Nous habitons un espace commun

Appel pour une éthique politique

Nous habitons un espace commun

Appel pour une éthique politique

 

En ces temps dévastateurs et violents jusqu’au vertige monte sur tous les continents une même clameur une même colère exigeant une rupture définitive avec les mœurs politiques de l’avidité et de l’impunité. Elles sont mises à mal et ardemment dénoncées par des héroïnes et des héros qui encourent les plus grands risques en exigeant la fin de cette corruption généralisée - partage des « profits » et des biens de la planète répartis entre le club très fermé des oligarques et des dictateurs, tous des hommes, un ou plus par continent, tous identiquement corrompus. Ils institutionnalisent les règles du « jeu », ils gèrent le « partage » du pétrole ou du gaz - le gazoduc Nord Stream 2 perfore l’intérieur de la mer Baltique pour acheminer 55 milliards de m3 de gaz par an depuis la Russie jusqu’en Allemagne en longeant les côtes de la Finlande, des Pays Baltes, de la Suède et du Danemark ; ils convoitent et se disputent les minerais et les terres rares. Le pillage est illimité, ils échangent des armes contre les richesses « naturelles », bien décidés à se partager la planète. Meurtriers d’êtres humains, des forêts et des océans, ils reçoivent l’appui chèrement négocié des « grands » groupes pharmaceutiques, agroalimentaires, de la pétrochimie et autres bien décidés eux aussi à bénéficier outrancièrement de la planète main dans la main avec les « actionnaires ».

Les résistantes et les résistants sont arrêtés/enlevés par des milices cagoulées et emprisonnés. Les femmes sont violées et assassinées. Les lanceurs d’alerte, les Indiens d’Amazonie, les pauvres, les étudiants, les journalistes, les universitaires, les avocats et les poètes sont détenus et torturés. Ceux qui fuient se noient en Méditerranée et/ou voient leur enfant se noyer sous leurs yeux. Dans les ports italiens les navires de sauvetage sont bloqués. Sous des prétextes fallacieux il leur est formellement interdit de reprendre la mer.

La France gavée d’injonctions contradictoires et d’informations non cohérentes est parmi les pays européens les touchés par le coronavirus. Le Président tient plus que tout à faire partie de ce clan mafieux (voire à le dominer), il prétend régner sur le monde et « sauver » l’économie, quand bien même la situation dans les hôpitaux est de plus en plus  alarmante. Les conclusions de la Convention citoyenne sur le climat sont rognées, bafouées voire enterrées. Les recommandations du Grenelle contre les violences conjugales ne sont pas davantage respectées, malgré les avertissements lancés sur le nombre de féminicides, et le budget adopté est dérisoire par rapport à la demande formulée au nom d’une cause censée être l’une des causes nationales du quinquennat. La culture du viol reste bien établie jusqu’au plus haut sommet de l’État où une conversation « d’homme à homme » suffit à réhabiliter un homme soupçonné d’abus sexuels commis en position d’autorité et où la présomption d’innocence sert d’alibi. De son côté le garde des Sceaux rêve d’une « collaboration » déclarée entre la justice et l’armée. Le nombre de pauvres a augmenté d’un million (Cf. Secours populaire) s’ajoutant aux 9,3 millions qui vivent déjà sous le seuil de la pauvreté. Les règles sanitaires imposent un confinement auto-consenti qui bouleverse le paysage des relations humaines, tout en en créant d’autres.

En sous-main ou de manière déclarative les alliances se constituent et les candidats pour la présidentielle se placent.

Et nous ? Où allons-nous ? Avec qui ? Avec quelles femmes et quels hommes ?

En tous cas à l’évidence aux côtés de celles qui dans les semaines récentes au Belarus se sont montrées prêtes à renverser le patriarcat, le masculinisme suprémaciste, tout en risquant de subir la torture, le viol et des peines vertigineuses, voire la mort dans les prisons-centres de détention. Comme en Turquie ou en Iran. Dans nombre de pays, la liberté de parler, de manifester, de crier est interdite (Hong-Kong), les habitants sont à genoux affamés piétinés, battus (Liban).   

Les guerres menées par les dictateurs sont destinées à maintenir coûte que coûte leurs profits et à poursuivre l’anéantissement de notre monde et de ses habitants. Persécutions et emprisonnement  des Ouïghours, génocide des Rohingyas, massacres des peuples de l’Amazonie, des Dalits ; sacrifice  des Inuit sur l’autel du réchauffement climatique dans une région où il est deux fois plus rapide que dans le reste du monde et qui menace directement leur mode de vie, la fonte des glaces assurant de surcroît une autoroute maritime pour les mines d’extraction du pétrole et du gaz ; misère et pauvreté extrêmes des Palestiniens, des Chiliens ; tortures et massacres des réfugiés en Libye, en Grèce et ailleurs ; des Syriennes et des Syriens depuis le printemps 2011. Assassinats conduits par les passeurs, les polices (des frontières), les forces de « l’ordre » encouragés par le féroce abandon de toute politique d’accueil. Les violences policières sont devenues le lot commun – en Inde les viols collectifs ne cessent de se produire et se répéter sous couvert de la police ; les insultes, les profanations, les violences antisémites et racistes sont perpétrées jusqu’à l’assassinat. Des villes et des pays sont en ruines et la nature ne résiste plus aux offenses criminelles.

Ceci est un appel pour un monde où se rejoindraient le respect de l’autre, le respect de la planète, l’art et la liberté, l’hospitalité et la vie, la solidarité et l’action. Quelle femme, quel homme, en dehors des alliances politiciennes acceptera ce défi ? Hors des obédiences, des appartenances partisanes et des calculs électoraux ?

En mémoire de toutes celles et ceux qui sont morts en Méditerranée, en traversant les cols enneigés ou les déserts brûlants.

Florence Prudhomme avec Tieri Briet, Geneviève Dufour, Louise Faure, Muriel Bloch Kenigsberg, Anne Julien, Charles Malamoud, Rozalie Martin, Michelle Muller, Agathe Nadimi, Denis Paillard… et avec celles et ceux qui s’y associeront. L’Autre Quotidien s’est associé à cet Appel.

Photo Louise Philia Druelle

Hope © Louise Philia Druelle Hope © Louise Philia Druelle

 

 

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