Retour d’exil de Acheikh ibn-Oumar : la politique de la main tendue d’Idriss Déby

Ancien ministre du dictateur Hissène Habré, qu’Idriss Déby a renversé en 1990, Acheikh ibn-Oumar a un temps été conseiller du nouveau président tchadien, puis ambassadeur du Tchad dans des postes prestigieux, avant de céder à la tentation de la rébellion armée. Dès 1994, il se lie avec des groupes armés qui veulent renverser le président Déby.

Malgré les échecs, Acheikh ibn-Oumar s’obstinera dans cette voie. Vivant dans le confort de l’exil, notamment à Paris, il a continué à apporter son soutien politique à une myriade de groupes ayant une seule chose en commun et un unique programme : renverser par les armes le président du Tchad. C’est à l’occasion de la dernière grande rébellion de 2008, partie du Soudan et échouant à N’Djamena après avoir mis l’Est du pays à feu et à sang, qu’il avait été condamné par contumace, aux côtés de ses complices Timane Erdimi (réfugié au Qatar) et Mahamat Nouri.

Un tel pedigree aurait convaincu plus d’un chef d’Etat de tenir ce personnage aussi éloigné que possible. Mais Idriss Déby ne ménage aucun effort pour rassembler tous les Tchadiens et convaincre les derniers rebelles de faire œuvre utile en abandonnant les armes. C’est donc grâce à l’amnistie décrétée par Idriss Déby le 30 mai dernier, confirmée par une réquisition aux fins de non poursuite récemment délivrée par la justice tchadienne, qu’Acheikh ibn-Oumar a pu quitter Paris pour rentrer au pays dimanche 5 novembre. A sa descente d’avion, celui-ci a déclaré qu’il n’a « pas de rôle particulier à jouer » hormis « transmettre[son] expérience à la génération montante ».

Ahmat Mahamat Bachir, ministre de la Sécurité publique, a déclaré « saluer ce retour au pays » et espérer « que d’autres lui emboiteront le pas. Le pays a besoin de tous ses fils, pour autant que possible contribuer au développement ». Le ministre reprend là la terminologie fréquemment employée par Idriss Déby, qui souhaite d’une part donner une chance à ceux qui se sont fourvoyés dans la voie de la lutte armée, et d’autre part mobiliser l’ensemble des talents et moyens au service du développement du Tchad.

Certains rebelles toujours en exil avaient accueilli froidement la main tendue d’Idriss Déby, l’accusant de ne pas être réellement engagé dans la voie de l’amnistie. Qu’un chef rebelle historique comme Acheikh ibn-Oumar puisse rentrer à N’Djamena après presque 25 ans d’efforts continus pour faire tomber Idriss Déby constitue le gage le plus sûr de la sincérité du président tchadien.

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