Un financier s’il-vous-plait.

Il est exaspérant de voir les media crouler sous la déferlante #balancetonporc et #metoo, qui confond le problème de société de la violence faite aux femmes avec les histoires particulières n'ayant rien à faire sur la place publique, dès que plus personne ne parle du CETA ni même des ordonnances loi travail concoctées par le conseil d'administration de la France corporation.

En mai de cette année, « nous avons » élu à a la tête de notre cher pays un jeune homme qui incarnait le changement, un positionnement centriste, avec une origine politique avalisée par ladite gauche. Sous le vernis des premières données, l’ex key person de chez Rothschild extrêmement connecté aux caciques du monde occidental a rapidement fait jour, avec un business plan aux petits oignons sur 5 ans pour augmenter le PIB et d’autres indicateurs économiques et financiers dont nous vous passerons le détail technique et dont vous ne sentirez d’ailleurs jamais directement les effets.

Notre Président a travaillé avec des gens dont la fonction est de gérer la totalité de l’épargne liquide mondiale, autrement dit des gens au dernier étage du système financier, et donc de l’économie globalisée. Ces gens doivent contenter des actionnaires sur des périodes définies à l’avance par les formats des véhicules d’investissement et les durées d’investissement, qui vont de 3 à 5 ans pour des véhicules financiers dont la durée de vie n’excède souvent pas 10 ans. (nota bene : le mandat de notre Président n’en comptera que 5). Ils doivent faire les bourses mondiales. Vous êtes très probablement vous-même un de ces actionnaires dès lors que vous avez ouvert un livret A, mais lorsque la cloche des cessions ou des dividendes a sonné, il y a des histoires de proportion d’intérêt au gain et de rémunérations en cascades (cherchez la définition du gourmand double dip sur Google par exemple) où vous êtes généralement placés tout en bas. Voilà pour la pratique du ruissellement.

Le précédent Président, tel Vercingétorix

, dont il n’avait sans doute pas le physique et dont on dira tout ce qu’on voudra par ailleurs,

, mais qui n’est certainement pas dénué d’une intelligence et d’un sens de la sagesse largement supérieures à la moyenne

, a décrété que l’ennemi était la finance puis a retourné sa veste tâchée et éclaircie à ses pieds pour dérouler à son vainqueur en costume sombre le tapis moelleux qui mène à Bercy.

Tout est ensuite allé très vite. Ave Jupiter.

 

Tout le monde est surpris et choqué d’entendre monsieur le Jeune Président se prononcer en général sur les fainéants, les gens qui ne sont rien, ceux qui foutent le bordel. Nous aussi nous sommes surpris, oh pas en regard des actions et des réformes engagées depuis 5 mois, puisque c’est au contraire complètement cohérent, en parfaite résonnance ; mais parce que cela révèle de la vision du monde de monsieur Emmanuel Macron personne physique

, que nous aurions candidement cru un peu plus subtil et raffiné dans sa définition du mérite et du talent, lui qui ne manque pas de se targuer d’être un amoureux d’une littérature dont la plupart des auteurs entraient dans sa catégorie des « moins que rien » lorsqu’ils ont couché sur le papier leur génie. Par exemple.

, qui nous prend tellement de haut qu’il veut nous faire croire qu’il est investi de l’équivalent de l’autorité d’un dieu payen en son temps antique. Pour le fun.

 

Donc nous y voici. « Cash is king ». Votre premier cours de finance. Maintenant ou par le passé. Si votre prof de finance n’a pas commencé par ça, il n’a rien compris. Un financier haut de gamme prend la tête d’un pays. Un business plan national avec des retombées de 3 à 5 ans est établi à toute vitesse. On commence par le cost killing, ordonnance-chamboulement de tableur Excel (ie avec consultation express devant le fait presqu’accompli de personnes réellement spécialistes des sujets), ligne à ligne :

  • Coût du travail et des retraites,
  • Plan de réduction macroscopique et non moins massif du nombre de fonctionnaires,
  • Baisse du budget de la Défense alors qu’on nous fait rentrer l’état d’urgence dans le quotidien,
  • Politique énergétique et environnementale (de toute façon c’est trop technique ils vont rien comprendre on n’a qu’à raconter le contraire de ce qu’on cherche à faire ils n’y verront que du feu)

On envisage des solutions pour accroitre ponctuellement et immédiatement les revenus du pays comme des cessions exceptionnelles d’actifs parfois, SOUVENT, STRATEGIQUES (Française des jeux, SNCF, Areva, La Poste, Safran, Thalès, Airbus, Alstom, Renault, PSA, ADP, EDF, Engie, Air France, Orange ..., à suivre). On balance la disparition de l’ISF au profit de l’IFI et incitations ouvertes à tous les riches étrangers ou expatriés pour venir capitaliser les actifs dynamiques (entreprises) ou mobiles (Yachts, Ferrari etc…) sur notre territoire.

Le social, (Le QUOI DEJA ? AH OUI, MERDE.) ça coûte cher et ça ne se mesure pas sur un quinquennat. C’est un terrain très risqué pour une tactique ne serait-ce qu’électoraliste et qui-plus-est financière. Les impacts de mesures sont même si complexes à évaluer que le grand public ne prendra jamais la peine et le temps de s’armer pour essayer de les comprendre, même avec l’aide des spécialistes. On fera raconter comme on voudra aux historiens dans 30 ans. On peut toutefois faire des coups de communication sociale à moindre frais comme un projet de grosse fiesta nationale bien bordé pour célébrer mai 68, peut-être groupée avec le premier mai pour que ça coûte rien, et surfer sur la vague des prises de paroles peu dispendieuses sur des sujets à fort audimat comme la crevaison de l’abcès des violences faites aux femmes.

