Une exposition de photographies en plein air à Paris rassemble des portraits de jeunes exclus par leur famille en raison de leur homosexualité ou transidentité. Pour éviter la rue, l’association Le Refuge les a recueillis plusieurs mois. Clichés à découvrir dans le Parc de Bercy jusqu’au 14 novembre 2015.

 

Photographier pour témoigner d’une réalité peu médiatisée, l’homophobie et la transphobie dans le cercle familial, allant jusqu’à l’exclusion de son enfant. Photographier pour appeler au dialogue dans les familles, pour chercher à renouer les fils de l’amour. Photographier pour dire non au rejet des personnes homosexuelles et trans, et oui au respect des différences.

C’est avec toutes ces idées en tête que mon projet d’exposition a germé en 2013, dans un contexte politique tendu. Le Parlement examinait le projet de loi étendant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe dans une ambiance électrique : le débat s’éternisait, des manifestants hostiles au projet se radicalisaient et certains scandaient des messages de haine.

J’étais déjà bénévole au sein de l’antenne parisienne de l’association nationale Le Refuge. J’y côtoyais donc des jeunes exclus par leur famille parce qu’ils étaient gays, lesbiennes ou trans. Je sentais leur souffrance et voyais que les débats sur le « mariage pour tous » les secouaient. Certains devenaient agressifs verbalement, ce qui était compréhensible car, en plus de leur situation critique, ils devaient encaisser les propos homophobes assumés par des personnalités ou de simples citoyens de ce pays.

A travers la photographie, j’ai voulu pousser plus loin mon engagement pour ces jeunes et cette association. En prenant le temps des échanges humains et en construisant un projet apaisé, loin de la confrontation du moment. J’ai obtenu l’autorisation de photographier les jeunes intéressés par mon projet dans leurs appartements temporaires, loués par Le Refuge. Une douzaine m’ont suivi dans l’aventure. J’ai pris le temps d’expliquer ma démarche et ai attendu mi-2014 pour envisager l’exposition.

Puis est venu le temps des dossiers à présenter à des partenaires potentiels. Le 12e arrondissement de Paris a rapidement soutenu le projet. Le sésame est arrivé plusieurs mois après : l’autorisation de la Mairie centrale d’« occupation temporaire du domaine public », c’est-à-dire l’autorisation d’exposer sur les grilles du Parc de Bercy-Jardin Yitzhak Rabin.

Dans ma démarche photographique, exposer dans un parc est essentiel car je veux emmener le sujet dans l’espace public et non pas le cantonner à un espace plus confidentiel où entrerait seulement un public déjà sensibilisé au thème de l’homophobie –ou bien un public socialement homogène. Bien entendu, c’est risquer la réprobation de certains, mais je l’assume et suis convaincu que la société avance par le débat –pour peu qu’il soit contradictoire et respectueux de chacun.

Je vois la photographie comme un engagement. J’aimerais faire progresser l’idée que l’orientation sexuelle et l’identité trans ne sont pas des raisons suffisantes pour exclure son enfant, que le dialogue et l’ouverture d’esprit sont des clés pour atténuer les difficultés de l’enfant à s’assumer différent dans une société qui a toujours tendance à normer.

Pour moi, il ne s’agit pas de dire que les parents sont forcément fautifs et ne souffrent pas aussi à leur manière. Le conflit trouve rarement ses racines en un seul lieu. Mais à la différence de l’adolescent, l’adulte est censé être plus mature et maître de ses émotions. Le père et la mère sont censés pouvoir prendre plus de recul face aux événements. Personne ne dit que c’est simple, mais on attend a minima des parents une autorité juste et non violente, une attitude de respect et un sens de l’écoute. Pas de la haine, de la violence et du rejet. L’adulte qui soumet, humilie et rejette a-t-il encore une place dans son cœur ?

Alors oui, le débat peut s’ouvrir sur l’éducation des parents. Pas seulement sur les questions de l’orientation sexuelle, de l’identité de genre ou de la sexualité. Mais aussi sur le rôle plus général des parents dans la vie de leurs enfants. Les parents sont-ils là pour les accompagner et les aider à emprunter leur propre cheminement ? Ou pour tracer le chemin qu’il leur semble bon pour eux ? On parle là de degré de liberté dans la cellule familiale et aussi d’autonomie des jeunes dans leur construction identitaire.

Aujourd’hui, dix portraits sont accrochés dans le Parc de Bercy à Paris. Si vous passez les voir, pensez surtout à ces jeunes et à l’association Le Refuge (www.le-refuge.org).

 

-L’exposition photographique Amours hors cadre est visible jusqu’au 14 novembre 2015 dans le Parc de Bercy-Jardin Yitzhak Rabin, côté Cinémathèque française et manège pour enfants. L’entrée se fait dans le prolongement de la rue Jean Renoir, 75 012 Paris.

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-Les personnes intéressées par des tirages signés (plusieurs formats possibles) peuvent me contacter via mon site : florentpommier.format.com/contact. Je m’engage à reverser 20% du prix à l’association Le Refuge.

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