La DTN au White Spirit

L'affaire ne fait que commencer. Depuis le premier article publié par Mediapart le 28 avril ,les échos et autres compléments d'information au sujet de ce scandale qui secoue la DTN et le football français n'ont cessé de se multiplier.

L'affaire ne fait que commencer. Depuis le premier article publié par Mediapart le 28 avril ,les échos et autres compléments d'information au sujet de ce scandale qui secoue la DTN et le football français n'ont cessé de se multiplier.

 

On a d'abord eu droit aux démentis des intéressés, pouvant s'appuyer sur les doutes émispar les mass-medias, cesderniers souffrant d'un besoin aigu d'une preuve avant d'oserpousser l'analyse. Bizarrement, Nicolas Anelka et d'autres personnesattendent toujours le verbatim de ce qu'il s'est passé à lami-temps de France-Mexique mais passons... Le verbatim donc, sorti lesamedi 30 (voir Quotasdans le foot : la vérité au mot près), a forcé lesintéressés cités précédemment à changer leur angle d'attaque.

 

Du côté des instances,une enquête a été ouverte, François Blaquart s'est retrouvé misà pied pour une semaine et Laurent Blanc s'est excusé avant departir en vacances. Côté média, les personnes en manque de preuvesont embrayé sur le jugement des méthodes employées par Mediapartavant de se lancer à la recherche de la taupe qui a lâché lesbandes (voir MohamedBelkacemi, mais qui est la taupe ?). A l'heure où ces lignessont écrites, ils l'ont trouvée et se demandent maintenant qui a pufaire le lien entre celle-ci et le journal payant en ligne.

 

A côte de ce journalismed'investigation à forte valeur ajoutée, les intervenants sebousculent au micro pour donner leur point de vue sur l'affaire.Beaucoup se sont focalisés sur le racisme supposé, ou non-supposé,de Laurent Blanc et du monde du football sans jamais aboutir sur uneréponse par l'affirmative. Et le « non, je ne suis pasraciste, j'ai des amis de couleur » s'est rapidementtransformé en « mais non, le milieu de football n'est pasraciste, regardez le nombre de blacks et de beurs qui en sont. »Certes.

 

Mais dans ce cas, commentexpliquer certains montées au créneau venant du monde du footballet allant dans le sens contraire ? Lilian Thuram, Pape Diouf, AndréMérelle (l'ancien directeur de l'INF Clairefontaine) et, toutrécemment, Patrick Vieira, n'ont pas hésité à soulever leproblème du racisme dans le paisible monde du football.« Frustrées » pour certains, « pasirréprochables dans leurs fonctions» pour d'autres, cesvoix dissonantes posent quand même la question. Et s'il étaitpossible que certaines formes de racisme soient aussi bien implantéesdans les instances qu'elles le sont prétendument dans les stades ?

 

A cette question, leverbatim apporte quelqueséléments de réponse troublants quant à la manière de raisonnerde ceux qui font, aujourd'hui, le football français sur le plansportif. Du problème de la binationalité, posé par FrançoisBlaquart, les intervenants glissent doucement mais sûrement vers desdiscussions bourrées de préjugés et de stéréotypes. Et lepremier à trébucher n'est autre que Laurent Blanc. Alors queBlaquart échange avec Mombaerts sur la possibilité d'établir desquotas discriminatoires, le sélectionneur et « sauveurdu football français »intervient.

 

Blaquart: « Fautfaire un projet. Moi, j'ai dit à Gérard qu'on allait se voir pourle concours et qu'on limite. Qu'on soit beaucoup plus pertinent dansl'approche, y compris l'évaluation sur l'état d'esprit et ainsi desuite. Je dirais qu'on a des moyens pour le faire. Avec des 12 ans,on s'est aperçu que c'était plus difficile qu'avec des 15...Surtout, qu'on se donne quelques garanties! L'idéal effectivement,c'est de dire, mais pas officiellement: de toute façon on ne prendpas plus de tant de gamins qui sont susceptibles de changer (denationalité, NDLR) à terme. »

 

Blanc: « Ou alors tu les fais passer par des critèresdifférents de sélection. Il n'y a qu'à voir les centres deformation. Même le pôle Paris. Tu vois toujours les mêmes gensparce qu'ils répondent toujours aux mêmes critères de sélection. »

 

A laproposition d'établir des quotas discriminatoires cachés de sonDTN, le sélectionneur répond qu'un changement des critères desélection pourrait permettre d'aboutir au même résultat, à savoirbaisser le nombre de bi-nationaux. En disant cela, Blanc n'est niplus ni moins que sur la ligne qu'il défend depuis son arrivée àla tête de l'équipe de France. Comme il le dit plus loin, il n'a« rien contre les blacks. » Et tous les « blacks »qui ont été interrogés sur le sujet, de son capitaine AlouDiarra à son ancien partenaire Lilian Thuram ont rejeté l'hypothèsed'un sélctionneur qui serait un raciste primaire.

