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Billet de blog 25 août 2015

L’Amérique latine à la pointe des droits des LGBT

Malgré des situations nationales très contrastées, le continent devance aujourd’hui l’Europe en matière de défense et de promotion des droits des lesbiennes, gays, bi.e.s et trans’. Et jusqu’au sein des organisations internationales en dépit d’une homophobie sociale persistante. Décryptage.  

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Malgré des situations nationales très contrastées, le continent devance aujourd’hui l’Europe en matière de défense et de promotion des droits des lesbiennes, gays, bi.e.s et trans’. Et jusqu’au sein des organisations internationales en dépit d’une homophobie sociale persistante. Décryptage.  

« Jésus est pour le mariage gay »,tag pro-mariage égalitaire à l'angle de l'avenue de Mayo et de l'avenue 9 de Julio, Buenos Aires, 2010 - © Gustavo Facci sur Flickr.

« L’égalité est inéluctable ». En 2015, on pourrait croire ces déclarations pro-mariage pour tous tout droit sorties de la bouche d’un ou d’une chancelier allemandd’un premier ministre australien, ou d’un président de la confédération suisse. Or, il n’en est rien. Car, ces déclarations appartiennent bien au ministre de l’Intérieur colombien, Juan Fernando Cristo, du parti libéral, ancien ambassadeur de Bogota en Grèce.

Fin juin, dans une lettre à la presse rendue publique, le ministre de Juan Manuel Santos promettait, en effet, à très court terme l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homos colombiens. Un engagement clair de la puissance sud-américaine en faveur de l’égalité, un mois après que le ministre de la Justice du gouvernement Santos n’autorise par décret le changement d’état civil libre par simple déclaration devant le notaire pour les personnes transgenres.

Un mois plus tard, lors d’une audience devant le Tribunal constitutionnel sur l’ouverture du mariage fin juillet, le gouvernement colombien défendait à nouveau aux côtés des associations LGBT une telle avancée. Et d’ici quelques jours, fin août, la Colombie rejoindra certainement, avec l’aval des juges suprêmes, la vingtaine de pays qui autorisent tour à tour depuis 2001 le mariage et/ou l’adoption entre personnes du même sexe. Soit, près de 35 ans après avoir décriminalisé l’homosexualité, en 1981.

Des progrès rapides et considérables

Pourtant, il y a cinq ans encore, en Colombie – comme au Chili - de telles positions pro-LGBT, traduites en actes (décrets, lois et autres décisions jurisprudentielles), auraient été impensables. Cependant, entre temps, sur l’ensemble du continent américain, du Nord au Sud, et particulièrement en Amérique latine, les progrès en matière de promotion et de défense des droits des lesbiennes, gays, bi.e.s et trans’ ont été rapides et considérables, sous l’impulsion de pays précurseurs et d’associations LGBT organisées et bonnes communicantes comme le Mouvement d’intégration et de libération homosexuelle (Movilh) du côté de Santiago. 

Depuis 2010, par exemple, l’Argentine (2010), l’Uruguay (2013), le Brésil (2013) et cinq Etats du Mexique ont ouvert le mariage et l’adoption aux couples gays et lesbiens. D’autres comme l’Equateur, la Colombie ou le Chili en janvier 2015 ont approuvé une union civile, parfois plus ample que le Pacs à la française. Et le débat sur la reconnaissance de la conjugalité homosexuelle agite autant Cuba, le Pérou que le Venezuela post-Chavez, rattrapé sur le tard par la question – parfois par opportunisme politique. En matière de reconnaissance des droits des trans’ encore, l’Argentine, pionnière avec sa loi sur l’identité de genre, votée en 2012, qui permet aux personnes transgenres de changer la mention du genre sur leurs documents d’identité sans prérequis juridiques et médicaux - et gratuitement -, a été suivie par (on l’a dit) la Colombie en juin 2015, et sert de modèle au Chili ou à certains Etats mexicains qui planchent sur un texte.

