Rétrospective | Courts métrages

Comment le cinéma a-t-il mis en image et en son le processus éducatif, la travail de formation, et l’institution-école ?

Les films que nous avons choisis pour cette rétrospective en ligne ne sont qu’un échantillon du vaste corpus autour de ces motifs et de cet imaginaire. Selon le principe de l’iceberg, il y a toute une panoplie d’œuvres « underground » qu’on ne peut montrer à cause de la question des droits, des sous-titrages, de la disponibilité des copies numérique, etc.

Et donc des choix par constellation se sont imposés. Il s’agit d’un jeu combinatoire auquel on se livre dans l’après-coup, une fois que la figure dans le tapis de la programmation s’est révélée à nous et que parentèle et homologies nous apparaissent avec clarté…|LIRE LA SUITE|

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Elles

Un film de Ahmed Lallem

Documentaire / Algérie / 22′ / 1966 / CNC

Collection Cinémathèque française

du 20 au 28 février
Film suivi d’une rencontre enregistrée entre Nabil Djedouani, réalisateur, acteur et fondateur des Archives Numériques du Cinéma Algérien et Federico Rossin

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©Ahmed Lallem, 1966

 

Au lendemain de l’indépendance, des lycéennes algériennes disent leur frustration et clament leur volonté de vivre.

Le montage, très construit et très nerveux, a retenu peu de longues interventions ; il agence minutieusement des fragments de paroles qui se répondent ou s’opposent. Les lycéennes (aucune n’est nommée) disent leur frustration de ne pas sortir, de ne pas être comprises de leurs parents et leur refus du mariage arrangé. Elles clament leur volonté de vivre. L’une rêve de métiers accessibles aux femmes seulement en URSS, l’autre plus modestement de donner à ses enfants ce qui lui a manqué. Produit par le Centre national du cinéma (algérien), terminé en 1967, le film fut montré à la Cinémathèque d’Alger et ne fut pas diffusé en Algérie. 


 

Rédactions

Un film de Peter Nestler

Documentaire / Allemagne de l’Ouest (RFA) / 10′ / 1963 / Autoproduction

du 20 au 22 février
Film présenté par Federico Rossin

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©1963 Deutsche Kinemathek / Peter Nestler

 

Dans un petit village de montagne du canton de Berne, Peter Nestler réalise un film touchant et sensible sur une école maternelle. Ce sont les écoliers qui nous dévoilent leur vie quotidienne, en nous lisant leurs rédactions.

C’est leur regard qu’apprend à suivre Nestler, attentif au moindre geste, en rendant à ce qui paraît banal son épaisseur et sa nécessité. Et nous, spectateurs, réapprenons à voir et recommençons peut-être à comprendre notre monde d’une manière plus fraîche, plus concrète, plus intense – nous avons la chance d’être les véritables élèves.


 

Bon pour le service

Un film de Edouard Luntz

Documentaire / France / 15′ / 1963 / Armor Films

du 22 au 24 février
Film présenté par Federico Rossin

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« Bon pour le service » explore le désarroi de jeunes appelés pour le service militaire. La France vit les dernières heures de la guerre d’Algérie ; eux, celles de leur adolescence.

Édouard Luntz est un trésor caché du cinéma français : assistant de Nicholas Ray et de Jean Grémillon, il chantera l’indomptable fureur de vivre du premier avec la mélancolie politique et la sensualité du deuxième. Bon pour le service fut interdit jusqu’en 1968 à cause des propos clairement antimilitaristes tenus par les jeunes recrues potentielles pour la guerre d’Algérie. C’est un pamphlet qui se fait chronique sociologique, un essai filmique qui vire à la poésie. Luntz invente un style jazz, plein d’inventions formelles, une forme qui brise les frontières entre documentaire et fiction : une subversion par les images et les sons.


 

Un sac de puces

Un film de Vera Chytilová

Documentaire / Tchécoslovaquie / 45′ / 1962 / Studio Populárne Vedeckych a Naucnych Filmu Praha (Studio de vulgarisation scien, Krátký Film

mardi 23 février à 18h30 et dimanche 28 février à 14h
Film présenté par Federico Rossin

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©NFA

 

Des jeunes filles âgées de quinze à dix-huit ans vivent dans l’internat d’une usine de textile. Un conflit éclate entre elles, les éducatrices et la direction. Un film de rébellion et de liberté.

Le deuxième film de Věra Chytilová, pionnière du nouveau cinéma tchèque et féministe, était censé être une simple enquête sociologique sur un groupe d’apprenties adolescentes dans une école-usine de textile. Mais depuis le début, la réalisatrice travaillait avec un scénario: tout était déjà organisé et les jeunes non-actrices ont souvent improvisé les dialogues, de sorte que les mots ont fini par correspondre à leur vie et à leur système de valeurs, reflétant leur vérité intérieure. Cette dimension intime est renforcée par le regard subjectif de la caméra : l’internat nous est présenté à travers les yeux de la nouvelle venue Eva, qui n’apparaît qu’à la fin du film et décrit l’environnement qui l’entoure avec un monologue intérieur plein d’éléments d’argot. Un film de rébellion et de liberté.


 

En rachâchant

Un film de Danièle Huillet, Jean-Marie Straub

avec Raymond Gérard, Olivier Straub, Nadette Thinus

Fiction / France / 7′ / 1982 / Straub-Huillet, Diagonale, INA

du 25 au 27 février
Film présenté par Federico Rossin

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©Agence du court-métrage

 

Un petit garçon têtu et sérieux comme un pape derrière de grosses lunettes de myope réalise le rêve de tous les enfants en âge d’aller à l’école primaire : celui de dire une bonne fois pour toutes ‘merde’ au professeur et à ce qu’il représente.

Les Straub signent leur premier film jeune public ! Au delà de ce paradoxe, il y a comme toujours,  un texte au départ – dans ce cas un livre pour les enfants écrit par Marguerite Duras après mai 68 –, des lieux arpentés par une mise-en-scène extrêmement précise – une cuisine et une salle de classe –, des corps qui incarnent, disent, chantent et soufflent (quelque part entre Brecht, Bresson et Schönberg). Contre le didactisme de l’école, le farouche Ernestino nous livre une leçon de pédagogie socratique subversive : son refus d’apprendre le discours du maître est aussi la plus claire introduction à la méthode de ce couple d’artistes encore trop peu connue.


 

Rentrée des classes

Un film de Jacques Rozier

avec René Boglio, Nicole Foudrain, Pierre Giraud

Fiction / France / 24′ / 1955 / Dovidis

du 25 au 27 février
Film présenté par Federico Rossin

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©Agence du court-métrage

 

Le jour de la rentrée des classes à Correns, un village du Var. Un écolier commence l’année scolaire en faisant l’école buissonnière.

Jacques Rozier est le Rimbaud du cinéma français, encore aujourd’hui à 95 ans. Ce court-métrage sublime contient tous les éléments de son œuvre à venir. L’école buissonnière du petit fugitif René, sa baignade dans la rivière et sa fusion panique dans la lumière matinale qui traverse les feuilles, sont dignes à la fois de la Partie de campagne de Jean Renoir, de la légèreté de la Flûte enchantée  mozartienne, de la vibration de tableaux de Monet et Dégas. Rozier transforme un village du Var et ses habitants en décor naturel pour la première de ses parenthèses enchantées, ardente de sensualité et plongée dans la durée extatique d’une initiation à la vie et au plaisir.

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