Babillages présidentiels

François Hollande, en qui j'ai cru, a manqué son rendez-vous avec l'histoire et nos institutions. Le livre des journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme le prouve. Je le dis avec beaucoup de regrets : François Hollande doit dès à présent tirer toutes les conclusions d’une situation politique dont il n’est pas la seule cause, ni le seul responsable, mais le principal symptôme. Par Florent Boudié, député PS de Gironde, soutien d'Emmanuel Macron.

C'est un sujet d'interrogation assez confondant. Comment un président de la République, placé au cœur de nos institutions, dans une période de notre histoire aussi mouvementée et même troublée, peut-il s'accorder autant de légèreté et d'insignifiance? Jusqu'à se faire le commentateur de l'équipe de France de football et donner son point de vue sur l'affaire Benzema! Imagine-t-on François Mitterrand se livrer à de tels babillages, face à deux journalistes sensés consigner, pour l'Histoire, le sens de l'action présidentielle? Non, bien sûr.

Ce matin, ce n'est pas la colère ou le désarroi qui l'emportent, mais une ironie grinçante à constater que l'homme en qui j'ai cru, contre beaucoup d'autres et avant beaucoup d'autres, a manqué son rendez-vous avec l'histoire et nos institutions: un accident de dimension industrielle, tant ses conséquences seront lourdes pour l'avenir de la gauche et donc pour le pays.

Le sujet n’est même plus de faire le bilan du quinquennat, estimable dans bien des domaines, perfectible dans beaucoup d’autres, comme toute action publique.

L'ironie veut que le président de la République vienne lui-même briser l'os que le Parti Socialiste donne à ronger depuis plusieurs semaines à ses élus et à ses militants : il faudrait soutenir la candidature du président de la République pour éviter l'implosion de la maison socialiste... qu'il entend lui-même "liquider". « Il faut un hara-kiri », affirme le président de la République en parlant du Parti Socialiste, dans le livre signé de Gérard Davet et Fabrice Lhomme. François Hollande ne croit pas si bien dire. À ceci près qu'il en assène lui-même le coup fatal. Au plus mauvais moment et en oubliant les bonnes manières.

Dire cela m'expose. Mais faut-il rester dans le non-dit? et dans quel but? Jusqu’à quand allons-nous espérer et attendre un sursaut? La fonction présidentielle n’est-elle pas piétinée, micro posé sur la table et non caché dans le pan de veste, contrairement à d’autres, c’est-à-dire avec le consentement du principal intéressé?

Faut-il que la gauche de gouvernement se résigne à une candidature de transition que chacun sait promise à une défaite certaine? Faut-il qu’une partie de la gauche réformiste se résigne à se tourner vers Alain Juppé, parce que tout aurait été fait pour empêcher l’émergence d’une offre politique issue de la gauche progressiste, connectée aux mutations de notre société et à ses urgences?

Je le dis avec beaucoup de regrets : François Hollande doit dès à présent tirer toutes les conclusions d’une situation politique dont il n’est pas la seule cause, ni le seul responsable, mais le principal symptôme, fonction oblige. Il doit le faire pour ouvrir, sans attendre, l'espace d’une alternative politique rassemblant tous les réformistes de gauche. Ceux qui refusent tout à la fois l'impuissance publique de la seule contestation et le populisme radicalisé qui a gagné une partie de la classe politique. Et, de grâce, que l'on ne vienne pas me reprocher qu'un député de la majorité ne devrait pas dire ça...

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