« Il y a une singularité en Amérique latine », observe d’ailleurs lundi 24 août Frédéric Martel, journaliste à France Culture et auteur de Global Gay (2013), une enquête sur la situation des droits LGBT dans le monde, au micro d’Emilie Chaudet sur France Culture.  « Ce continent a très très fortement avancé sur cette question, poursuit l’animateur de Soft power, plus encore que l’Europe, et bien sûr plus que l’Afrique ou l’Asie, porté par l’Argentine, l’Uruguay, des pays comme le Mexique, le Brésil, le Chili (…) qui ont fait au fond de la question de l’homosexualité… On est passé de la pénalisation à la pénalisation de l’homophobie, et c’est une évolution très significative ». 

Diplomatie pro-LGBT

Mais, au-delà des progrès – certes inégaux - en matière de lutte contre les discriminations et d’accès à l’égalité des droits pour les personnes LGBT dans chaque pays, le continent se distingue surtout par un leadership à son apogée pour faire reconnaître les minorités sexuelles et de genre ainsi que pour porter la lutte contre les discriminations au sein des organisations internationales. De quoi parler d’une véritable diplomatie latino-américaine pro-LGBT, aux côtés des pays nordiques, à l’œuvre depuis les années 2000, qui a évidemment son lot de rétributions diplomatiques positives.

Sur la question de la dépénalisation universelle de l’homosexualité au sein du Conseil des droits de l’Homme de l’Organisation des nations unies (Onu), « le Brésil a été précurseur » en présentant la première déclaration dès 2003, rappelle ainsi Frédéric Martel dans Global gay (p. 202). Et, avec l’Argentine de Kirchner, le Brésil du président Lula acquis à la cause gay, a ensuite fait partie du groupe de pays qui ont travaillé en 2008 à l’élaboration d’une déclaration commune, la « Déclaration  relative aux Droits de l’homme et à l’orientation sexuelle et l’identité de genre », soutenue par 68 pays à New York – dont 14 pays d’Amérique latine en 2009 avec l’ajout du Costa Rica - qui « pour la première fois, dans l’histoire des Nations unies se prononcent contre les violations des Droits de l’homme fondée sur l’orientation sexuelle » (Global Gay, p. 226). A titre de comparaison, la diplomatie française n'est entrée en piste qu'en 2008 sous l'impulsion d'Emmanuelle Mignon à l'Elysée et de la secrétaire d'Etat chargée des droits de l'Homme de l'époque, Rama Yade, qui, elle, portera le dossier à l'Onu jusqu'en 2009. Or depuis, on peut dire que le leadership français est un peu mou...

Faisons un bon dans le temps. En septembre 2014, trois ans après la première résolution pour faire reconnaître les droits LGBT comme des droits humains à Genève portée par l’Afrique du Sud et la Colombie, le Chili, l’Uruguay et la Colombie (de nouveau) faisaient adopter un texte sur la protection des personnes LGBT contre les violences et les discriminations par le Conseil des droits de l’homme de l’Onu. Résolution majoritairement soutenue par les Etats-Unis, les pays européens, et toujours le bloc latino-caraibéens (Argentine, Brésil, Costa Rica, Cuba, Mexique, Pérou et Venezuela). Et un peu moins d’un an plus tard, en août 2015, alors que la question des persécutions envers les homosexuels syriens et irakiens fait pour la première fois l’objet d’une réunion au Conseil de sécurité de l’Onu, la rencontre est portée par l’ambassadeur des Etats-Unis et l’ambassadeur… du Chili, Cristian Barros Melet. 

