Quels vœux pour la nouvelle année

Une nouvelle année. L’heure des réjouissances, mais aussi, l’heure du bilan. On jette un regard rétrospectif, souvent interrogateur, sur l’année qui s’achève. Qu’en a-t-on fait ? Qu’avons- nous fait de ce capital de trois cent soixante-cinq jours que la providence nous a généreusement donnés, et qui sont désormais irrémédiablement perdus, archivés dans l’inépuisable catalogue de l’histoire. Notre histoire. Pour la nouvelle année, on entend s’instruire des erreurs du passé, en tirer toutes les leçons, rectifier le tir au besoin, redoubler d’énergie et d’ardeur à la tâche, s’imposer plus de discipline, etc. Et alors on recommence. Avec la même détermination qu’il y a un an, on redéfinit les objectifs pour la nouvelle année. Sport, régime, arrêter de fumer, arrêter de boire. Etc. On en parle autour de soi, on se motive comme on peut. Jamais on ne se demande pourquoi rien n’a radicalement changé, depuis le temps, souvent plusieurs décennies, que dure ce rituel. L’heure est certes à l’autocritique, mais pas du genre qui peut faire douter de ses aptitudes à atteindre les objectifs qu’on est en train de se fixer. Cette fois, c’est certain, sera la bonne. Mais l’an passé déjà, on disait cela ; qu’importe. On sait bien que de l’intention à l’action, il y a tout un fossé, de terribles et terrifiants obstacles à franchir. La nouvelle année agit comme une régénération de la vie, ou repartant de zéro sans partir de rien, on s’engage à changer, à devenir meilleur, plus heureux, plus épanoui, plus cultivé, plus…

L’homme est décidemment fait pour le mouvement. Tout dans sa nature concourt à le faire avancer. Il veut changer, pas simplement parce qu’il est perpétuellement insatisfait ; il veut changer, d’abord, parce qu’il en va de sa nature, de sa constitution. Aussi voulons-nous changer, chaque fois, comme en ces débuts d’année, que le rituel culturel qu’est le nouvel an amène à se pencher sur sa condition, à s’élever intellectuellement au-dessus de son moi pour méditer son existence, à penser et se réapproprier sa vie comme si on en était spectateur. Ce rituel est donc nécessaire. Tellement nécessaire qu’il devient manifestement regrettable de ne s’y prêter qu’à l’occasion du nouvel an, c’est-à-dire une fois par an. Ce qui devait être une éthique rigoureuse de vie, devient une exception. Et c’est en cela que le nouvel an est un gâchis ou, en tout cas, l’exemple même de l’essai à transformer. Pour la nouvelle année, le meilleur qu’on puisse souhaiter à des personnes qu’on aime, c’est que chaque jour pour elle soit un « nouvel an ». 

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