A Dubaï, photographier l'incertain

Après son exposition Microclimat au Centre de Création Contemporaine de Tours en 2008, Cécile Hartmann poursuit la présentation de son travail sur la mondialisation au Centre photographique d’Ile-de-France jusqu’au 12 avril. Cette nouvelle série intitulée Mirages à Demeure est une vision de la ville de Dubaï qui, à travers le paysage, interroge notre devenir commun. En 2009, son travail sera présenté à la Biennale de Thessalonique et à la Biennale de Bogotà.

Après son exposition Microclimat au Centre de Création Contemporaine de Tours en 2008, Cécile Hartmann poursuit la présentation de son travail sur la mondialisation au Centre photographique d’Ile-de-France jusqu’au 12 avril. Cette nouvelle série intitulée Mirages à Demeure est une vision de la ville de Dubaï qui, à travers le paysage, interroge notre devenir commun. En 2009, son travail sera présenté à la Biennale de Thessalonique et à la Biennale de Bogotà.

Ground 2008 © Cecile Hartmann Ground 2008 © Cecile Hartmann

 

 

Dubaï est une promesse sortie du désert. Autant dire de nulle part. Cet ancien village, où se mélangeaient pêcheurs et contrebandiers, est aujourd’hui le deuxième plus gros chantier du monde. Le Cheikh Mohamed El Maktoum, y fait bâtir une ville entièrement dédiée à l’"entertainment" et à côté de laquelle Las Vegas aura l’air d’une médiocre attraction provinciale. C’est sur cet espace en transformation que Cécile Hartmann a posé son regard. Il en ressort une proposition visuelle dominée par ce sentiment d’étrangeté commun aux états de métamorphose dans lesquels tout paraît si précaire et indécis. Le sol, où se mêlent ferraille et sable, prend des allures de lune imaginaire, un daim improbable se promène en ville, un bâtiment en ruine est hérissé de piques, un corps effondré est battu par les vagues. De ces images transpirent une tension sourde et lancinante dont la dialectique contradictoire ouvre sur un espace comme en suspension. L’eau d’une piscine tempérée contraste avec le sable du désert qu’on devine brûlant, les corps frêles se confrontent à la dureté du béton armé, la lumière de l’œil bataille avec l’obscure et inquiétante absence du visage sans qu'aucun des termes n'emporte la décision.

Caverne
La dernière image, elle, place le spectateur au fond d’une sombre caverne – y est-il enchaîné ? Le regard est tourné vers un orifice d’où surgit la clarté du dehors. Instant tragique quand l’ouverture découpée par la lumière du désert prend une forme qui fait irrésistiblement penser au dessin stylisé d’un crâne humain. A nouveau, l’inconfort de l’incertain.
Le projet délirant de Dubaï c’est une tour s’élevant à huit cents mètres, un hôtel immergé à vingt mètres sous la mer, une piste de ski et un festival du shopping. De cette débauche sur laquelle se lève une aurore présageant des mondes aussi merveilleux qu’inhumains, de ce moment de l’architecture hallucinée, le visage s’est exilé. Dans cette rêverie, l’homme est une silhouette contribuant à l’animation urbaine, un élément du décor, une présence sans visage. Dubaï c’est la désincarnation.
Le travail de Cécile Hartmann est assez éloigné du documentaire. Dans ces conditions, on pourrait penser que la photographie, qui entretient des liens si fort avec le réel, est assez peu adaptée pour peindre un paysage aussi chimérique où la réalité semble s’être tout entière abandonnée à l'"entertainment". Là encore, elle propose l’entre-deux. C’est ainsi que l’impression pigmentaire des photographies donne ici et là des matières et des tracés déroutants, tirant vers la peinture, participant dans la forme même, au mirage.

 

 

Cécile Hartmann, Ground 2008

 

 

Cécile Hartmann, Mirages à demeure au Centre Photographique d’Ile-de-France jusqu’au 12 avril.

107, avenue de la République, 77340 Pontault-Combault

 

 

 

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