Le Laos, ses richesses, sa diaspora et son succès face à la Covid-19

Dans cette 13ème et dernière ChroCo Vies du FORIM, focus sur le Laos, pays peu cité mais affecté par la guerre d'Indochine, riche en ressources naturelles et dont sa diaspora a relevé l'exemplarité de son intégration en France.

I. Le Laos, un pays meurtri pendant de longues années 

Le Laos, anciennement Royaume du Laos est, depuis le 2 décembre 1975, République démocratique populaire lao (ou du Laos).

Sans accès à la mer, il est entouré par la Chine, la Birmanie, la Thaïlande, le Vietnam et le Cambodge. Qualifié pendant longtemps pays enclavé ou confiné, le Laos est en passe de devenir un carrefour de connectivité des pays du Sud-Est Asiatique.

Peu cité pendant les guerres d'Indochine plus connues sous le nom de guerre du Vietnam, le Laos malgré son statut de neutralité, n'y a pas échappé. Il a été ainsi pris en tenaille par les belligérants qui s'y affrontent par factions laotiennes interposées.

Après les accords de paix de Paris entre le Nord-Vietnam et les Etats-Unis en 1973, le Laos a conclu en interne les accords de paix et de concorde nationale, tandis qu'au Cambodge et au Sud-Vietnam les communistes ont pris le pouvoir par les armes.

Malgré son statut de neutralité et sa renommée de peuple pacifique et insouciant, le Laos a subi de 1964 à 1972 des attaques aériennes de grande ampleur. Plus de 260 millions de bombes y ont été larguées, ce qui fait du Laos le pays à avoir été le plus bombardé de l'histoire par rapport à sa superficie. Plus que l'Allemagne et le Japon réunis, pendant la 2è Guerre mondiale. Triste record !

Quarante-huit ans après la fin de la guerre du Vietnam, les sous-munitions de bombes non explosées infectent encore les sols du Laos et causent toujours des accidents parmi la population, empêchant les paysans déjà pauvres de cultiver sereinement leurs terres.

II. Une ouverture progressive du pays sur son environnement asiatique et mondial

Malgré les accords de paix et de concorde nationale conclus en interne, le parti communiste laotien a pris seul le pouvoir en 1975, sans effusion de sang, par « la révolution de soie ». Mais la politique sectaire et répressive qui a suivi avec l'envoi de quelque 30 000 cadres civils et militaires dans des camps de rééducation, a provoqué l'exode massive de la population, 10% au total entre 1975 et 1987.

Après un changement de cap économique avec la réforme et l'ouverture opérées en 1986, le Laos est devenu membre de l'ASEAN (Association des Nations de l'Asie du Sud-Est) en 1997 et de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) en février 2013. Intégré à l'AEC (Communauté Economique de l'ASEAN) depuis sa création à la fin de 2015, le Laos vise à sortir du statut des PMA (Pays les moins avancés) au plus tard en 2024. Le Laos a aujourd’hui l'autosuffisance alimentaire et devient un petit exportateur de riz.

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III. Comment le Laos va-t-il prendre en main sa destinée ?

La coexistence d'une économie de capitalisme d'Etat et d'un système politique particulièrement rigide est-elle viable à long terme ? Quelle place auront les Laotiens de la diaspora pour participer à la modernisation du pays ?  Ce sont quelques réflexions que soulève Kham Vorapheth, un laotien de la diaspora, dans son livre paru en 2018 : « Le Laos contemporain – Parcours et perspectives d'une nation ».

1 . D’abondantes ressources minières : 

Le Laos dispose d'abondantes ressources minérales dans son sous-sol or, étain, cuivre, plomb, fer, charbon, pierres précieuses... Mythe ou réalité, l'exploitation du sous-sol au Laos est un phénomène ancien. On connaît l'exploitation autochtone des minerais, l'exploitation coloniale des mines avec des espoirs déçus et des succès isolés. Toujours est-il que l'on observe de nos jours la ruée sur les concessions minières. L’exploitation des ressources minières, assurée principalement par des investissements directs étrangers, serait devenue un secteur essentiel de l'économie du Laos.

