soit compliquée pour le mouvement progressiste latino-américain, les consciences, elles, ont été éclairées, et le resteront encore pour un bon moment.

Quelle critique apporter à la révolution?

Bon, si vous avez lu l'intégralité de la série, vous vous doutez bien que la critique à faire ne se porte pas sur des questions de "dictature", de "monopolisation des médias" ou je ne sais quelle autre sornette destinée à détourner le regard de ce qu'a apporté la révolution au peuple vénézuélien. Sans donner aucune leçon, à mes yeux la critique doit se faire sur deux points essentiels.
Le premier est au niveau économique. Bien que le problème ne soit pas inhérent à la révolution, la dépendance au pétrole n'a toujours pas été résolue, et peu de choses ont été faites jusqu'à présent pour diversifier l’économie (les rares tentatives ont échoué). A cela s'ajoute un appareil productif qui n'a pas été modernisé et qui n'a pas suivi les progrès sociaux de grande ampleur.
Le second point concerne davantage le niveau culturel, qui est pour moi la critique majeure que l'on peut faire. Un problème se pose quand vous donnez des moyens considérables à des gens qui jusque là, n'avaient pratiquement rien. Si vous faites une révolution de type socialiste, ce n'est surement pas pour que les gens puissent s'acheter des villas ou des yachts. Tout le problème est là, les gens se sont enrichis, une classe moyenne est apparue, et les "anciens pauvres" que le chavisme a sortie de la misère, se rebellent maintenant contre celui-ci. Pourquoi? Parce que, à titre d'exemple, encore aujourd'hui on peut voir des publicités de luxe sur des bâtiments à Caracas. Quand vous donnez à un pauvre de l'argent, et que vous ne lui expliquez pas que la source de son bonheur ne se trouvera pas dans la Mercedes que la publicité veut lui vendre, ça en fait un futur contre-révolutionnaire, et c'est exactement ce qui se passe aujourd'hui.

Comment se positionner par rapport à l'actualité vénézuélienne?

Pour prendre position par rapport à ce qui se passe aujourd'hui, il faut prendre la révolution dans son ensemble, et c'est ce à quoi servait cette série. Doit-on soutenir ou non la révolution? Si vous vous revendiquez du progressisme, au sens humaniste du terme, évidemment que oui. Cela empêche-t'il l'esprit critique? Naturellement non. Alors n'ayons pas peur d'afficher clairement notre soutien à la révolution bolivarienne. Vous l'avez vu, le gouvernement est sans arrêt en proie à des agressions venant de gens pour qui la démocratie n'est qu'un slogan de campagne. Il faut vous mettre à l'esprit que le combat politique là-bas n'est pas loyal. Le gouvernement démocratique doit faire face à une opposition qui ne l'est pas malheureusement, c'est une pression terrible qui s'exerce sur lui. Alors évidemment qu'il y a des erreurs commises (comme partout on en fait), mais il ne faut pas se braquer et arrêter tout soutien à la moindre petite déviance du côté chaviste. Au contraire, il est préférable d'exprimer son désaccord pour faire avancer les choses, tout en soutenant la révolution dans sa généralité. Je dis souvent qu'on a le droit (et même le devoir) de critiquer, mais il ne faut pas le faire en changeant de camp.
La solidarité avec la révolution bolivarienne est importante. En ce 11 septembre, on doit se rappeler que si Allende est mort ce 11 septembre 1973, c'est aussi parce qu'il a été délaissé par une bonne partie de la gauche, qu'on avait monté contre lui en provoquant délibérément une crise économique dans le pays. Le moindre article partagé, le moindre message sur les réseaux sociaux, ou même le moindre tweet, contribuent à faire émerger la vérité, et ainsi faire comprendre aux puissants qu'ils ne peuvent faire comme bon leur semble dans un pays et une région qu'ils dominaient jadis. Car si le Venezuela tombe, je crains que ce soit tout un continent qui retombe dans les abysses de la soumission à un empire, qui n'a que faire des populations qu'il prétend contrôler.
¡Hasta la victoria siempre compañeros!

Remerciements:

Bien que j'ai été seul à écrire les articles, j'ai eu la chance d'avoir quelques informations sur l'actualité directement en provenance du Venezuela grâce à Christian Rodriguez, qui y voyage régulièrement, et que je remercie beaucoup. Un grand merci à Isabel qui a relue et corrigé les fautes dans mes articles (sans que je lui demande quoi que ce soit en plus, par pur plaisir). Enfin je remercie également Olivier Berruyer qui m'a fait l'honneur de relayer mes articles sur son blog Les Crises, Thierry Deronne qui m'a relayé sur son blog Venezuela Infos, et toutes les personnes qui ont partagé les articles sur les réseaux. Merci à vous infiniment! A bientôt!

RÉCAPITULATIF DES ÉPISODES: Venezuela: Révolution bolivarienne de B à M

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