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Billet de blog 22 avril 2023

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L’Allemagne sort du nucléaire : et maintenant?

Énergie. Après la fermeture des trois derniers réacteurs, le pays manque toujours de solutions durables pour subvenir à ses besoins, selon cet hebdomadaire de gauche.

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Nucléaire? Non merci! Le mouvement antinucléaire a triomphé, les trois derniers réacteurs d’Allemagne sont mis à l’arrêt [le samedi 15 avril].
C’est ce que réclamait le peuple : ces dernières années, la plupart des Allemands souhaitaient la sortie du nucléaire. Et leurs responsables politiques aussi : les sociaux-démocrates du SPD et les Verts mettent aujourd’hui en œuvre une décision prise en 2011 [après l’accident japonais de Fukushima] par leurs prédécesseurs conservateurs et libéraux de la CDU, du FDP et de la CSU. [Depuis, les trois partis ont changé de position sur le sujet, et les derniers sondages indiquent que la population est loin d’être unanime concernant l’atome.] Mais la sortie du nucléaire est un acte courageux et une étape historique, dont les militants de Greenpeace ne seront pas les seuls à se féliciter. Pour autant, les Allemands ne doivent pas se laisser aller à penser que la sortie du nucléaire est la seule méthode valable pour s’orienter vers un monde plus sûr et neutre en carbone. Ni se poser en donneurs de leçons.

Crise énergétique. Car, vu de l’extérieur, le renoncement à l’atome est une stratégie risquée, qui déconcerte nombre de nos voisins européens. Au beau milieu d’une crise énergétique historique, la première puissance industrielle d’Europe vient restreindre l'offre énergétique du continent, sans nécessité pressante, et sans avoir vraiment consulté ses partenaires – comme autrefois pour les projets de gazoducs [Nord Stream] reliant la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique.

Mais surtout, rien ne prouve pour l’instant que cette stratégie soit vraiment la bonne : car si de nombreux Allemands disent non au nucléaire, ils refusent également à peu près tout le reste. Le charbon? Non merci! Le gaz? Non merci! Des éoliennes devant chez nous, des lignes à haute tension, la fracturation hydraulique, le stockage géologique du CO₂, l’interdiction du chauffage au gaz et au mazout, du moteur à combustion, la hausse des prix de l’énergie, les limitations de vitesse? Non merci, non merci, non merci!

Dans le même temps, il faut réduire drastiquement nos émissions de CO₂ et préserver autant que possible les emplois industriels qui n’entravent pas la protection du climat – le tout sans trop peser financièrement sur les ménages ni sur les entreprises. "Les émissions de CO₂ doivent diminuer […], mais ce n’est pas avec des interdictions, des restrictions ou l’augmentation des prix que nous y parviendrons, affirmait récemment Volker Wissing, le ministre libéral des Transports. Nous perdrions la plupart des gens en route."

Mais alors comment Volker Wissing compte-t-il faire? Avec plusieurs millions de véhicules roulant à l’électro-carburant? La production durable de tout ce carburant de synthèse nécessiterait la construction de beaucoup, beaucoup plus d’éoliennes que prévu. Or le gouvernement a déjà pris du retard sur ses projets : alors que le chancelier social-démocrate Olaf Scholz avait annoncé la mise en service de 4 à 5 nouvelles éoliennes par jour jusqu’en 2030, on ne dépasse pas les 1,5 pour le moment.

Il paraît encore plus improbable d’imaginer que plusieurs millions d’Allemands se tournent vers l’hydrogène vert pour se chauffer dans un avenir proche. Et où trouverions-nous tout l’hydrogène nécessaire ? En l’état actuel des choses, la production annuelle du plus grand électrolyseur allemand ne pourrait pas 

Remplacer la consommation de gaz des ménages, des usines et des centrales du pays pendant plus d’une demi-heure. Et la situation ne risque pas de s’améliorer tant que les exploitants d’éoliennes devront continuer à fournir 160 dossiers de 74 000 pages au total pour construire 10 nouvelles installations, ou que les responsables politiques continueront à priver le secteur de vastes parcelles de terrains en votant des lois qui imposent le respect d’une distance minimale entre les habitations et les parcs éoliens.

Hypocrisie. Il serait temps que les Allemands fassent preuve d’honnêteté – et redescendent un peu sur terre. Qu’ils se rendent compte de l’hypocrisie de certains de leurs arguments.

Tout en fermant nos centrales les unes après les autres, nous continuons d’importer de l’énergie nucléaire de France et de République tchèque. Nous ne nous salissons pas les mains avec la fracturation hydraulique, mais achetons sans sourciller du gaz de schiste américain extrait grâce à cette technique [très controversée] pour remplacer le gaz russe. Nous interdisons le stockage du CO₂ dans le sous-sol allemand, mais prévoyons d’acheminer bientôt notre CO₂vers la Norvège, qui se chargera de l’enfouir Ces décisions compromettent notre indépendance et notre crédibilité. Combien de temps cela fonctionnera-t-il? Comment être sûr que nos partenaires continueront à nous livrer?

Les responsables politiques dont le courage vacille dès que le mécontentement se fait sentir dans leur pays inissent toujours par se retrouver en diiculté sur la scène internationale. Les décideurs qui veulent se montrer responsables doivent expliquer clairement aux acteurs économiques et à la population la façon dont ils comptent mener à bien la transition énergétique. Ils doivent présenter rapidement et en toute transparence les avantages et les inconvénients de leurs décisions – puis les réexpliquer, encore et toujours.

Quant aux citoyens qui sont persuadés que l’État doit accompagner chaque changement fain d’adoucir la transition énergétique au maximum, ils tomberont de haut lorsqu’il ne restera
plus rien à adoucir.
Et si l’on commençait à jouer
le jeu, même si tout ne nous plaît
pas ? Fini le “Non merci!”, place
au “oui!”

Je partage des articles que j'estime intéressants. Aujourd'hui, je vous fais part d'un article de Courrier international.

Source de l'article : https://www.courrierinternational.com/article/energie-l-allemagne-sort-du-nucleaire-et-maintenant

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