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Billet de blog 2 févr. 2020

Que vont devenir les personnes et familles évacuées des campements parisiens?

Le Ministère de l'intérieur a procédé le 28 janvier dernier à l'évacuation de 1600 personnes migrantes et réfugiées installées depuis plusieurs mois à la Porte d'Aubervilliers orientées principalement en gymnase. Seulement la moitié des demandeurs d'asile accèdent à un hébergement. Or aucune création de places pérennes dédiées aux demandeurs d'asile n'est prévue en 2020.

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1600 personnes installées dans des campements à la Porte d’Aubervilliers ont été évacuées le 28 janvier dernier. Cette opération était attendue par les associations de lutte contre l'exclusion intervenant sur place, compte tenu de la situation sociale et sanitaire très dégradée des personnes - parfois des familles avec enfant - qui survivaient depuis plusieurs mois dans ces bidonvilles. Cependant cette 60ème évacuation, qui s’accompagne d’une interdiction de réinstallation sur l'espace public et s'apparente à un arrêté anti -mendicité permanent, ne règle pas les problèmes d’hébergement et d’accompagnement des personnes migrantes conduites pour la plupart vers une mise à l’abri temporaire en gymnase. Que vont devenir les personnes au-delà de cet hébergement de quelques jours ?

Face à cette crise humanitaire, le Ministère de l’intérieur responsable de l’hébergement et de l’accompagnement des demandeurs d’asile n’a pas prévu de création de places nouvelles en 2020. Ce gel du parc d’hébergement est une première depuis 2015 alors même que la demande d’asile continue de progresser en France (+7 % en 2019) et que seulement la moitié des demandeurs d’asile sont aujourd’hui hébergés dans le dispositif national d’accueil, faute de places disponibles. Pire, le ministère a récemment décidé de réduire en 2020 le nombre de nuitées d’hôtel financées par l’Etat pour l’hébergement des familles en demande d’asile. Une décision incompréhensible quand le Centre d’Action Sociale Protestant qui gère la plateforme parisienne d’accueil des familles en demande d’asile recensait (le 16 janvier dernier) 329 personnes sans hébergement dont 149 enfants. Des arbitrages qui vont malheureusement alimenter le sans-abrisme et la reconstitution de campements indignes que l’Etat s’évertue à démanteler, sans proposer de solutions pérennes à leurs occupants.

Pour que le droit à un hébergement digne et à un accompagnement des demandeurs d’asile s’applique enfin de manière effective, la Fédération des acteurs de la solidarité qui regroupe près de 850 associations et organismes de lutte contre l'exclusion demande au gouvernement la création de 30 000 places d’hébergement d’ici la fin du quinquennat dont 10 000 dès 2020. Les associations s’inquiètent aussi du durcissement des sanctions financières introduite par l’instruction ministérielle du 27 décembre dernier à l’encontre des associations gestionnaires de centres d’hébergement dédiés aux demandeurs d’asile qui refusent de remettre à la rue des personnes déboutées du droit d’asile ou ayant obtenu le statut de réfugiés.

Il faut également suspendre la réforme de la carte ADA (qui sert au versement de l’allocation pour les demandeurs d’asile, soit 6,80 € par jour pour une personne seule) qui interdit depuis le 1er novembre aux demandeurs d’asile de retirer de la monnaie au distributeur. Cette réforme, décidée cet été sans discussion préalable avec le secteur associatif, dégrade considérablement les conditions de vie déjà très précaires des demandeurs d’asile qui ne peuvent plus se loger par leurs propres moyens ou faire leurs courses alimentaires, et rend plus difficile le travail des associations.

Avec le gel du parc d'hébergement, le durcissement des conditions d'accès aux soins et à l'allocation des demandeurs d'asile, l'année 2020 démarre de la pire des manières pour les personnes exilées qui fuient la guerre et l'extrême pauvreté pour demander la protection de la France et la mise en oeuvre effective du droit d'asile en Europe.

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