Covid-19: comment éviter une catastrophe sociale pour les plus pauvres?

Les ménages pauvres sont les premières victimes des mesures de confinement et de privation. Pour éviter la catastrophe sociale annoncée, le plan de relance du gouvernement doit relancer le pouvoir d'achat des plus modeste et investir massivement dans le logement très social.

La crise sanitaire remet chaque jour à vif les situations de grande pauvreté et d’inégalités sociales qui traversent le pays. Les personnes sans-abri ont été les premières victimes du confinement, avec les fermetures d’accueils de jour, la pénurie de places d’hébergement et la solitude des rues désertées. L’Etat n’est pas resté inactif face à cette situation en mobilisant près de 10 000 places d’Hôtels en complément des centres ouverts toute l’année et de la prolongation des places hivernales jusqu’au 31 mai. Une politique qui, si elle a permis de réduire fortement la demande d’hébergement des familles, n’a pas permis de proposer un hébergement et un accompagnement à tous-tes. De ce fait, plusieurs milliers de personnes, souvent des hommes seuls avec des problématiques d’addiction ou de santé mentale, particulièrement vulnérables au virus, restent « confinés dehors » dans les grandes villes, comme à Paris, Toulouse ou Marseille où la situation reste très tendue.

A ces situations de grande exclusion, s’est ajoutée une inquiétante paupérisation des ménages dans les quartiers populaires. L’explosion de la demande d’aide alimentaire de ces familles subissant la fermeture des cantines et une baisse des revenus d’activité souvent liée à des fin de contrats précaires ou d’activités informelles est le révélateur d’une crise sociale profonde. L’allongement des files d’attente aux distributions alimentaires dans le nord est de Paris ou en Seine Saint Denis frappent les esprits. Comme les appels au 115 de personnes en situation de faim. Pour éviter une crise humanitaire, le gouvernement a annoncé un renforcement en urgence du soutien aux associations d’aide alimentaire et la distribution de chèque service pour un montant total de 54 millions depuis la mi-mars. Une décision nécessaire face au risque de malnutrition et d’explosion sociale dans les quartiers. Mais ce soutien sera-t-il à la hauteur et suffisamment prolongé dans le temps pour éviter une catastrophe sociale dans les mois à venir ?

L’effondrement des ressources pour des millions de citoyens laisse également craindre des difficultés à payer les loyers et charges dans le parc social, et encore davantage dans le parc privé. Conscients des risques d’impayés, de nombreux bailleurs sociaux s’organisent pour échelonner les paiements et accompagner les ménages en difficulté. Mais dans le parc privé, ou ces ménages ont souvent des taux d’effort à 50 %, les fonds de solidarité logement gérés par les départements ne sont pas assez réactifs pour les protéger de l’endettement locatif et d’une expulsion, une fois la trêve levée.

Depuis 2018, les associations de lutte contre l’exclusion alertent sans relâche l’exécutif sur l’inquiétante dégradation du revenu des plus pauvres, dont la crise sanitaire n’est qu’un accélérateur dramatique. L’enquête publiée par l’OFCE en février dernier n’a fait que confirmer nos remontées de terrain : les 10 % les plus pauvres ont vu stagner voire baisser leur pouvoir d’achat pendant que les plus aisés s’enrichissent par le seul fait des mesures socio-fiscales engagées depuis le début du quinquennat. Le gouvernement a bien décidé le versement d’une prime de solidarité versée à 4 millions de personnes. Mais son montant est trop faible et trop ponctuel pour endiguer la paupérisation des 9 millions de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.

La gravité de la situation exige une prise de conscience, au sommet de l’Etat, de la nécessité d’un plan de relance pour les plus précaires. Il faut rapidement augmenter les minima sociaux, en particulier le RSA dont le montant est gelé depuis 2017 (hors inflation) alors qu’il avait augmenté de 10 % sur le précédent quinquennat. Il faut également l’ouvrir au 18- 25 ans qui ne bénéficient pas de la solidarité familiale et qui sont les premières victimes des fins de contrats précaires. L’ampleur du mal-logement nécessite également un plan d’investissement massif en faveur de l’hébergement et du logement très social, avec en priorité le doublement de la production de logements PLAI (soit 60 000 par an) et la mobilisation du parc privé vacant en faveur des plus modestes. L’urgence est aussi d’empêcher les expulsions locatives sans relogement. Au-delà de la nécessaire prolongation de la trêve hivernale sur toute l’année 2020, l’Etat doit aider les ménages à bas revenu à se maintenir dans leur logement en revalorisant significativement les APL et en créant un fonds d’aide au paiement des loyers doté de 200 Millions d’€ sur l’année 2020, évitant aux plus pauvres de s’enfoncer dans la dette. La catastrophe sociale annoncée pour « l’après confinement » peut encore être évitée par une politique de redistribution priorisant le pouvoir d’achat et la solvabilisation des dépenses incompressibles des personnes précaires et des classes populaires. Mais le temps presse….

 

Florent Guéguen, Directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité

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