Filière coton : Idriss Déby passe à la vitesse supérieure

En 2011, le président tchadien Idriss Déby a pris à bras le corps la question de la filière coton.

Une restructuration audacieuse de la société nationale qui organise la filière, Cotontchad, et un effort budgétaire remarquable en faveur d’une juste rémunération des producteurs ont porté leurs fruits. Entre 2011 et 2016, la production de coton au Tchad a bondi de 35.000 tonnes à 171.000 tonnes annuelles.

Mais ce programme ne serait qu’un trompe-l’œil s’il n’était pas pérennisé. Or la crise économique affecte durement les recettes budgétaires de l’Etat tchadien. Pas question pour le gouvernement de continuer de financer ce programme par de la dette. Mais Idriss Déby, dont la politique économique repose avant tout sur la diversification et une réduction de la dépendance au pétrole, ne pouvait pas pour autant accepter de laisser un projet phare de développement économique péricliter en raison de la crise.

Jamais frileux sur les montages économiques audacieux, Idriss Déby a donc sollicité des grandes entreprises étrangères. Et c’est la singapourienne OLAM qui a été choisie pour prendre 60% du capital de Cotontchad, dont l’Etat reste actionnaire à hauteur des 40% restants, moins les 5% qu’il cèdera aux producteurs à titre gratuit. Pour OLAM, très active dans différentes filières agro-industrielles en Afrique, cet accord, dont la signature a été annoncée en avril dernier après des mois de tractations secrètes, est une bonne nouvelle. Mais c’est surtout pour la filière coton tchadienne que c’est un réel succès.

OLAM va en effet injecter son expertise et ses capitaux dans Cotontchad, et toute la filière va en bénéficier, avec un objectif ambitieux : atteindre les 300.000 tonnes annuelles à l’horizon 2023. Pour ce faire, les installations d’égrenage de Cotontchad vont être modernisées, de même que l’usine de production d’huile de coton de Moundou. Un autre point clé pour les producteurs a été obtenu par Idriss Déby : OLAM va financer les campagnes cotonnières, donnant aux producteurs l’accès nécessaire aux semences et aux intrants. Un élément clé pour les 400.000 producteurs tchadiens, et les 3 millions de personnes qui vivent sur la filière.

Idriss Déby réussit là encore à capter les capitaux et le savoir-faire de grandes multinationales pour avancer le développement d’un secteur-clé de l’économie nationale, sans recourir à la dette.



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