2. Les forêts ont été longtemps la richesse du pays : 

Mais la déforestation est un problème environnemental majeur au Laos, le pays perdant sa couverture forestière par des coupes aussi bien légales qu'illégales. La perte de surface forestière totale a été de 6,8% entre 1990 et 2005.  Entre 1940 et 2000, la forêt est passée de 70% à 41% du territoire, et les forêts primaires ne représentent plus que 3% de la surface du pays.

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En 2018, la population du Laos s'élève à 7,06 millions d'habitants selon les chiffres de la Banque Mondiale, répartis sur 236 000 km², soit une densité de population de 29,8 habitants par km². La croissance démographique est de 2,9% par an. 67% des habitants vivent dans les zones rurales. Ils vivent de l'agriculture, principalement de la culture du riz.

Selon les chiffres du PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement) en 2018, l'espérance de vie est de 67 ans. Le taux d'alphabétisation en 2015 est de 85%.

Cette population est composée de 68 ethnies selon les ethnologues (47 répertoriées par le Front lao d'édification nationale), réparties en quatre grandes familles linguistiques principales. Les Lao dont la langue maternelle est langue officielle du Laos, représentent selon les sources entre 55% à 68% de la population totale.

La majorité des Lao d'origine vivent aujourd'hui dans les provinces du Nord-Est de Thaïlande (autrefois territoire laotien). Représentant sept fois la population actuelle du Laos, ils perpétuent et développent leur culture traditionnelle.

IV. Très faible impact de la pandémie du COVID 19 au LAOS

Chiffres clés et faits marquants : Date d'arrivée de la pandémie au Laos : 24 mars 2020

Au 24 septembre 2020 : Cas confirmés :  23 ; Cas suspects[1] : 318 ; Guéris :  22 ; Décès : 0

23 cas seulement de COVID19 ?

Les raisons avancées pour expliquer le faible nombre de cas de contamination au Laos sont d’abord d’ordres géographique et culturel.

Peu peuplé avec un territoire relativement vaste, la densité du Laos n’est que de 29,8 habitants au km². Cette faible densité diminue de fait la propagation du virus. Ensuite, les populations touchées sont jeunes, entre 18 et 55 ans avec une moyenne d’âge de 31 ans. Encore dans la force de l’âge et n’étant quasiment pas affectés par la comorbidité, ils ont mieux résisté à la maladie.

[1] Les cas suspects n'ont pas été confirmés comme étant dus à la souche SRAS-CoV-2.

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Par ailleurs, il n’y a pas de trace de souche locale. Les sources de contamination sont presque exclusivement d’origines étrangères. Les contaminations proviennent essentiellement des contacts avec les voyageurs/travailleurs ayant séjourné en Thaïlande, en Europe ou Papouasie-Nouvelle-Guinée. Enfin, les autorités ont su prendre des mesures efficaces pour limiter la propagation du virus.

1. Les actions des autorités, le comportement de la société :

Les plans d’actions, élaborés très en amont de l’apparition du virus par les autorités, ont été immédiatement mis en œuvre dès le 1er cas avéré : fermeture des frontières, mise en quarantaine des travailleurs expatriés dans des pays affectés par pandémie, contrôles stricts de l’application des règles de confinement (certes moins contraignantes qu’ailleurs), etc.

Après le déconfinement, certains lieux (de divertissement, marchés de nuit, lieux de culte) sont restés fermés. Les personnes présentant des symptômes du COVID-19 sont incitées à appeler les numéros de téléphone mis spécifiquement en place (le 166 en laotien uniquement, ou le 020 54 06 67 77 en laotien, anglais, chinois) qui les guident avant de se rendre éventuellement aux urgences hospitalières.

Mi-juin, les représentants de l'OMS et de la Croix Rouge Internationale ont félicité les autorités laotiennes pour leur anticipation et leur gestion de la crise du COVID-19.

De son côté, la population s’est montrée compréhensive et disciplinée vis-à-vis de l’ensemble des instructions gouvernementales, notamment en ce qui concerne le port de masques et les gestes barrières, les espacements sociaux, les rassemblements, les déplacements...