 

Maisen intervenant de la sorte dans la conversation, le sélectionneur seretrouve sur une pente très glissante. A le lire, il sembleconsidérer qu'un changement des critères de sélection permettra delutter contre la bi-nationalité. En d'autres termes, si les critèrestechniques et d'intelligence de jeu sont privilégiés, il y auranaturellement moins d'élus « bi-nationaux »qu'avec les critères actuels, s'appuyant essentiellement sur lephysique.

 

Dansson esprit, il semble donc déduire que les non bi-nationaux, qu'ilconsidère maladroitement comme des Français de souche, seraientforcément plus techniques que les « bi-nationaux »,« blacks »ou « beurs ».Une grave erreur de lecture qui a entraîné la juste réaction deLiliam Thuram faisant appel à l'histoire sur ce sujet bien précis(voir : Discriminationdans le football : pour Lilian Thuram, il faut dire stop).

 

« L'histoire duracisme est liée à cette conception: le noir, c'est le corps avanttout. Mais comme nous vivons dans une société qui, en règlegénérale, sépare le corps et l'esprit, cela devient: le noir esttrès fort physiquement, mais pas très intelligent. Beaucoup depersonnes, et peu importe leur couleur de peau, pensent de façoninconsciente ou inavouée qu'il y a un lien entre pigmentation depeau et intellect. Les préjugés ont la vie longue. »

 

Cettesortie du joueur le plus capé de l'histoire de l'équipe de Francenous éclaire sur le racisme qui touche le milieu du football commeil peut toucher n'importe quel autre milieu de la société.Sanctionné par la loi (cf. les menaces de Chantal Jouanno en casd'instauration de quotas), le racisme discriminant est supplée parune flopée de préjugés et de stéréotypes raciaux, par définitionintériorisés. De cette conclusion, une énorme questionémerge. Aussi maladroit soit-il, Laurent Blanc fait un constatdifficilement réfutable : il y a beaucoup de joueurs de couleur dansles équipes de jeune.

 

Blanc: « Je suis sur les terrains tous les samedis, je voisquelques centres de formation: on a l'impression qu'on forme vraimentle même prototype de joueurs: grands, costauds, puissants. Grands,costauds, puissants. Grands, costauds, puissants. Grands, costauds,puissants. Qu'est-ce qu'il y a actuellement comme grands, costauds,puissants? Les blacks. Et c'est comme ça. C'est un fait actuel. »

 

Maisreste donc à savoir une chose : ses jeunes joueurs sont-ils choisisparce qu'ils répondent plus aux critères de sélection actuels(physiques) que les autres ? Ou sont-ils recherchés en prioritésous prétexte qu'ils rempliraient plus naturellement lesmêmes critères que les autres ? Après la démonstration de laprésence de stéréotypes raciaux au sommet des instances sportivesfrançaises, il ne serait pas surprenant que ceux-ci se retrouvent aubas de l'échelle, chez certains détecteurs. Dans ce scénario, oùla couleur prendrait le pas sur les critères de sélection, il neserait pas étonnant d'en voir certains débouler dans des clubs endemandant : « Vous avez des noirs ? Ils sont physiqueset c'est ce qu'on cherche.» Limite, n'est-ce pas ?

 

Leplus grave dans l'histoire, c'est que ce racisme intériorisé n'estpas curable à court terme. Mais il peut être combattu à l'aide duchangement des critères de sélection. A moins de recruter aufaciès, ce qui serait encore plus grave, les qualités techniques etd'intelligence de jeu d'un jeune joueur, quelquesoit sa couleur,seront toujours détectées par les bons recruteurs. Et les exemplesde « noirs techniques » pouvant alors se multiplier,les esprits du football français pourront peut-être évoluer.

 

Envoulant modifier les critères de sélection des jeunes joueurs pourles axer sur la technique et l'intelligence de jeu, Laurent Blancavait et a toujours la bon remède pour le football français. Car iln'est de toute façon pas viable de sélectionner sur critèrephysique des joueurs qui ne sont pas à maturité de leur croissance.Mais, en plus des maladresses de communication, il les a défendus,lors de cette réunion, pour les appliquer au mauvais symptôme (labinationalité).

 

Florent Toniutti

 

PS : Cet article est aussi à découvrir sur le site Panenka.fr.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.