La fin du mois, la fin de l’année, la fin du monde…

De quel deal Benalla est-il le nom ? Pourquoi, comment ? De qui détient-il les cartes maîtresses du jeu ? Le deal : tu me laisses accéder aux plus hautes sphères du pouvoir et moi je ne dis rien. Rien ? Quoi ? Ce qui se passe avec Benalla (acte 2) est une bombe. En France, l’intox est pulvérisée à grande échelle, et les violences, - media et policiers main dans la main -, sont justifiées à une plus grande échelle encore. Là elles visent un mouvement spontané de pauvres, de femmes célibataires, de celles et ceux qui vivent dans les banlieues, petites villes ou communes désertifiées, privées des services publics (écoles, hôpitaux, transports), de celles et ceux qui ne peuvent vivre de leur retraite et n’ont pas même accès aux mouroirs désespérants que sont les Ephad.

Le mouvement des gilets jaunes est une réponse à l’arrogance effrénée du pouvoir et à son mépris à l’égard de celles et ceux qui n’ont pas accès au minimum vital, les « sans dents ». Les propos des histrions fascistes numériquement minoritaires qui s’efforcent de gangréner et corrompre le mouvement ne sont pas une réponse. Et pas davantage les violences des casseurs/pilleurs qui s’y greffent. Par hasard ? Ni les mises en scène macabres. Ni les insinuations ou insultes antisémites délibérées. Les anathèmes pleuvent pour le condamner au nom de ces dévoiements, mais le mouvement a un parfum de mai 68 dans son envolée, son insolence, ses jeux de mots, et surtout dans son désir de justice et d’égalité qui s’exprime. Le désir de vivre. Les lendemains de 68 ont donné naissance aux mouvements des femmes, des homosexuel-le-s, des écologistes et des zadistes. Les surlendemains ont donné l’esprit féroce des revanchards anti-68, misogynes, homophobes, racistes. Bourgeois effarés, capitalistes déroutés par la situation, mais experts des niches fiscales, et de plus en plus riches.

Les signataires de la pétition « l’affaire du siècle » parlent de la même chose. Du désir commun de vivre et de laisser advenir un futur pour les enfants et la planète « Nous pouvons changer les choses, si nous sommes ensemble ! Alors agissons pour la justice sociale et climatique, saisissons la justice pour que la France respecte enfin ses engagements sur le climat. Ensemble, portons et remportons ce qui est déjà, partout dans le monde, et aujourd’hui en France, l’Affaire du Siècle ». Près de deux millions de signataires.

Dans le monde, l’accroissement des richesses, les bénéfices et dividendes gonflent la poche de quelques-uns (8 milliardaires possèdent autant que 3,6 milliards de pauvres). L’évasion fiscale est la règle. C’est le monde entier qui tremble et s’effondre (migrations désespérées, exil des réfugiés fuyant la guerre, la misère et les désastres écologiques, animaux dont les espèces s’éteignent, forêts primaires dévastées et populations autochtones expulsées). L’humanité est menacée. Les colibris sont menacés et les sauveteurs attaqués en justice. C’est l’Europe qui se fascise (Italie, Hongrie, Pologne, Andalousie...). En face, pas de « gauche ». Pas de partis, déconsidérés et détestés pour leur corruption  et leurs mensonges. Les partis tournent à vide comme des pantins désarticulés. Les égos achèvent de démanteler l’illusion démocratique. Avalanche d’anathèmes là aussi.

Des hommes, des femmes, des enfants, des mineurs fuient les terres ensanglantées du Soudan, de l’Afghanistan, de la Syrie, de l’Erythrée. Où la pauvreté règne tandis que les richesses sont détenues par des autocrates cupides et haïs, aidés par des milices sanguinaires (RDC, Turquie, etc.), dont le seul rêve est d’être les « maîtres du monde » à l’instar de Trump, de Poutine, Erdogan, MBS… Les Kurdes sont abandonnés par la « communauté internationale », comme l’ont été en 1994 les Tutsi livrés aux génocidaires au Rwanda. Complicité des assassins et des vendeurs d’armes. Les mêmes en fait…

Par où passer ? Où aller ? Que faire ? Comment faire ensemble ?

Florence Prudhomme

30 décembre 2018

 

  

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