Dernier exemple en date, à l’occasion de la journée internationale des droits de l’Homme, le 10 décembre dernier, l’Unesco organisait, à Paris, une matinée de conférences sur la lutte contre le harcèlement homophobe et transphobe à l’école. Une rencontre à laquelle j’ai assisté, pilotée par les ambassades des Etats-Unis, de la Norvège, des Pays-Bas, mais surtout par les délégations diplomatiques de l’Uruguay et de la Colombie très présentes ce jour-là, et où Francisco Gutierrez, deuxième secrétaire de la délégation permanente de la Colombie auprès de l'Unesco, relatait l’organisation d’une conférence réunissant neuf pays du continent à Bogota en octobre 2014 pour évoquer la lutte contre les discriminations à l’école. « C'était la première fois qu'une discussion réunissait des ministères de l’Éducation et des représentants d'ONG pour aborder le sujet de la lutte contre ces discriminations », a-t-il d’ailleurs confié, démontrant le volontarisme latino-américain de bonne foi sur le sujet. 

Le cône sud à la pointe, l’Amérique centrale et les Caraïbes à la traîne

Pour autant, ce leadership international doublé de politiques publiques inclusives ne doit pas faire oublier les disparités entre les pays d’Amérique latine en matière de protection des personnes LGBT. Làoù des pays majoritairement situés dans le cône sud ou qui s’affirment en tant que puissances régionales, sont à la pointe sur les droits des homos et des trans’ ainsi que dans la lutte contre l’homophobie et la transphobie, d’autres, principalement situés en Amérique centrale et dans les Caraïbes – auxquels on peut rajouter le Paraguay, la Bolivie, Guyana ou le Venezuela – affichent d’énormes retards et restent des terres hostiles aux LGBT. 

Si d’un côté, les Eglises catholiques argentines, mexicaines et brésiliennes sont de plus en plus inclusives au point que des paroisses acceptent de baptiser des enfants de couples homos, les discriminations et violences physiques envers les homos ou les transgenres sont monnaies courantes au Honduras, au Guatemala ou au Salvador.  Et si la question du harcèlement scolaire est certes très prise au sérieux par Buenos Aires, Montevideo, Mexico ou Bogota, au point d’avoir des programmes en pointe à l’égal de la Finlande, il n’existe, entre autres, aucune loi pour protéger les homos de toute discrimination au travail en Argentine (quand l'accès à la parentalité par l'adoption, la Procréation médicalement assistée (PMA) pour les lesbiennes ou la Gestation pour autrui (GPA) - tolérée - sont garanties depuis quelques années déjà). D’ailleurs, même dans les pays les plus à la pointe, comme au Brésil et au Chili, l’homophobie et la transphobie font encore de très nombreuses victimes, notamment parmi les personnes trans’ brutalisées voire assassinées par la police. Rien qu’en 2014, selon le rapport Trans Murder Monitoring, 113 personnes trans’ ont été assassinées au Brésil, et on en dénombre déjà plus de 70 en 2015. Et le poids des traditions dopé par la virulence des évangélistes - qui font la promotion des thérapies de guérison de l'homosexualité - n’y est peut-être pas pour rien…

Parce qu'il est paradoxal, le cas le plus symptomatique du continent est peut-être celui du Venezuela post-Chavez qui à l’heure actuelle ne reconnaît toujours pas la conjugalité homosexuelle quand ses voisins de la Grande Colombie bolivarienne en font presque un étendard. Pourtant, la société vénézuélienne avance comme en témoigne le succès de la dernière pride de Caracas et les prochaines élections législatives le 6 décembre, où des candidats LGBT issus du chavisme et de l’opposition se sont présentés pour faire avancer un certain nombre de dossiers catégoriels que ce soit l’ouverture du mariage ou le changement d’état civil libre des trans’.

Tamara Adrian, première candidate trans’ à la députation de l’histoire du Venezuela, est emblématique de cette évolution qui n’est pas vraiment le propre de la révolution bolivarienne. Avocate et juriste internationalement reconnue, la militante transgenre qui fait campagne pour l’opposition, attend depuis plus de huit ans que le Tribunal constitutionnel vénézuélien reconnaisse son identité de genre. Un statu quo qui fait finalement écho à la situation nationale des droits des LGBT à Caracas dont la reconnaissance, comme à Cuba sous l’égide de la fille de Raul Castro, Mariela Castro, progresse très (très) lentement. Mais toujours plus que dans certaines parties du globe.

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