Rétrospective | Longs métrages

Comment le cinéma a-t-il mis en image et en son le processus éducatif, la travail de formation, et l’institution-école ?

Les films que nous avons choisis pour cette rétrospective en ligne ne sont qu’un échantillon du vaste corpus autour de ces motifs et de cet imaginaire. Selon le principe de l’iceberg, il y a toute une panoplie d’œuvres « underground » qu’on ne peut montrer à cause de la question des droits, des sous-titrages, de la disponibilité des copies numérique, etc.

Et donc des choix par constellation se sont imposés. Il s’agit d’un jeu combinatoire auquel on se livre dans l’après-coup, une fois que la figure dans le tapis de la programmation s’est révélée à nous et que parentèle et homologies nous apparaissent avec clarté... LIRE LA SUITE

VISIONNER LES FILMS DE LA RÉTROSPECTIVE EN LIGNE !


 

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Un film de Marco Ferreri

Fiction / France, Italie / 115′ / 1980 / 23 Giugno s.r.l., A.M.S. Productions, Pacific Business Group

FILM D’OUVERTURE | vendredi 19 février – 20h30
Film suivi d’un échange enregistré entre Adriano Aprà, critique et historien du cinéma, ancien directeur de la Cinémathèque nationale de Rome et Stefania Parigi, professeure à l’Université de Rome, historienne du cinéma, spécialiste du cinéma italien, animé par Federico Rossin, historien du cinéma, conférencier, programmateur indépendant.

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© 1976 CITE FILMS. Une production AMS/ Pacific Business Group/ 23 Giugno s.r.l./ Best International

 

Roberto n’est pas un instituteur comme les autres. Ce Pierrot lunaire est convaincu que l’école n’est pas adaptée à l’épanouissement des enfants. Aussi, après avoir jeté au rebut les textes sacro-saints de la pédagogie, il se livre dans sa classe aux expériences les plus folles…

Ferreri nous raconte, sur le mode d’une fable drôle, lunaire et subtilement angoissante, l’histoire d’une régression vers l’enfance et le ventre maternel. Roberto, au contact avec des enfants, des femmes, des animaux, prend conscience de l’échec de la civilisation de l’homme-mâle. Son projet est celui de déconstruire l’école et son langage, la pédagogie, mais Roberto fait exploser aussi les contradictions de la famille, des institutions et de l’usine. Son épanouissement libertaire n’est pas une simple utopie anti-consumériste, mais une vraie sortie de l’Histoire.


 

Un enfant de Calabre [Un ragazzo di Calabria]

Un film de Luigi Comencini

avec Gian Maria Volontè, Thérèse Liotard, Diego Abatantuono

Fiction / Italie, France / 108′ / 1988 / U.P. Schermo Video, IIF – Italian International Film, Rai – Radiotelevisione Italiana 

FILM DE CLÔTURE | samedi 27 février – 20h30
Film présenté par Federico Rossin

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Dans un petit village de calabre des années soixante, Mimi, jeune adolescent, ne pense qu’à une chose: courir pieds nus à travers la campagne. Il court par plaisir. C’est ainsi qu’il attire l’attention d’un vieux chauffeur de car, Felice qui le prend sous son aile malgré l’opposition de Nicola, le père de Mimi qui veut que son fils étudie pour avoir une autre vie que la sienne.

Luigi Comencini est un des grands maîtres du cinéma italien : dans une œuvre si riche, qui commence dans l’après-guerre pour s’achever au début des années 90, on remarque la présence constante des enfants dans ses films et ses enquêtes pour la télé. Un ragazzo di Calabria est une fable moderne, sobre et classique, bien loin du cinéma spectaculaire sur le sport des années 80. Comme toujours chez Comencini, l’histoire d’un enfant nous permet de renverser notre vision adulte sur le monde, de la relativiser et de retrouver enfin une simplicité originaire. Mimi, enfant rebelle du Sud qui rêve la victoire du coureur de fond aux pieds nus, l’éthiopien Abebe Bikila, est sans doute un frère de Pinocchio et un cousin de l’Incompris, mais ici Comencini se fait plus politique et le goût de revanche des humbles prend une saveur à la Gramsci.


