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Billet de blog 22 sept. 2014

De vert vêtus dans la marche pour le climat à Paris: portraits de manifestants

A deux jours de l’ouverture d’un sommet des chefs d’État sur le changement climatique aux Nations Unies le 23 septembre, les grandes capitales étaient amenées à « marcher pour le climat » ce dimanche. Paris n’a pas dérogé à la règle, dans une ambiance festive et couleur chlorophylle. Portraits de manifestants rencontrés au gré du défilé.

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A deux jours de l’ouverture d’un sommet des chefs d’État sur le changement climatique aux Nations Unies le 23 septembre, les grandes capitales étaient amenées à « marcher pour le climat » ce dimanche. Paris n’a pas dérogé à la règle, dans une ambiance festive et couleur chlorophylle. Portraits de manifestants rencontrés au gré du défilé.

Photos © Florian Bardou

« Climat : urgence mondiale », « Soyons le changement », « Climat en Danger », « Ni nucléaire, ni effet de serre », « Du courage politique contre le dérèglement climatique » : ce dimanche 21 à septembre à Paris, la lutte contre le changement climatique était sur toutes les pancartes. A l’appel du mouvement citoyen en ligne Avaaz, plusieurs milliers de personnes (5000 selon la police, 25 000 selon les organisateurs) ont défilé de la place République à l’Hôtel de ville. Un écho parisien aux mobilisations qui ont eu lieu dans le reste du monde, de New York – la plus massive - à New Delhi en passant par Melbourne, Bogotá ou Bruxelles.

Bigarrée, plus ou moins respectueuse du dress code « vert pomme » exigé, la composante parisienne de la « marche mondiale pour le climat » était familiale, trans-générationnelle et festive – Et ce, même si elle n'a pas mobilisé autant que les organisateurs l'avaient espéré. En tête de cortège, les membres d’Avaaz et leurs punchlines lancées de vive voix « Pour tout changer, il faut tout le monde », étaient suivis d’associations et de collectifs plus ou moins informels, du World Wild Fund (WWF) à Greenpeace en passant par Sortir du nucléaire, les Vegan, SOS Amazonia, ou encore une délégation roumaine contre les gaz de schistes, etc. Relégués en fin de cette marche qui se voulait avant tout citoyenne – donc apartisane -, les partis politiques (Europe Ecologie Les Verts, Nouvelle Donne, Le Parti de gauche) se sont faits plus discrets.

Mais au-delà de la mobilisation bonne enfant, interrogés sur le changement climatique et l’avenir, les manifestants-citoyens oscillaient entre espoir et pessimisme. On a voulu en savoir un peu plus sur leur rapport à l’environnement, à l’écologie et leur avenir idéal. 

À Paris, on ne sent plus l’odeur de la terre après la pluie

Alexandra travaille dans les télécoms. Engagée auprès de l’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage (1995-1997) dans Cap 21, elle est venue à la marche, en famille, avec ses deux fils, dont Adrien (12 ans), et les dessins home made de son petit frère « pour la planète ». « Il y a un an et demi, j’ai décidé de m’engager auprès de Corinne Lepage, dans Cap 21 parce que j’en avais assez de rester à m’énerver toute seule sur mon siège, raconte-t-elle. Je me suis engagée auprès de Cap 21 parce que je n’étais plus très convaincue par la démarche d’Europe Ecologie Les Verts et puis j’ai senti que de toute façon il fallait s’investir plutôt que de se plaindre dans son coin ».

Nostalgique, cette mère de famille déplore la détérioration de son environnement, et notamment de la qualité de l’air. « J’ai grandi en banlieue mais j’ai toujours aimé la nature. Quelque chose qui m’a toujours fait vibrer c’est l’odeur de la terre après la pluie. Et ça je trouve qu’à Paris on ne le sent pas, on ne le sent plus. Je trouve qu’à Paris on ne sent plus l’odeur des fleurs, plus l’odeur de la terre, on ne sent que les gaz d’échappement ». Elle renchérit : « Ici on respire mal, c’est de la purée de pois tout le temps, et je me dis que pour mes enfants c’est pas terrible. J’ai pas les moyens d’habiter ailleurs, donc bon ».

Très sensible à la cause environnementale, Alexandra énumère la liste des enjeux qu’elle place « au top des priorités ». « La grande problématique actuelle, c’est déjà tout ce qui provoque un changement climatique »  avance-t-elle, convaincue. « Il faudrait travailler de manière plus résolue sur la circulation automobile, sur l’industrie, pour réduire tout ce qui est gaz à effets de serre. Faire réfléchir les gens pour tout ce qui est consommation : on est dans une gabegie qui est pas nécessaire en fait, on peut être plus économe sans réduire notre niveau de vie. (…) C’est aussi le nucléaire parce que c’est une bombe à retardement avec laquelle on joue, qui n’est pas encore dégoupillée mais c’est super dangereux ».

Au passage, la militante n’hésite pas non plus à taper sur l’ancienne ministre EELV du Logement, Cécile Duflot, (2012-2014) : « Je vais juste régler son compte à Madame Duflot : je trouve que quand on est écologiste convaincu, on tient et on fait en sorte que les lois passent. On n’est pas là pour assurer sa stratégie personnelle. L’écologie c’est pas un hochet qu’on asseoir des fins personnelles ». Au quotidien son action concrète passe par l’éducation de ses fils : « On mange bio, je leur dit que l’eau est une ressource rare et qu’il ne faut pas la gâcher, je leur montre qu’il faut éteindre la lumière. Quand on voit des sujets à la télé, on en parle, je leur explique. Je décode aussi les choses parce qu’on est quand même dans une société de consommation et les mômes s’ils sont livrés à ça sans qu’on leur explique que derrière il y a des grosses industries qui sont là pour faire de l’argent parce qu’ils sont là pour ça, etc ». Elle conclut : « Je pense que les enfants n’ont pas tous les clefs de compréhension donc faut les aider à comprendre le rôle de la pub, qui cherche systématiquement à vous faire acheter des choses alors que vous n’en avez pas forcément besoin ».

