La réussite du gouvernement portugais: source d’inspiration pour les progressistes

Les progressistes perdent leur prédominance parce que les partisans traditionnels de nos partis, notamment la classe ouvrière traditionnelle, perçoivent que la mondialisation et les changements technologiques nuisent à leurs conditions de vie. A l’exemple du gouvernement de gauche portugais d’António Costa, les progressistes doivent montrer qu’ils peuvent retourner cette menace.

Alors que le Premier ministre portugais, Antonio Costa, est l’invité du Parlement européen, ce mercredi 14 mars, pour un discours alternatif sur le futur de l’Europe, à un an des élections européennes qui se tiendront du 23 au 26 mai 2019

par Maria João RODRIGUES, Présidente de la Fondation européenne d’études progressistes (FEPS), et Présidente par intérim (jusqu'au 21/03) du groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrate (S&D) au Parlement européen

 

Le problème est que nous faisons également face à l’émergence d’autres groupes de la population, surtout les jeunes, qui sont confrontés à des tendances entièrement différentes dans le marché du travail. Lorsque nous pensons aujourd’hui à la proportion de jeunes (et cette tendance va s’accentuer) travaillant pour ce que l’on appelle les « plateformes en ligne », sans contrat de travail, sans avoir accès à la protection sociale, nous prenons conscience qu’une déstabilisation beaucoup plus fondamentale a lieu dans notre État providence. Soit les partis socialistes et sociaux-démocrates parviennent à y répondre, soit nous n’aurons pas le droit à un futur politique.

La voie européenne

J’estime que le niveau européen est l’endroit idéal pour en discuter. A Göteborg, à la mi-novembre, terre du social-démocrate et Premier ministre suédois, Stefan Löfven, l’Union européenne s’est doté d’un socle social ciblant ces nouveaux défis. Nous verrons si cela sera dûment concrétisé par des mesures sociales de la part de l’Union européenne car le projet d’une Europe sociale ne peut en rester à l’état de slogan et se limiter à une liste de bonnes intentions, non contraignantes.

Il y a urgence à prendre des mesures très concrètes pour assurer à ces jeunes que, peu importe les types d’emplois qu’ils occupent, ils recevront certaines garanties. Tout d’abord, un contrat de travail clair avec des conditions de travail décentes. Ensuite, une couverture efficace par les systèmes de protection sociale pour qu’ils puissent en bénéficier, mais aussi pour contribuer à leur financement.

La voie portugaise

En regardant la situation portugaise de plus près, il est particulièrement intéressant de constater que l’un des secrets des résultats positifs obtenus par le gouvernement Costa, réside dans des mesures sociales et la reconversion professionnelle pour chaque type de groupe social. D’un côté, le gouvernement élabore une réponse intéressante pour les jeunes qui travaillent de plus en plus pour ce que l’on appelle les « plateformes en ligne ». De l’autre, il fait face à la situation des travailleurs précaires du secteur public et réaffecte cette frange de la population fortement pénalisée par la réduction des emplois dans la construction civile, vers des occupations orientées vers l’avenir.

Par conséquent, dans le cas portugais, en raison aussi de la nature très polarisée de la société, le gouvernement dispose de la sensibilité politique nécessaire pour trouver des solutions adaptées à chaque problème spécifique des inégalités sociales. Cette leçon peut être transférée à de nombreux pays en Europe.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.