 

High School

Un film de Frederick Wiseman

Documentaire / États-Unis / 75′ / 1968 / Zipporah Films

à partir du samedi 20 février à 19h puis jusqu’au 22 février
Film suivi d’une rencontre en direct entre Charlotte Garson, journaliste et critique de cinéma, rédactrice en chef adjointe des Cahiers du cinéma et Federico Rossin.

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©Blaq Out

 

Deuxième film de Fred Wiseman, High School est tourné dans un lycée de Philadelphie réputé pour être un berceau de la bourgeoisie. Wiseman y déconstruit l’institution et son idéologie pièce par pièce.

Ce film foucaldien est une machine impitoyable à démasquer les valeurs sociales qui se cachent derrière l’école. À travers des rencontres avec les élèves, les professeurs, les dirigeants et les parents, Wiseman montre à l’oeuvre le travail de l’idéologie conservatrice, sa force disciplinaire sur les corps et les esprits, sa puissance symbolique qui finit par produire des citoyen(ne)s prêt(e)s au conformisme et la soumission. Le pouvoir n’a pas un meilleur moyen que le savoir pour s’imposer.

 


 

Journal d’un maître d’école

Un film de Vittorio de Seta

Documentaire / Italie / 270′ / 1973 / RAI – Rai Radiotelevisione Italiana, Bavaria Film International, Miro Film

DEUXIÈME DIFFUSION EXCEPTIONNELLE le dimanche 28 février à 18h
Film suivi d’une conférence enregistrée en ligne de Federico Rossin, programmateur et historien du cinéma, auteur du livre/DVD Journal d’un maître d’école. Le film, un livre paru aux Éditions L’Arachnéen, en 2019. 

VOUS N’AVEZ PAS PU VISIONNER L’ENSEMBLES DES ÉPISODES ? Vous pouvez vous procurer le livre/DVD édité aux ÉDITIONS L’ARACHNÉEN.

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©Photographie prise sur le tournage du film de Vittorio de Seta, Diario di un maestro (1971-1973). DR. Et reproduite en couverture du livre/DVD publié par les éditions L’Arachnéen (2019), Journal d’un maître d’école, sur une idée de Federico Rossin

 

Dans une école de la banlieue de Rome, les élèves désertent les cours, préférant l’école de la rue. Un instituteur les convainc de retourner à l’école et expérimente avec eux une nouvelle manière d’enseigner. Un film bouleversant et essentiel.

Tourné en 16 mm avec son synchrone, ce film est réalisé pour la télévision publique, la RAI, qui le programme en 4 épisodes qui seront un succès d’audience et donneront lieu à un grand débat sur l’école publique. Il s’agit certainement du film le plus lucide, passionné, intelligent, jamais produit en Italie sur ce thème. De Seta invente une forme hybride qui dépasse les catégories de documentaire, fiction ou film-enquête : il implique dans le processus créatif les enfants, leurs familles, les habitants du quartier, les acteurs, appliquant ainsi les principes d’enseignement anti-autoritaire nés de 68 au film lui-même. De Seta ouvre le film à la vie réelle, bouleversant le tournage, écrivant au jour le jour le scénario, retrouvant dans l’improvisation permanente la fraîcheur amoureuse qui était celle des débuts de ce grand maître du cinéma italien.

 


 

Examen d’État

Un film de Dieudo Hamadi

Documentaire / Congo Kinshasa (RDC), Sénégal, France / 90′ / 2014 / Agat Films & Cie, Karoninka, Studios Kabako, Vidéo de Poche, vià Vosges

lundi 22 à 14h et vendredi 26 février à 20h30
Film suivi d’un rencontre enregistrée entre Dieudo Hamadi et Federico Rossin.

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©AGAT Films & Cie 2014

 

À Kisangani, en République démocratique du Congo, un groupe de lycéens qui n’a pas les moyens de s’acquitter de la “prime des professeurs” s’organise pour préparer ensemble l’examen d’Etat (le baccalauréat congolais).

