Rob Hopkins à Lyon. La transition écolo et solidaire, c'est aussi un état d'esprit...

Invité par la revue Sans Transition et la fac de droit de Lyon 3 à la Manufacture des Tabacs jeudi 18 avril, au milieu d'une tournée de conférences, Rob Hopkins, considéré comme le pape cool des villes en transition est venu distiller bonne humeur et bonnes idées à un amphi plein et conquis d'avance.

Il commence par nous donner des nouvelles de sa famille. De sa femme, qui participe aux actions du mouvement écologiste en vogue, Extinction Rebellion à Londres. Ces manifestants veulent décréter l'urgence climatique et multiplient les actions de désobéissance civile pour obtenir un engagement réel de leurs gouvernements. Mme Hopkins a été arrêté et gardée à vue voilà quelques mois pour avoir participé au blocage d'un pont sur la Tamise et a passé une nuit au poste. Une action dont le conférencier, qui a initié depuis 2005 un véritable mouvement de fond se dit particulièrement fier.

Révolutionnaire tranquille, enseignant en permaculture, parfait Anglais aux oreilles un peu décollées et à l'humour pince-sans-rire, Rob Hopkins croit à l'action et à l'imagination. Il annonce trois mille groupes disséminés dans cinquante pays du monde, engagés dans des initiatives citoyennes et le réseau dont il est à l'initiative. Tu veux changer le monde, petit ? Commence par voir ce qui est possible dans ton quartier... Une chanson douce de l'engagement écologiste et citoyen qui loin des sirènes radicales et inutilement violentes a su fédérer depuis des milliers de personnes qui agissent à échelle locale pour transformer leur quotidien. L'essentiel consiste à créer une "desirabilité". Pas de chapitre, ni d 'évangile mais une question et une formule : Et si... ? déclinée à l'infini.

Rob Hopkins à Lyon Rob Hopkins à Lyon

 

Rob Hobkins semble être un grand curieux qui se nourrit des expériences des autres et mieux, les partage. Selon certains chercheurs, l'imagination des années 2010 est beaucoup moins puissante qu'avant. Il voit dans la montée des forces populistes et fascistes en Europe un des résultats de cette baisse d'imagination créatrice.  Est-on pour autant bien sûr qu'on la laisse aujourd'hui s'exprimer comme autrefois ? Plaisantant sur la servitude induite par les téléphones portables, ce remède universel à l'ennui, Hopkins se fait l'avocat du jeu et invite les uns et les autres à réapprivoiser le temps, y compris mort, qui poussent l'humanité à inventer. Il encourage le jeu libre et non structuré, relève quelques initiatives, ici et là, qui redonnent la rue aux gens et aux enfants. "Si on éduque les enfants à ne prendre aucun risque, on en fera des adultes peureux, qui ne prendront aucune initiative. Or, c'est souvent en se perdant, qu'on finit par trouver". Opposant les poupées Barbies connectées à l'affût des habitudes shopping des parents, au ballon et à la ficelle accessoires de bricolage, Rob Hopkins veut d'abord apprendre à ses auditeurs à porter un regard différent sur le monde et l'environnement immédiat. Il faut savoir écouter la nature, discuter ou réapprendre à s'ennuyer. Ou remplacer, comme à Bogota un temps, les policiers de la route corrompus par une armée pacifique de mimes. Oser friser le ridicule pour obtenir un résultat aussi inattendu qu'efficace. La mortalité routière a baissé à Bogota en changeant d'acteurs et de méthode, affirme-t-il.

Car pour enseigner l'optimisme et la joie du changement, il s'agit de bien choisir ses exemples. Trois jours de camping avec un écrivain et un des pères de l'écologie américaine, John Muir, ont donné l'idée à Théodore Roosevelt de créer les parcs nationaux américains. "Et si, rigole Hopkins, Emmanuel Macron s'en allait camper avec Pierre Rabhi ?" Ou mieux Theresa May avec David Attenborough ? Peut on espérer des miracles par des rencontres impromptues ?

Car à l'effondrement du monde et à l'aveuglement de l'humanité en matière comportementale et environnementale, Rob Hopkins préfère plaider la bienveillance, encourager la résilience et la permaculture. "Il y a obligation d'imaginer, de rêvasser pour réinventer le monde actuel". Et si, après tout, le futur était moins pire que ce que l'on veut bien nous faire croire ?

Même si le cauchemar est mobilisateur, peut-être que l'optimisme s'affirmera davantage motivant... Donnez à des piétons une place de parking, ils réinventeront l'espace. Rob Hopkins a retenu le slogan de mai 1968 en France, pourtant depuis tombé dans les oubliettes de nos craintes diverses : l'imagination au pouvoir.

F. G.

"Ils changent le monde", Rob Hopkins,  Seuil, Anthropocène, 2014.

Sans transition, revue engagée du local au global.

 

 

 

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