Les auteurs de BD, à poil...

(L'IRCEC / RAAP est un organisme de retraite complémentaire, un fond de pension. Cotiser y est pour les auteurs de BD, obligatoire. Et il y a quelques jours, nous avons eu la confirmation d'une hausse sans précédent de cette cotisation, allant jusqu'à grêver 1 mois de revenu à bon nombre d'entre nous... Les auteurs de BD gagnent mal leur vie, la plupart arrive très péniblement à gagner l'équivalent du SMIC, en toute précarité et bien entendu sans compter leurs heures, en bons travailleurs indépendants qu'ils sont. Travailleurs pauvres, naturellement.)

Ces jours-ci, au gré des dernières nouvelles au sujet de l'IRCEC, je vois et j'entends les auteurs de bande dessinée gronder, rager, jurer... A juste raison. 

Certains hurlent leur désarroi, à coups de lettres ouvertes et de mots sanglants... 
D'autres grognent et maugréent, rongeant leur frein, comme s'ils attendaient leur heure... 
Certains encore disent vouloir adhérer au syndicat, y compris contre leur nature profonde, plus prompts à l'individualisme forcené qu'au combat syndical et collectif...
D'autres enfin décident d'arrêter carrément le métier.

Ce sont toutes des réactions de colère plus ou moins rentrées, plus ou moins sorties, mais toutes valables... 
Et les questions centrales, impérieuses viennent à l'esprit, crûment :
Comment ce système peut-il perdurer si les auteurs sont à ce point fragiles économiquement ?
Comment les éditeurs, dans leur ensemble, mais aussi, les libraires, les diffuseurs, les distributeurs... pourraient-ils ne pas entendre la détresse de leurs partenaires ? 
Comment les journalistes spécialisés peuvent-ils rester sourds aux justes et criants tourments des auteurs dont ils parlent à longueur d'articles ?
Comment l'Etat et ses plus éminents représentants, si heureux de célébrer la dynamique du marché qui va bien merci, peuvent-il tourner le dos aux artisans qui portent le secteur à bout de bras ?

Il y va de la survie de la Bande Dessinée de ce côté-ci de la planète, rien de moins, et accessoirement de centaines de familles...

Il y a sans doute des solutions à inventer pour demain, mais, il y a surtout des problèmes à résoudre, maintenant.

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