Un diplôme obtenu mais sans formation, une jeunesse abandonnée au désespoir et aux croyances les plus folles, un système qui pousse à la tricherie en misant tout sur la réussite finale : le film de Dieudo Hamadi, avec le calme de ses images, la sobriété de sa mise en scène, cache en réalité un film politique d’envergure. Même s’il est plutôt un conteur d’histoires qu’un analyste ou un sociologue, ce film devient clairement une métaphore de la société congolaise actuelle. Avec la rigueur et la bonne distance de sa caméra, Hamadi nous permet de juger sans être pris en otage.


 

La chasse au snark

Un film de François-Xavier Drouet

Documentaire / France / 100′ / 2013 / The Kingdom

du 22 au 26 février
Film suivi d’une rencontre enregistrée entre François-Xavier Drouet et Federico Rossin.

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©The Kingdom

 

En Belgique, l’enseignement de type 3 regroupe les enfants jugés inadaptés au système scolaire classique, en raison de troubles du comportement. Fondé en 1973 à la Louvière, dans un projet d’autogestion et d’éducation non répressive, le Snark accueille en internat-école une trentaine de ces jeunes.

Au départ le film avait comme sujet l’autogestion, héritage de mai 68, au final c’est un film sur la relation des jeunes avec les adultes et le regard est tourné clairement vers les adolescents. C’est un film de cinéma direct, donc une tradition qui accorde une importance capitale aux mots, et en même temps c’est une œuvre qui mesure toutes les limites de la parole et de la communication verbale. Le corps est le vrai sujet que François-Xavier Drouet filme, en tissant un récit polyphonique sur une structure symphonique (les quatre saisons), et en prenant en compte la singularité de toutes les personnes à l’image.


 

Il maestro di Vigevano

Un film de Elio Petri

avec Alberto Sordi, Claire Bloom, Piero Mazzarella

Fiction / Italie / 113′ / 1963 / Dino de Laurentis

lundi 22 février à 20h30
Film présenté par Federico Rossin

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©StudioCanal

 

Dans la petite ville de Vigevano, capitale lombarde de la chaussure, Antonio Monbelli gagne sa vie comme instituteur, un métier désormais déclassé. Il doit faire face aux plaintes de sa femme qui aspire à un train de vie meilleur et voudrait être “comme les autres”.

Un jour, elle trouve un emploi d’ouvrière dans une usine : pour Monbelli, c’est le début d’une amère remise en question de son monde… Adaptation du roman de Lucio Mastronardi, une œuvre expressionniste traversée par la noirceur de son esprit et la puissance du dialecte : le choix esthétique de Petri est de croiser les chemins de la comédie à l’italienne (l’interprétation d’Alberto Sordi, le scénario de Age & Scarpelli) et sa position d’auteur engagé. Le résultat est une féroce fable grotesque, digne d’une nouvelle de Gogol.


 

Saint-Cyr

Un film de Patricia Mazuy

avec Isabelle Hupert, Morgane Moré, Nina Meurisse

Fiction / France / 119′ / 2000 / Archipel 35 / Archipel 33

mardi 23 février à 20h30 & mercredi 24 février à 18h30
Film suivi d’une rencontre enregistrée entre  Geneviève Sellier, historienne du cinéma et Federico Rossin

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©Diaphana

 

Fin du XVIIe siècle.  Anne de Grandcamp et Lucie de Fontenelle, deux petites Normandes, arrivent à l’école de Saint-Cyr, créée par Mme de Maintenon pour éduquer les filles de la noblesse ruinée par les guerres et en faire des femmes libres.

La réussite du film de Patricia Mazuy tient à une subtile synthèse entre un souci documentaire plus poussé que le cinéma ne nous y a habitué et la volonté de revisiter une période historique éloignée avec une problématique contemporaine, ici celle de l’émancipation des femmes. Parce que la cinéaste est une femme, elle parvient à construire un regard à la fois empathique et distancié pour montrer les ravages intérieurs que provoquent chez les protagonistes la violence symbolique qu’elles subissent. Cette violence s’exprime dans la mise en scène par la transgression des codes du film historique, et c’est cette modernité qui donne à ce morceau d’histoire son poids d’authenticité.