En fin de quinquennat, on annonce procéder au gros des réformes sociales de fond, en réserve, autofinancées par les résultats des orientations de gestion des premières années (On ne sait jamais, on peut croire à une chance de se faire réélire au mandat Président Directeur Général de l’entreprise française). Il est par ailleurs et tout à fait fortuitement et concomitamment facile de gagner des points d’électorat en se faisant l’auteur de réformes dont les coûts et les impacts devront être assumés sur les années suivantes. Pour l’instant, on évite d’investir autre chose que des temps de discours prononcé par la main d’œuvre catégorisée en coût fixe, les politiques en premier lieu, et non, pas vous les gens en CDI, vous êtes d’entrée de jeu des coûts variables et ce sera bientôt étayé par la loi.

Les actifs stratégiques, la compétitivité, la recherche scientifique, l’agriculture, l’accès démocratique au mérite à l’éducation, la préservation de l’environnement peuvent attendre les profits presqu’immédiats, ils ne s’en porteront que mieux plus tard pour peut-être pouvoir regarder long terme. On va spéculer à leur sujet, On va faire de l’argent, on ne songe plus à une puissance nationale, à un degré d’autosuffisance qui pourrait paraitre sain, désormais il faut penser Europe de toute façon même si d’un autre côté on ne se prive pas d’oublier les recommandations de celle-ci que nous ne pouvons pas accepter à l’échelle locale.

Oserait-on enfin essayer de  faire radier de cette ligne de charges encombrante un grand nombre de chômeurs, ces gens qui partent 2 ans en vacances au frais de l’Etat, pendant que sur le terrain les budgets de Pôle-Emploi pour faciliter la réinsertion des inscrits sont aussi sur la sellette.

BREF.

« On rend la mariée plus belle » comme on dit en banque d’affaires avant de présenter une entreprise au meilleur parti acquéreur. Habillée de son immaculé tableur Excel bilan/compte de résultat annexé au contrat. On n’a 5 ans, c’est le long terme pour la finance contemporaine.

« Les promesses aux actionnaires sont comme les promesses au peuple » pense le financier.

ô peuple actionnaire, toi qui me lis même si tu n’as probablement jamais personnellement voté une résolution en assemblée générale des entreprises dont on t’a vendu une infime fraction. Oui, toi qui possède des miettes gagnées par l’épargne des fruits de ton travail productif de l’os rongé par 3 ou 4 espèces de prestidigitateurs de l’argent et du pouvoir plutôt bien portants. Si si, tu as au moins un livret A. Ça te le donne le droit au silence du complice de fait ou de la quantité négligeable, au choix.

Dans ces conditions, il est toujours opportun d’attiser un feu qui brûle le néant pour masquer les vrais sujets, en ce moment c’est le sujet élargi des violences faites aux femmes. On en vient à discuter l’opportunisme de dénonciation de victimes de viols, ça fait feu d’un bois qui ne regarde que les parties prenantes et dont l’étalage se retourne toujours contre les victimes.

#balancetonporc : Les affaires de mœurs, ce n’est pas à la démocratie d’en débattre. Et ça ne semble pas très malin de les étaler pour arriver à un débat public. Les victimes ou présumées telles n’ont pas à subir le jugement de personnes non impliquées directement dans l’affaire, certaines doivent se mordre les lèvres de leurs tweets qu’elles pensaient libérateurs.

Cela ne signifie pas qu’il n’est pas intéressant d’observer ces affaires de mœurs. Les media devraient cantonner cela dans la rubrique fait divers, pas pour minimiser, mais pour séparer le débat public de l’observation d’événements qui se produisent et impactent directement un petit nombre de personnes, et indirectement ensuite l’ensemble de la population.

Quand j’ai vu le web se noyer dans les #metoo et #balancetonporc, j’ai eu envie de vomir, car pendant que les gens se déchaînent sur la toile pour savoir quelle accusation de harcèlement / de viol est véridique ou calomnie alors que ça ne regarde que les parties prenantes, l'état d'urgence est entré dans le droit commun, l'Etat avalise le CETA sans renégociation, l'affaire Sarko-Khadafi qui est sans doute pour quelque chose dans la crise migratoire actuelle est dévoilée, il y a eu 358 morts à Mogadiscio, le peuple a suspendu son combat contre les ordonnances loi travail, etc... Jusqu’à la page d’accueil de Mediapart du 20 octobre 2017 m’a donné envie de vomir.

Et c'est monsieur Macron qui doit être content de se planquer derrière madame Schiappa avec son business plan Excel duquel il est surtout urgent de décortiquer les détails pour soulever le manque de vision RH, pardon, sociale et à long terme en général. La Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes[1], qui gère pour mémoire un budget proportionnel à l’intérêt microscopique que le gouvernement lui accorde réellement, sortira probablement un projet de loi, aussi foireux que les moyens dont elle dispose réellement. On prélèvera même sur le budget marketing pour le lui augmenter de quelques pourcents histoire de montrer que le gouvernement s’intéresse toujours aux opportunités.

Ajoutons que ce sujet relève aussi de l’éducation nationale et l’intérieur, mais il nous semble avoir vu que les investissements à long terme n’intéressent plus grande monde dans l’histoire. Et ne mouillons pas tout de suite dans un sujet aussi compliqué à aborder en politique court-termiste les plus belles succursales de la France corporation.

 

[1] D’une manière générale, au 21è siècle, plus le titre est long et pompeux, moins y a de moyens

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