Hétérophonies/68

Présentation du projet de semaine "Hétérophonies/68" programmée au Théâtre La Commune d'Aubervilliers du 7 au 13 mai 2018

 HÉTÉROPHONIES/68

 DU 7 AU 13 MAI 2018

 

 À L’OCCASION DES CINQUANTE ANS DE MAI 68

 SEMAINE HÉTÉROPHONIES/68 AU THÉÂTRE LA COMMUNE D’AUBERVILLIERS

 

Comment réévaluer aujourd’hui le soulèvement de Mai 68 sous l’angle d’éventuelles raisonances 1 arts-politiques ?

 

NOS QUATRE POINTS DE MÉTHODE

1. Nous proposons d’engager ce travail selon deux temps nettement distingués : d’abord, en dissociant radicalement arts et politiques (pour mieux examiner séparément leurs autonomies spécifiques de pensée et d’action) ; ensuite, en examinant les possibilités d’alliances amicales et d’encouragements réciproques entre de telles voix autonomes.

2. Il s’agit là, pour nous, d’un travail « au présent » (qui ressaisit le passé qu’il se reconnaît et déclare l’avenir qu’il se projette) plutôt que d’une documentation historique sur une période révolue, à l’abri confortable d’une supposée « neutralité axiologique ».

3. S’agissant des arts comme des politiques, nous tenons à une pluralité constituante : « il y a des arts » (nous privilégierons la musique, le cinéma, le théâtre, la poésie, la danse et les arts plastiques) et, lorsqu’il y a de la politique, c’est parce qu’« il y a des politiques antagonistes ».

4. Ce faisant, nous adoptons les partis pris suivants :

il est difficile d’envisager un temps dépourvu de tout art lors même qu’abondent les temps dépourvus de toute véritable politique (à commencer par notre présent, en clair déficit sur ce plan) ;

la pluralité des politiques est d’antagonisme quand les œuvres d’art sont essentiellement étrangères à ce type de contradiction. Les oppositions internes à ces domaines de pensée et d’action ne sont donc pas homologues.

 

NOS TROIS HYPOTHÈSES DE TRAVAIL

EN MATIÈRE ARTISTIQUE, LA QUESTION DE L’HÉTÉROPHONIE

Notre hypothèse sera que la notion prospective d’hétérophonie peut contribuer à mettre au jour les grands bouleversements à l’œuvre depuis des décennies dans chacun de nos arts. Plus encore : la notion d’hétérophonie ne pourrait-elle également orienter de nouveaux rapports entre les arts ?

Répondre à ces questions implique de combiner investigations théoriques et explorations expérimentales, avec la conviction qu’il faut traiter hétérophoniquement de l’hétérophonie (et non pas d’une seule ou même voix, ou par simples variations d’un thème commun) : une grande diversité (qui n’exclut ni la rivalité ni une certaine cacophonie des points de vue) s’impose pour parler vrai de l’hétérophonie.

EN MATIÈRE POLITIQUE, LA QUESTION DE LA RÉVOLUTION

Notre hypothèse sera que la notion de Révolution doit être aujourd’hui reconsidérée, face à la simple notion de Soulèvement qui tend, depuis le Michel Foucault de la fin des années 70 2, à s’y substituer.

Une première conséquence de cette hypothèse est la nécessité d’examiner les années autour de 68 et notre présent à l’aune de trois grands types de révolution (sans se limiter à la première d’entre elles qui, politiquement, est la plus désactivée) : la Révolution française, la Révolution russe et la Révolution chinoise (s’entend : la « culturelle », contemporaine de Mai 68).

 EN MATIÈRE DE RAPPORTS ARTS-POLITIQUE, D'ÉVENTUELLES RAISONANCES

Deux tâches duales pour ce faire : les raisonances de la notion d’hétérophonie dans les politiques contemporaines, et les raisonances de la catégorie de révolution dans les arts contemporains.

1. Dans la première, nos questions circuleront des arts vers les politiques. Il conviendra d’examiner ce que les soulèvements et révolutions politiques de la décennie 65-75 pouvaient avoir d’intrinsèquement hétérophoniques : l’hypothèse formelle (particulièrement valide pour 68) serait que les grandes masses des peuples soulevés ne parlent jamais uniquement d’une seule voix (monophonie) ou d’une même voix (homophonie), ne se contentent pas d’une alternance réglée entre deux voix opposées (antiphonie de la droite et de la gauche) ou de variations simultanées sur un thème commun (polyphonie), ne se satisfont pas davantage d’un simple amas désordonné de voix rivales et concurrentes (cacophonie) mais apprennent à pratiquer, sous la pression des enjeux politiques concrets, un équilibre dynamique de fécondes coopérations, de saines rivalités et de prudentes indifférences entre voix opposées.

2. Il conviendra également — le questionnement circulant cette fois des politiques vers les arts — d’examiner à quel titre précis et en quel sens spécifié le mot « révolution » (ici entendu a minima comme bouleversement radical d’ensemble) peut ou non qualifier les transformations en cours dans les différents arts examinés.

En particulier, il faudra se demander si le mot « révolution » peut légitimement nommer des transformations radicales qui, dans les arts, n’ont pas l’antagonisme proprement dit pour principal terrain d’épreuve quand bien même certains poètes et artistes le revendiqueraient.

 

NOTRE PROGRAMMATION

NOTRE SEMAINE ÉPOUSERA CES DIFFÉRENTES ORIENTATIONS DE TRAVAIL

Cinq jours de la semaine (du lundi 7 au vendredi 11 mai 2018) seront consacrés à nos différents arts, à la fois séparément (chaque journée pivotera autour d’un art particulier, opérant comme référence privilégiée mais non exclusive des présentations du jour) et selon de nouvelles propositions hétérophoniques entre eux. Ainsi chaque jour de la semaine, la soirée sera consacrée à un seul art et la fin d’après-midi à la présentation d’une expérience hétérophonique entre différents arts.

Le samedi 12 mai 2018 sera consacré au bilan politique de Mai 68 et des années qui l’entourent (tant en France que dans le monde entier) du point du signifiant « Révolution ».

L’après-midi du dimanche 13 mai 2018 conclura, dans la grande salle du théâtre, les rencontres et échanges de la semaine par une ample Cérémonie des amicales et encourageantes poignées de mains entre acteurs dans les arts de création et les politiques d’émancipation.

 

Notes

1. Une raisonance est une résonance entre raisons.

2. Foucault s’autorise de l’échec de la Révolution culturelle en Chine pour refuser, aux événements iraniens (fin 78 à début 79), le qualificatif de « révolution » et pour les inscrire plutôt sous celui de « soulèvement ». Ce faisant, il prend mélancoliquement acte de ce qu’un certain « désir de révolution » se serait, selon lui, éteint.

 

ÉRIC BRUNIER historien des arts plastiques ANDREA CAVAZZINI philosophe ÉMILIE HERITEAU dramaturge JACQUES GUIAVARCH cinéaste JÉRÔME GUITTON poète MARIE-JOSÉ MALIS metteur en scène NICOLAS NEVEU cinéaste FRANÇOIS NICOLAS compositeur FRÉDÉRIC SACARD dramaturgeRUDOLF DI STEFANO cinéaste FRANÇOIS TUSQUES pianiste de jazz

 

[ Pour annoncer Hétérophonies/68 un an avant, une journée (en entrée libre) sur les enjeux du projet : samedi  29 avril 2017 de 10h à 18h - Ircam – 1 place Igor Stravinsky – 75004.Paris ]

 

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