Les enjeux du projet Hétérophonies/68 (Ircam, 29 avril 2017)

Quels sont les enjeux artistiques et idéologico-politiques de la semaine "Hétérophonies/68" programmée du 7 au 13 mai 2018 au Théâtre La Commune d'Aubervilliers? Pour y introduire, Une journée - samedi 29 avril 2017 - à l'Ircam en entrée libre…

Samedi 29 avril 2017 (10h-18h) :  Les enjeux du projet Hétérophonies/68

Ircam (1, place Igor-Stravinsky - 75004.Paris) Salle Igor Stravinsky

 

10h-10h30 - Marie-José Malis : Ouverture

10h30-11h30 - François Nicolas : Hétérophonie de révolutions ?

11h30-12h30 - Rudolf di Stefano : Cinématographe et année(s) 68

12h30-13h30 - Éric Brunier :  Le collage dans le tableau

15h-16h - Jérôme Guitton : Hétérophonie poésie et mathématique

16h-18h - Jacques Guiavarch et Nicolas Neveu : Rhésus, expérience hétérophonique

 

http://www.entretemps.asso.fr/2016-2017

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Journée : Les enjeux du projet Hétérophonies/68

 L’idée d’hétérophonie vient de la musique (elle s’y contrapose à celles de monophonie, d’homophonie, de polyphonie, d’antiphonie et de cacophonie) où elle ambitionne de matérialiser un principe inspiré d’Adorno : « La musique a besoin d’hétérogénéité endogène pour rester art ». Parallèlement, cette idée opère comme proposition pour d’autres arts : peut-elle stimuler la verve créatrice et l’intellectualité propre du cinéma, de la poésie, du théâtre, de la peinture, etc. ?

À l’horizon du prochain cinquantenaire de Mai 68, nous voudrions élargir les raisonances extramusicales de cette idée à la question suivante : peut-on relancer l’intellectualité politique de la période 68 à la lumière de cette idée d’hétérophonie ? D’où, en retour dialectique, cette autre question : comment réévaluer l’idée d’hétérophonie à l’ombre cette fois de la notion idéologico-politique de révolution telle qu’elle s’est renouvelée dans les années 60 ? L’hétérophonie, une orientation « révolutionnaire » de type nouveau ?

En Mai 2018, une semaine sera consacrée au travail de ces questions. Un an avant, cette journée voudrait y introduire.

  

François Nicolas : Hétérophonie de révolutions ?

En quels différents sens du mot révolution le soulèvement de Mai 68, contemporain de la Révolution culturelle chinoise, a-t-il pu se dire « révolutionnaire » ?

Quels rapports ces sens idéologico-politiques ont-ils entretenus avec d’autres sens contemporains du même mot dans les arts et dans les sciences ? À cet effet, on examinera :

- en musique « Révolutions musicales – La musique contemporaine depuis 1945 » de Jean-Yves Bosseur en 1979 ;

- en mathématiques « Les nombres surréels » de D. E. Knuth en 1974 où s’expose une extension (révolutionnaire) des nombres réels par adjonction.

Au total, quelle convergence polyphonique, quelle concurrence cacophonique et quelle juxtaposition indifférente entre ces différentes conceptions de ce que révolution veut dire ? Autrement dit, si hétérophonie désigne bien un nouage de polyphonies, de cacophonies et de collages, quelle hétérophonie de révolutions en cette fin des années 60 ? 

 

Rudolf di Stefano : Cinématographe et année(s) 68 

En guise de préparation à notre semaine Hétérophonies/68, nous explorerons comment mai 68, et surtout les années qui ont précédé et suivi cet événement, ont été pour le cinéma des années de bifurcation, comment par exemple l’avènement d’une modernité cinématographique a coïncidé avec ce moment où la politique prenait un tournant singulier.

Tous les films n’ont pas été contemporains de la même manière à ce qui se jouait politiquement dans ces années-là. Nous interrogerons donc les différentes voi(x)es cinématographiques qui existaient — groupe Medvedkine, groupe Dziga Vertov, cinéma expérimental…— et les éventuels rapports « hétérophoniques » qu’elles entretenaient entre elles.

Mais nous orienterons surtout notre regard vers la production cinématographique actuelle, celle qui assume, voire qui revendique une fidélité à ce cinéma-là, à un cinéma qui ne sait pas rester indifférent à ce champ de connaissance spécifique qu’est la politique.

 

Éric Brunier : Le collage dans le tableau

La notion d’hétérophonie se laisse facilement entendre comme une forme de collage. Mais que recouvre exactement cette analogie ? A-t-elle un pouvoir heuristique ou est-elle plutôt un obstacle ? On verra que dans la pratique des peintres la notion de collage est elle-même disparate, qu’il n’y a pas une mais des pratiques du collage. À partir d’exemples modernes, on tentera de dialectiser cette notion, notamment à partir de l’opposition primitive de la couleur et du trait.

 

Jérôme Guitton : Hétérophonie poésie et mathématique 

Quelle fertilité poétique dans la notion musicale d’hétérophonie ? Elle enjoint à se mettre à la hauteur d’un certain traitement de l’hétérogénéité: l’hétérogénéité des voix est fondée sur leur responsabilité vis-à-vis d’elles-mêmes, sur la capacité à porter leurs propres conséquences, avant de poser la question de leur composition.

Je tiendrai deux hypothèses:

1. Dans le cas d’un poème, plutôt que de voix, on partira des discours autonomes; par exemple, des discours mathématiques et poétiques.

2. La composition de deux discours s’articulera autour des points de réel que l’un révèle à l’autre. Le tombé pile d’une théorie mathématique vient, dans un poème, montrer un point que le poème ne peut pas atteindre par ses moyens, et l’invite à faire fructifier cet impossible.

Ces deux hypothèses seront testées par une découverte poétique de la théorie de la démonstration. Puisque nous sommes dans une journée d’étude, la forme hétéro-dialectisante de cette découverte ne fermera pas la discussion : il faudra pouvoir questionner les thèses qui auront été avancées sur le chemin. Dit autrement, la singularité du discours poétique ne devra pas constituer une diversion.

 

Jacques Guiavarch et Nicolas Neveu : Rhésus, expérience hétérophonique

Rhésus est un spectacle vivant, inabouti, intriquant quatre lignes (danse, musique, écriture et mathématique) travaillant en simultané. C’était ainsi une expérience hétérophonique sans-le-savoir. Maintenant que nous le savons, et puisque nous le reprendrons pour mai 2018, il s’agira ici de réinterroger notre « dispositif » à la lumière de ses propres enjeux hétérophoniques. 

On fera ensuite le point sur la ligne mathématique de Rhésus, sous la forme d’une traversée en accéléré, avec arrêts sur image, arrêts sur diagramme, et dépli d’un ou deux moments névralgiques de ce qui en constitue le discours sous-jacent. Ceci afin de mieux donner à entendre la question commune qui travaille le collectif de Rhésus : la continuité.

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