Pourquoi il est urgent d'ouvrir le RSA aux jeunes

La crise sociale post-Covid 19 frappe d'abord les jeunes les moins qualifiés et sans soutien familial. Pourtant cette partie de la population la plus vulnérable au risque de pauvreté est exclue du système français de protection sociale. Face à la précarité qui monte, il est urgent de mettre fin à cette injustice.

Les jeunes sont les premières victimes de la crise sociale post-Covid 19. L’effondrement du nombre de contrats d’intérim (-500 000 emplois fin mars), des CDD, stages et des emplois saisonniers, conséquences immédiates du ralentissement économique, supprime « mécaniquement » des centaines de milliers d’emplois disponibles pour les jeunes peu qualifiés, avec des perspectives d’embauches qui s’éloignent. Si cette situation témoigne d’une inacceptable précarisation du marché du travail, elle signifie aussi une chute brutale des ressources de toute une partie de la jeunesse non protégée du risque de chômage et peu couvert par le régime d’indemnisation aux conditions toujours plus restrictives. Avec un taux de pauvreté de 22 %, les 18-29 ans supportaient déjà, avant la crise sanitaire, une précarité financière très supérieure au reste de la population. Leur situation ne peut que se dégrader dans les mois à venir. Pourtant les jeunes les plus vulnérables sont aussi les moins bien protégés du risque de pauvreté. Dès la création du RMI en 1988, le législateur a exclu les 18-25 ans de ce minimum social (sauf en cas de charge de famille) au motif du risque « d’oisiveté » et « d’assistanat ». Les associations de lutte contre l’exclusion constatent chaque jour les effets délétères de cette discrimination avec des milliers de jeunes sortant de l’aide sociale à l’enfance dans l’impossibilité de se loger faute de ressource, sollicitant l’hébergement d’urgence et qui dépendent de l’aide alimentaire pour survivre, à défaut de pouvoir compter sur la solidarité familiale.

800 000 jeunes seraient ainsi aujourd’hui sans emploi, ni formation ni ressources et seront confrontés au chômage de masse dans les mois à venir, sans protection. Cette situation génère un sentiment d’injustice et alimente une colère sociale légitime dans les quartiers. Dans ce contexte critique, l’annonce d’un plan de relance gouvernemental doit réparer cette injustice en proposant une protection sociale et un accompagnement aux jeunes en difficulté. Cela passe par l’accès au RSA et au droit commun de l’insertion dès 18 ans afin que la société garantisse un minimum vital à toute personne majeure autonome. La création en 2013 de la garantie jeunes proposant des ressources et un accompagnement à près de 100 000 jeunes par an constituaient déjà un progrès. Mais trop limité dans le temps et en volume, ce dispositif n’a pas permis d’endiguer la pauvreté des jeunes. Depuis les mesures de confinement, l’Etat commence à prendre la mesure de l’impact social de la crise sur la jeunesse et le Président de la République s’est dit préoccupé de la précarité des jeunes. Une aide de 200 euros sera versée en juin : un soutien très ponctuel, ciblée sur les bénéficiaires de l’APL et qui exclue de fait les jeunes sans logement. Le gouvernement a également décidé d’une aide positive aux entreprises qui s’engagent dans l’embauche d’apprentis, pour absorber le flux de nouveaux stagiaires à la rentrée.

A l’évidence, ces mesures ponctuelles ne sont pas de nature à endiguer la pauvreté qui monte. Face à la crise, il faut réorienter l'effort de la collectivité publique vers l’accès à un droit universel aux ressources, à la formation et à l’accompagnement qui doit être garantie à toute personnes majeure et autonome. L’accès au RSA n’est qu’un préalable pour sortir – enfin- d’un système « moyenâgeux » qui exclu les jeunes de notre système de protection sociale.

 

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