 

Le libraire de Belfast

Un film de Alessandra Celesia

Documentaire / Royaume-Uni, France / 54′ / 2011 / Zeugma Films, Dumbworld Productions, vià Vosges, Nothern Ireland Screen

du 23 au 26 février
Film suivi d’un rencontre enregistrée entre Alessandra Celesia et Federico Rossin

En partenariat avec Documentaire sur grand écran

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©Ray Carlin

 

Un rappeur couvert de cicatrices, un punk dyslexique amateur d’opéra, une chanteuse adepte de x-factor. Le libraire de Belfast a construit son arche sur les échafaudages de sa petite maison en briques, où des centaines de volumes invendus racontent le naufrage d’une ville. John Clancy cherche un nouveau chemin dans les pages jaunies par le temps et les cigarettes consommées sans modération. 

Belfast est une ville traversée de blessures, comme celles qui couvrent la peau des personnages, filmés si proches par l’opérateur du film. Celesia ne cède à aucun cliché sur la ville traumatisée par le terrorisme, mais elle nous fait accéder à une grande proximité au corps et elle fait sentir une vraie empathie pour les rêves de ces personnages en quête d’un père, d’une arche, d’une voie pour s’échapper du déluge.


 

Nous, princesses de Clèves

Un film de Régis Sauder

avec Abou Achoumani, Laura Badrane, Morgane Badrane

Documentaire /France / 69′ / 2011 / Nord-Ouest Documentaires, France Ô

du 23 au 24 février
Film suivi d’une rencontre enregistrée entre Régis Sauder et Federico Rossin

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©Shellac

 

Aujourd’hui à Marseille, des élèves du Lycée Diderot s’emparent de « La Princesse de Clèves » pour parler d’eux. A 17 ans, on aime intensément, on dissimule, on avoue. C’est l’âge des premiers choix et des premiers renoncements.

Comment les jeunes apprennent, s’approprient d’un roman et se reconnaissent dans la culture classique, et comment un cinéaste essaie de le faire à son tour, en traduisant tout ça dans un choix précis de mise-en-scène : c’est un parcours en miroir. La puissance politique de ce film nous renvoie à la question de l’émancipation intellectuelle et de l’égalité des intelligences : les professeurs sont presque absents et les vrais spécialistes de Madame de La Fayette sont désormais les jeunes. C’est un renversement de l’institution, de la pédagogie, et des clichés de films sur l’école. Sauder vise aussi un changement dans la représentation des classes populaires, celles habitant dans les quartiers « sensibles », en leur offrant la possibilité de s’associer au projet et donc de se représenter par eux-mêmes.


 

Pas comme des loups

Un film de Vincent Pouplard

Documentaire / France / 59′ / 2016 / Les Films du Balibari

du 24 au 27 février
Film suivi d’une rencontre enregistrée entre Vincent Pouplard et Federico Rossin.

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©Vendredi

 

Roman et Sifredi ont à peine 20 ans. Ils sont en mouvement, comme leur identité, entre exclusion et marginalité. Dans des lieux secrets, souterrains, squats, lisières de bois, sous des ciels nuageux ou des néons à faible tension, ils inventent leur vie, leur langage et leurs codes. 

« Ces cinq dernières années, ils ont connu séparément la captivité, la fuite et les parcours d’insertion. Ils ont connu ensemble l’insouciance, la violence, les jugements. Aujourd’hui devenus majeurs, les galères sont persistantes, mais selon eux, le meilleur reste à venir. Je les rencontre alors qu’ils digèrent le passé, se projettent vers un avenir qu’ils dessinent pas à pas. » Le titre du film nous renvoie au choix du réalisateur de ne pas céder à une iconographie qu’on connaît bien : l’image des jeunes délinquants livré par les média et les journaux. La beauté et la sensualité contre les visages floués, la poésie et l’épaisseur du langage contre les voix déformées, la pudeur et le secret du hors-champ contre le spectaculaire et le voyeurisme. 

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