Le goût du complot

Des personnes aiment le complot. Elles sont convaincues, et une conviction a cette particularité qu’elle est complexe à déloger du cerveau.

Pourquoi le complotiste croit-il que tout événement touchant des autorités (policières, politiques, religieuses, économiques, etc) mais aussi des inconnus (juifs le plus souvent), pourquoi croit-il que cet événement est forcément orchestré par les services secrets ou toute autre nébuleuse n’ayant pas pignon sur rue ? Il ne croit pas à la version officielle, précisément parce qu’elle est officielle et qu’il a en horreur tout ce qui ressemble aux autorités et à l’ordre établi, par manque de confiance.

Il cherche des raisons ailleurs. Il aime par-dessus tout se penser maltraité par l’Etat et les autorités, et s’estime mal représenté. Il peut avoir des raisons objectives de sentir traité différemment, d’être considéré comme un citoyen de seconde zone. Mais ceci se répercute à tort sur le comportement face à l’information. La presse n’a pas que des qualités, loin s’en faut, mais en France une partie des journalistes a encore une culture de l’investigation et de la recherche des faits en toute indépendance d’esprit, et même en toute indépendance tout court pour un site comme Mediapart par exemple. On ne peut donc pas faire le procès d’une presse qui relaierait forcément les dires du pouvoir, même en cas de circonstances graves comme un attentat. Le complotiste se fait plaisir, il aime échafauder des plans pour reconstruire les faits et apporter une lecture emprunte de soupçons à des événements souvent dramatiques.

Pourquoi le complotiste en vient-il souvent à mettre en cause des juifs, des francs-maçons, voire des homosexuels ? Tous semblent des ennemis jurés, ennemis faciles et jamais questionnés. C’est l’évidence même, se dit-il, ils ont forcément une place sur l’échiquier ayant organisé les événements dramatiques. Car autant le complotiste a une forte capacité de doute et de recul sur les informations des journaux « établis », autant il n’émet pas de doute quand il s’agit de cibler ceux qui à ses yeux sont les « vrais » organisateurs. Il n’est pas à un paradoxe près.

Le complotiste cherche à brouiller les pistes, à se ré-informer car il s’estime mal informé. Mais, ce faisant, il se désinforme et désinforme son entourage. Le complot n’est pas une information. A trop vouloir chercher le soupçon partout, il ne s’aide pas au quotidien, ni n’aide son entourage à adopter une vision positive de la vie et du monde environnant. Soupçons, complotisme et pessimisme font bon ménage à trois.

Pour en sortir, rien de tel que vivre des moments simples avec profondeur et joie : manger ce qu’on aime, saluer et discuter avec toutes les personnes rencontrées en une journée (ne serait-ce qu’une journée pour retrouver l’humanité dans son essence), méditer, marcher au soleil, faire l’amour, etc. Ainsi, cesser de penser au soupçon est déjà un pas. C’est plus reposant pour soi, et pour les autres.

Le complotiste est peut-être un sujet en plein désarroi, en plein désamour de lui-même, en pleine recherche de sens à sa vie.

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