Idriss Déby à la manœuvre pour renforcer la sécurité du Sahel face au chaos libyen

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La situation de la Libye est un sujet de préoccupation majeur pour Idriss Déby. Le président tchadien y voit un foyer permanent d’instabilité. L’absence de gouvernance unifiée et de maîtrise du territoire, la prolifération des bandes armées et des groupes terroristes, et l’abondance d’armes et de ressources financières illicites font en effet de ce vaste pays un problème de sécurité majeur. Celui-ci concerne bien entendu le Tchad, mais également l’ensemble du Sahel, jusqu’à la façade méditerranéenne de l’Europe. En ce qui concerne le Tchad, Idriss Déby s’est déjà assuré que la frontière Nord est bien verrouillée. Plusieurs responsables civils et militaires ont été limogés suite à la tournée de plusieurs semaines que le président a effectuée au Nord en janvier. Leur performance était jugée insuffisante au vu de la grande tension qui règne à la frontière libyenne.

Comme à son habitude dans ce genre de situations, Idriss Déby a également déployé une stratégie régionale pour faire face à toute éventualité. Après avoir longuement discuté d’une plateforme d’accord, Idriss Déby a finalement réuni les représentants de la Libye, du Niger et du Soudan à N’Djamena. Le 31 mai, les différents plénipotentiaires ont signé un accord de coopération sécuritaire ambitieux.

Le premier point de cet accord concerne le partage de renseignement et d’informations. Les quatre Etats se sont engagés à partager avec leurs partenaires des informations pertinentes concernant la lutte contre le terrorisme, mais également contre les trafics transfrontaliers, autre source majeure d’instabilité régionale. Le second point est l’autorisation réciproque faite aux forces armées de ces Etats d’user du droit de poursuite. Concrètement, des militaires tchadiens poursuivant des terroristes qui chercheraient refuge en Libye ne seront pas tenus de s’arrêter à la frontière et pourront continuer la poursuite à l’intérieur du territoire libyen, dans une certaine limite.

Cet accord quadripartite ouvre la voie à une lutte efficace contre les différentes menaces armées qui cherchent à profiter des vastes étendues désertiques et du passage de frontières pour mieux se dissimuler. L’échange d’information et le droit de poursuite permettront de neutraliser trafiquants et terroristes. Pour reprendre les termes d’un officier tchadien : « Le Sud de la Libye est devenu, depuis la chute de Kadhafi, le lieu de tous les trafics et les bandits qui connaissent le terrain parviennent à passer d’un territoire à un autre. Il en est de même pour les trafiquants, et c’est ce que nous voulons combattre».

En parvenant à cet accord complexe, Idriss Déby a démontré une nouvelle fois son influence dans la région et sa maîtrise fine du jeu diplomatique. 

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