Ce n'est que le début

Des millions de personnes ont dit non à la terreur et oui à la démocratie. Des millions de personnes ont montré avec dignité et calme une image de ‘vivre-ensemble’, une façon de former une nation avec toutes ses différences d’opinions, ses différences ethniques, religieuses, politiques, sociales. Mais tout cela n’est que le début d’un mouvement historique qui, s’il s’enracine, renforcera la France. Ou, s’il s’ensable, l’affaiblira encore.

Ce n’est que le début d’un vaste débat sur ce qui doit changer pour ne pas recréer chez nous ces enfants de la terreur. Car ces trois semeurs de haine sont issus de la République. Ils sont Français, ont suivi leur scolarité en France, ils n’ont pas trouvé leur place et ont basculé dans la délinquance puis dans le radicalisme islamiste. Ces semeurs de haine ont aussi puisé leurs idées obscurantistes à l’étranger, mais ne nous trompons pas, les ferments de cette haine se développent chez nous. Et pas seulement en prison, où les mauvaises fréquentations sont sûrement plus intenses qu’ailleurs. En France, des jeunes gens ne se sentent pas aidés, pas intégrés et quelques-uns prennent ce chemin funeste de négation de l’humain en instrumentalisant la religion.

Ce n’est que le début du débat sur la ré-intégration de ces jeunes laissés pour compte (Français pour la grosse majorité, mais ce n’est pas la question), à cause des échecs scolaires, de conditions sociales défavorables, d’une économie en panne, de politiques publiques peu ambitieuses...

Ce n’est que le début d’un débat sur la place du fait religieux à l’école et dans les médias, et donc sur le fondamentalisme qui existe dans toutes les religions. Il faut se pencher de nouveau sur les fondamentalismes catholique, juif, musulman, protestant, hindou, bouddhiste, etc. Aucune raison d’épargner quelque religion que ce soit. Là où il n’y a pas de discernement et de tête froide, il n’y a pas de recul critique possible devant les dogmes. Et les portes s’ouvrent aux pensées fondamentalistes, ces graines de violence qui s’infiltrent insidieusement. Il faut aussi débattre de l’athéisme et de l’agnosticisme outranciers, qui peuvent conduire à la négation de toute spiritualité et de toute croyance, et à l’irrespect de la foi et des croyants. C’est un chemin étroit à trouver, mais il nous faut en parler.

Ce n’est que le début de la discussion sur la réponse policière et judiciaire à apporter. Quand doit-on stopper net des fondamentalistes fomentant un attentat ? Faut-il intimider des graines de terroristes, quitte à prendre le risque de les motiver davantage à passer à l’acte ensuite, une fois libérés ? Quelle est la réponse adaptée et dosée ? Faut-il des prisons particulières ? Que faire sans s’asseoir sur nos principes et idéaux de démocratie ? Comment agir dans le cadre du respect des libertés (d’expression, de culte, de mouvement, de conscience, etc.) ?

Ce n’est que le début du débat sur la lutte contre le djihadisme au niveau mondial. Comment ne pas tomber dans la surenchère militaire et en même temps ne pas laisser les djihadistes prendre le pouvoir partout où les structures étatiques sont très fragiles? Comment peut-on investir dans l’éducation des enfants dans les pays dominés par des Etats autoritaires et se servant souvent de la religion la plus rigoriste pour maîtriser leur peuple ?

Dans tous les domaines, les réponses sont tout sauf simplistes. Ce n’est que le début. Mais l’espoir est là, car sans ça nos esprits sont moribonds. Si on perd espoir, repensons au 11 janvier 2015.

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