Il faut donner une vision du développement durable qui soit plus ludique

Sacha fait partie des nombreux jeunes à être venus grossir les rangs de la marche parisienne. Aux côtés de ses amis de Dauphine Durable, une association rattachée à l’université Paris-Dauphine, cet étudiant en master 2 d’économie défend l’idée d’une sensibilisation « ludique » de la jeunesse au développement durable. « Les jeunes, ce sont les forces vives de demain. C’est important de leur faire prendre conscience de la situation, mais sans rendre cela rébarbatif et donneur de leçons » assure ce Parisien d’adoption, qui dit être « le plus ancien de l’association ».

Son béret sur la tête et une enfance à la campagne comme étendards, l’économiste en formation estime que « préserver la nature, c’est préserver tout ce qui nous relie à nos sens » et voit dans le développement durable « une solution à pas mal de problèmes », dont le chômage, le racisme, les guerres… Rien que ça. Mais Sacha assume pleinement son côté « faites l’amour, faites pas la guerre », comme il le qualifie lui-même : « Je suis optimiste, évidemment qu’il faut être optimiste, qui ne l’est pas ? lance-t-il. Il faut l’être ».

Je replante des arbres chaque été, pour nous tous, pour qu’il y ait un peu d’oxygène

La militante au chapeau végétal a beaucoup fait parler d'elle sur les réseaux sociaux. Son homologue masculin un peu moins, et pourtant son discours est aussi perché que ses feuilles de laurier, utilisées comme couvre chef. Eddy, musicien indépendant, est venu manifester pour la nature. « Disons que ma religion c’est la nature, et mon temple c’est la terre » confie-t-il d’entrée de jeu. « A partir de là quand des choses comme la marche les défendent, c’est un peu un devoir pour moi de venir ici et frapper un peu des pieds et des mains parce qu’avant tout, tout va être vendu » poursuit le quadra qui citera tout à tour Hippocrate et un grand chef indien. Philosophe et spirituel, l’homme au laurier va plus loin : « Il faut défendre la vie quoi, pas l’argent ni les banques, il faut défendre la vie humaine puisqu’on est tous des êtres sacrés, donc défendons la vie humaine et toute la vie animale et les plantes avec ».

Initié au « bois sacré » et à la médecine traditionnelle au Gabon, Eddy est très critique envers le système actuel. « J’essaye de me battre pour que chaque action avance dans le bon chemin. Après je me dis qu’il y a tellement un gros poids de banques qui appuient toute cette supercherie, toute cette escroquerie du monde, que des fois j’ai tendance à le voir très mal. (…) Après si chacun ne veut pas attendre un iPhone, une voiture ou un canapé, un petit peu de conscience et un petit peu d’action de la part de chacun, ça peut changer énormément ». Sa façon d’agir pour l’environnement au quotidien : de la pédagogie, un peu de boycott et privilégier les produits locaux.

« Je boycotte tout ce qui est Coca-Cola, Nestlé, tous les OGM, j’essaye de manger le plus naturel possible. Je replante des arbres chaque été, pour nous tous, pour qu’il y ait un peu d’oxygène, parce qu’il faut savoir qu’il y a l’équivalent d’un terrain de foot en Amazonie qui disparaît toutes les 4 secondes. Après j’essaye d’en parler autour de moi ». Il assure même pousser sa fille à manger moins de Nutella. « Ça vient de très loin ce genre d’idées, conclut-il, c’est pas facile à appliquer au quotidien d’ailleurs ».

On est foutus si on ne commence pas maintenant

Du haut de ses vingt ans, Mona a déjà milité pour l’environnement sur deux continents. Fraîchement débarquée en France depuis Montréal, cette étudiante en cinéma – « en  audiovisuel », rectifie-t-elle – affirme avoir eu un déclic après avoir assisté à « deux cours sur le développement durable ». Non contente d’éteindre télévision et lumière lorsque sa grand-mère quitte le salon, cette citoyenne du monde s’est convertie au végétarisme et « encourage ses proches à manger moins de viande »... Même si le succès est loin d’être au rendez-vous : «  J’essaye  d’encourager mes  amis mais  ils  s’en foutent complètement, préfère s’amuser la Lyonnaise d’adoption. Ma famille ne pense pas non plus que ça vaille la peine d’être végétarienne ».

La lecture d’un ouvrage sur les enjeux du développement durable, « un peu déprimant » mais dont elle apprend beaucoup, lui fait pourtant prendre conscience de la nécessité « d’agir ensemble » et vite. « En lisant ce livre, je me suis dit : « Merde, on est foutus si on ne commence pas maintenant », sourit Mona, qui désespère de retrouver le titre de son pavé. Ce n’est pas que c’est irréparable, mais c’est  juste  qu’il  faut  vraiment  changer  les  choses  maintenant.  Dans  trois,  quatre,  cinq  ans,  il  sera trop tard pour revenir en arrière ». Partagée entre optimisme et désillusion, la cinéaste en formation aimerait pourtant voir un jour « des étoiles dans le ciel » parisien.

Un reportage Julie Thoin-Bousquié et Florian Bardou. 

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