Audience reportée pour le vigneron refusant de traiter ses vignes contre la flavescence dorée

Thibault Liger-Belair, viticulteur bio (deuxième du genre...) refuse d’appliquer le traitement obligatoire contre la flavescence dorée. Il aurait du comparaître mardi 19 mai devant le tribunal correctionnel de Villefranche-sur-Saône (69) mais l’affaire a été renvoyée. Il sera jugé en novembre prochain.

Thibault Liger-Belair, un viticulteur de Côte-d’Or qui possède aussi des vignes à cheval entre Saône-et-Loire et Rhône a refusé d’appliquer les doses d’insecticide prescrites et rendues obligatoires sur recommandation préfectorale pour lutter contre la flavescence dorée, une maladie de la vigne. Il juge le traitement inefficace et inadapté. Le viticulteur bio, qui, poursuivi par la préfecture de Saône-et-Loire, devait comparaître mardi au tribunal correctionnel de Villefranche-sur-Saône pour "refus de traitement sur végétaux"a demandé le renvoi de son affaire, puisqu’à l’heure dite, il devait, pour raisons professionnelles représenter ses divers domaines à un rendez-vous commercial en Angleterre.

Il faudra patienter bien après les vendanges 2015 pour savoir si Thibault Liger-Belair, viticulteur bio bourguignon, sera condamné ou relaxé pour avoir désobéi aux préfets de Bourgogne et de Saône-et-Loire. Comme Emmanuel Giboulot, le viticulteur côte-d’orien qui a comparu en correctionnelle à Dijon l’an dernier pour les mêmes faits, le professionnel de la vigne n’a pas mis en pratique le traitement recommandé et obligatoire en Saône-et-Loire et en Bourgogne. Il est donc hors-la-loi. Et il assume parfaitement.

« J’ai été poursuivi à Villefranche pour non-respect d’un décret qui rend obligatoire un traitement de la vigne avec un insecticide, traitement que personnellement, en tant que professionnel engagé dans le bio depuis des années, je ne juge pas nécessaire, d’après ce que l’on sait de cette maladie. Pour moi, cette décision préfectorale a été prise à la hâte », nous a expliqué Thibault Liger-Belair mardi soir par téléphone alors qu’il allait décoller pour Londres. « Mes vignes concernées, appellation Moulin à Vent, sont à cheval entre deux départements, la Saône-et-Loire et le Rhône. L’un a rendu obligatoire le traitement, l’autre non. Ça me paraît incohérent. J’assume parfaitement le fait de ne pas traiter. Les insecticides causent de gros dégâts à la faune et à la flore et entraînent d’autres conséquences sur l’environnement qu’on n‘est pas encore capable de mesurer dans toute leur ampleur ». Comme d’autres viticulteurs en Bourgogne, Thibault Liger-Belair appartient au Collectif de vignerons contre la flavescence dorée. Emmanuel Giboulot, qui avait lui aussi refusé le traitement, avait été relaxé en appel à Dijon après avoir été condamné à une amende en première instance.

Comme son aîné côte-d'orien, le vigneron têtu est devenu l’icône de quelques mouvements associatifs anti- pesticides. Soutenu par des pétitions lancées par internet par des sites spécialisés, l’une d’entre elles avait recueilli, à la veille de l’audience prévue, 211 000 signatures demandant à Gilbert Payet, actuel préfet de Saône-et-Loire (en poste depuis peu) de cesser ses poursuites à l’égard du viticulteur. Une confusion a agité le microcosme militant écologiste, la fausse info d’une relaxe du viticulteur ayant circulé bien à tort sur les réseaux sociaux et associatifs mardi 19 mai au soir. L’audience aura  lieu le 17 novembre prochain, à Villefranche. On saura alors à cette date - et uniquement à cette date- si les convictions environnementales et la désobéissance de Thibault Liger-Belair aux directives préfectorales lui valent ou pas, une condamnation pénale.

Florence Genestier

Article paru dans une version légèrement différente sur Infochalon.com le 20 mai à 9 h.

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