La réforme de Pôle Emploi montre que Macron n’est pas le président des entrepreneurs

Désormais, les autoentrepreneurs et autres micro entrepreneurs qui ont un complément de revenu (souvent indispensable à leur survie) et perdent un emploi salarié ne reçoivent, depuis le 1er janvier 2018, plus que 70% ou 80% des allocations chômages auxquelles ils avaient droit, soit 49% ou 56% du salaire net perdu.

Mi-2017, j’ai achevé un 7è CDD aux 4/5è dans une institution publique qui a le droit de faire cela.

A côté, je faisais partie de ces personnes enthousiastes qui avaient embrassé le statut d’autoentrepreneur peu après sa création, en 2009 : vous savez, ce statut qu’on nous vendait comme parfait pour déclarer un complément de revenu, qui devait permettre de blanchir l’économie gris foncé et libérer les énergies créatrices et l’expression de nos talent. Je faisais du conseil aux entreprises, et comme cela devint un temps plein, je finis par dépasser le plafond et passer au statut de profession libérale en 2010.

Quelques années plus tard, je pris cet emploi salarié dans un période financièrement plus compliquée, aussi parce que j’avais besoin d’emprunter pour acheter un logement, à défaut de pouvoir louer mieux que ce que j’avais, dans notre belle capitale. (Si vous voulez observer les effets de l’incompréhension dans les yeux d’un interlocuteur présumé humain et par la même occasion perdre votre temps, présentez des BNC en montagne russe à un propriétaire foncier parisien, une agence immobilière ou à un banquier).

 

Ainsi en août 2017, je m’inscris au Pôle Emploi, ayant le droit à une allocation chômage pour laquelle j’ai cotisé pendant 4 ans, allocation qui représentait donc environ 70% de la rémunération que je touchais aux 4/5è.

Je gardai bien sûr ma microentreprise, sur laquelle ne me restait plus qu’un petit contrat récurrent, qui me fait gagner 300€ par mois jusqu’à fin avril 2018, et une grosse créance devenue plus que douteuse pour laquelle je me bats depuis 4 ans. Aujourd'hui, cette activité n'est donc pas rentable, c'est-à-dire que je perds de l'argent pour la conserver.

Fin 2017, je faisais donc mon budget pour 2018 en prévoyant de me former en vue de monter une nouvelle entreprise dans un secteur à propos duquel lequel il me manque une expérience certaine, loin du conseil. Avec les allocations de Pôle Emploi, ça passerait me disais-je. Et je me lançai dans la maturation de mon projet avant d’embrayer sur les formations adéquates.

Ma brave conseillère de Pôle emploi m’alerta début décembre de quelques éléments contenus dans la réforme sans que je n’en eusse entendu parler nulle-part ailleurs. Elle était inquiète pour les formations et me disait de me dépêcher de m’inscrire car les subsides risquaient d’être supprimés. Je me hâtai donc de plus belle.

 

Stupeur

Le 18 décembre, je reçus un courrier de Pôle Emploi qui allait tout changer. Une semaine avant Noël, c’était émouvant. J’ai bien failli patienter pour la décacheter sous le sapin. Mais elle n’étais pas cachetée. Ce courrier m’indiquait que dès février, je ne toucherai plus que 70% de mes allocations chômage au titre d’une avance, à régulariser à une échéance peu claire. Si j’étais en mesure de calculer mon revenu (c’est-à-dire faire un BNC chaque mois, dans un cas d’une profession libérale), j’aurais pu prétendre à 80% d’avance.

 

Tremblements

Je contactai Pôle Emploi pour savoir quand aurait lieu la régularisation. On me répondit qu’elle aurait lieu annuellement, entendez à la fin du premier semestre de l’année suivante, puisqu’il faut un peu de temps pour faire et déclarer ses comptes annuels, eu égard à la réalité fastidieuse du travail comptable que cela représente et à l’échéancier du Trésor Public.

Ainsi depuis ce mois de février, je ne touche plus que 70% de 70% (c’est-à-dire 49%) du revenu salarié à temps partiel pour lequel j’ai cotisé pendant 4 ans. L’Etat s’est ainsi concocté une avance de trésorerie de 1 an et demi pour les 30% qui manquent, alors qu’au vu de mes projets entrepreneuriaux si minutieusement planifiés, j’en aurai eu le grand besoin. Il va sans dire que si l'annonce n'avait pas été aussi tardive, j'aurais sans doute fait autrement.

Aujourd'hui, il serait intéressant pour moi de fermer ma micro entreprise afin de repasser à 70%, mais comme c’est un contrat récurrent, je ne peux pas le rompre si facilement, en plus de ne pas avoir envie d’abandonner mon client ni ma créance.

Cerise sur le gâteau, les professions libérales de mon genre vont être rattachées au régime général et changer de caisse de retraite, la CIPAV que nous allons quitter de force nous alerte sur une augmentation de charges pouvant aller jusqu'à 40%.

Donc si vous avez un SIRET, une micro entreprise quelconque d’une part, et  si vous vous apprêtez à perdre un emploi salarié d’autre part, faites vos calculs. Pour nombre d’entre nous, la solution la plus confortable sera de se faire radier le temps de se remettre sur pieds.

Ainsi s’évapore le mythe de Macron président des entrepreneurs. Je ne doute pas un instant du fait que s’il me lisait, plein de remord et de componction, il demanderait à ses amis banquiers et anciens redevables de l’ISF, de faire un effort pour financer davantage les entrepreneurs de notre acabit. Et s’ils ne le faisaient pas, que pourrions-nous lui reprocher.

 

Le courrier en question :

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