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Billet de blog 27 janv. 2016

We are not animals

Du 11 au 26 janvier 2016, à Calais et à Grande Synthe

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11 janvier, Une femme iranienne et ses deux filles, converties au catholicisme sont libérées par le Tribunal de Melun. Elles avaient été arrêtées le 31 décembre, alors qu’elles étaient en transit à Orly avant de rejoindre l’Angleterre. Puis transférées au centre de rétention de Mesnil-Amelot, pour être renvoyées en Iran où elles risquaient la peine de mort par pendaison pour apostasie. La pétition de RESF a certainement contribué à leur libération. 

14 janvier, Rob Lawrie est libéré ! Accusé d’avoir voulu faire passer la frontière à une fillette afghane, le tribunal retient contre le bénévole anglais la « mise en danger de la vie d’autrui », et non l’« aide à l’immigration illégale ». Est-ce que la vie d’une petite fille de 4 ans n’est pas mise en danger dans le froid, la boue et les conditions de vie inhumaines de la « Jungle » de Calais ?

Lundi 18 janvier. Alors que les bennes à ordures étaient si peu souvent vidées, les tractopelles et les bulldozers sont allés vite en besogne pour « défricher » la « jungle », sous haute surveillance de la police et des CRS. 100 mètres de large sur le pourtour de la jungle, le long de la route de Gravelines et le long de la rocade portuaire, ont été dévastés. Les tentes et abris qu’occupait un millier de personnes ont été déplacés. Déplacés à dos d’hommes. Comme des forçats. L’expulsion qui les vise surprend : elle se déroule sur un terrain vendu aux associations où la présence des réfugiés chassés des squats en ville était dûment « tolérée ».

Des robinets en nombre dérisoire sur la jungle, mais de l’eau à foison pour inonder les terrains où sont installées les barrières, destinées à être infranchissables, qui emplissent le paysage à perte de vue.

Tout est illégal de toutes parts : les barrières hérissées de lames coupantes, l’interdiction de circuler, les traitements inhumains et dégradants…

Le camp de containers ouvert le 11 janvier, prévu pour 1 500 personnes, est composé de chambres-dortoirs aux lits superposés, sans toilette ni eau  … Comment pourront vivre là des familles ou des femmes avec enfants ? Entourés de barrières, les locaux sont fermés dans la journée. Pour y entrer le soir, il faut donner l’empreinte de la paume de la main. Beaucoup refusent, craignant que cette identification les prive à jamais de faire une demande d’asile en Grande-Bretagne. Chantage sans fin des autorités. Piège du logement chauffé contre le dernier espoir de rejoindre l’Angleterre.

Le 20 janvier, un tribunal britannique ordonne que trois mineurs isolés et un adulte puissent rejoindre leurs proches au Royaume-Uni. Cette décision, rendue par le tribunal de l’immigration et de l’asile, donne droit aux réfugiés retenus sans espoir à Calais d’être admis au Royaume-Uni pour demander l’asile, s’ils ont de la famille dans ce pays. Elle pourrait faire jurisprudence et redonne espérance à beaucoup.

Dans la nuit du 20 janvier, trois Syriens sont violemment agressés à coup de barres de fer dans le centre-ville de Calais. Au cours de la même nuit, d’autres cas similaires auraient eu lieu. Le 23 janvier RTL info relate : Les migrants ont été agressés et roués de coups par des hommes masqués. Frappés pendant une ½ heure. Les organisations humanitaires déclarent : « ils ont été entourés par environ 6 hommes masqués qui, selon les victimes, portaient des uniformes sans insignes ». Forcés de remettre leurs GSM et leur argent.  « Ils ont dû donner leurs papiers et passeports. » Les assaillants « avaient des armes à feu, des matraques et des barres métalliques ». Les victimes ont été obligées d’enlever leurs chaussures et de les abandonner. De retour au camp, ils ont été emmenés à l’hôpital par des bénévoles. Deux ont perdu conscience. Les blessures sont : des côtes cassées, des fractures du crâne et de la mâchoire, une orbite cassée…

Le 24 janvier, 2 000 personnes manifestent avec les réfugiés à Calais.

« Nous sommes en danger, nous ne sommes pas dangereux », «  No jungle, no », «Jungle for animals», «We are not animals», « UK, UK…» «Houria » (liberté en arabe)

https://www.youtube.com/watch?v=Jo75P6m3wRM

La fable du « riverain excédé »

Au cours de la manifestation pacifique, musicale, combative, survient un incident. Un homme brandit un fusil. « Factice », selon la préfète. Il est retenu par une femme qui tente de le maîtriser. Or ce « riverain » n’est autre qu’un skinhead néo-nazi, un militant d’extrême droite convaincu et activiste, dont les amis sont de notoires antisémites et islamophobes, membres du service d’ordre du Parti de la France et de Sauvons Calais qui lui apportent leur soutien, aux côtés du porte-parole de Génération Identitaire. Font-ils partie des assaillants du 20 janvier ….

A la fin de la manifestation, 200 à 300 réfugiés et des soutiens entrent dans le port et une cinquantaine d’entre eux montent sur un bateau à quai, dont ils seront délogés. Six réfugiés (Afghans, Soudanais, Syrien) et deux Français sont poursuivis en comparution immédiate. La refusant comme il est légal de le faire, leur procès est reporté au 22 février. Les deux Français sont libérés sous contrôle judiciaire, les réfugiés sont maintenus en détention jusqu’au procès…

Trois militantes italiennes, sans l’ombre d’une accusation, sont placées en rétention avant d’être expulsées. La liberté de circulation s’amenuise dangereusement dans l’espace européen. L’illégalité se confirme honteusement.

Le 26 janvier Des armes à feu à Grande Synthe. Des coups de fusil ont été entendus, blessant trois migrants. Règlement de compte, maffia, passeurs ? Ces derniers sont régulièrement mentionnés dans les infos concernant ce « campement pire que Calais ». Ils volent les téléphones portables, battent les migrants, font payer les douches et font régner la terreur.

Ailleurs… Après le Danemark, la Suisse et l’Allemagne pourraient à leur tour dépouiller les migrants des « biens » qu’ils possèdent à l’entrée dans le pays…

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