2. La solidarité de la diaspora de France : 

Etant donné le faible nombre de cas de contamination au Laos, le recours à la solidarité de la diaspora en France ne s’est pas imposé.

Toutefois, sans qu’il y ait d’opération spécifique, les associations de solidarité actives au Laos, et en particulier celles du secteur sanitaire, ont poursuivi leurs actions de base tout en les complétant par des aides ponctuelles concernant spécifiquement la COVID-19.

3. Au-delà de la période actuelle de pandémie, des informations sur la diaspora laotienne dans le monde et en France :

Avant 1975, la diaspora laotienne n'existe pas. A partir de 1975, à la fin de la guerre du Vietnam et au changement de régime politique au Laos, les Laotiens se sont expatriés en masse, en tant que réfugiés et demandeurs d'asile. Au début des années 1990, le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (UNHCR) donnait un peu plus de 300 000 Laotiens accueillis dans les pays occidentaux, soit 10% de la population du Laos. Aujourd'hui, on peut estimer à un peu plus de 1 million le nombre de laotiens formant la diaspora laotienne dans le monde, dont 150 000 en France.

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V. La création d’OLREC

Pendant presque vingt ans à partir de 1975, les Laotiens en France sont consultés par leurs homologues des autres pays sur leur intégration et leur lien avec le pays d'origine. C'est ainsi que fut créée en France, en 1990, l'Organisation Laotienne pour les Réfugiés et la Concorde nationale (OLREC) au nom de tous les réfugiés laotiens dans le monde. OLREC a participé aux efforts de l'UNHCR et de la communauté internationale pour résoudre le problème des réfugiés qui stagnaient dans les camps dans les pays du Sud-Est Asiatique. A l'issue de ces efforts, les réfugiés des camps ont pu avoir le choix de se réinstaller dignement dans les pays occidentaux ou de rentrer au Laos non seulement sans représailles mais avec de l'aide matérielle et sociale pour se reconstruire la vie normale. Depuis 1993, ces camps de réfugiés n'existent plus.

Des migrants intégrés dans leurs pays d’accueil

Maintenant les Laotiens de la diaspora du monde ont réussi leur intégration dans leurs pays d'adoption et n'ont plus besoin de se référer à ceux de France. Mais les liens familiaux et amicaux entre personnes restent très forts. Ils pensent toujours au Laos mais n'espèrent plus rentrer pour jouer un rôle important. Ils peuvent mieux agir pour le Laos depuis l'extérieur. Ainsi grâce à la diaspora laotienne aux Etats-Unis, les relations commerciales normales ont pu s'établir au milieu des années 2000 entre les Etats-Unis et le Laos.

En France, intégration et maintien des liens communautaires…

En France, dans le contexte d'éclatement des structures familiales et sociales de la période de 1975, les Lao s'intègrent dans la société, par le travail, l'école, la résidence, la consommation. Ils maintiennent ou rétablissent des liens spécifiques à l'intérieur de leur groupe ethnique et s'aménagent des structures communautaires favorisant un regroupement et une sociabilité proprement lao. C'est notamment le rôle du mouvement associatif, qui gère un vécu collectif, organise l'entraide et vise par la perpétuation de certaines pratiques, la sauvegarde du patrimoine culturel et artistique. La solidarité traditionnelle laotienne est vivante et manifeste au moment des décès, des fêtes de famille, des cérémonies religieuses dans les pagodes bouddhistes qu'ils ont par eux-mêmes reconstituées.

… et engagement dans le développement du pays d’origine, le Laos

Ils sont aussi organisés en associations pour l'intégration ici et pour le développement là-bas, au Laos. Certaines associations telles que l'Association de soutien au développement de la société paysanne (ASDSP), travaillent étroitement avec les paysans au Laos. Elles sont reconnues par les organismes de développement en France. Les lycées techniques participent à la fabrication d'outils agricoles adaptés. La production paysanne laotienne est soutenue pour être commercialisée en France et en Europe. Néanmoins, pour pouvoir agir sur le développement au Laos, les associations de la diaspora doivent adopter un profil bas tout en ayant la participation motivée des autorités et de la population locale.

Chronique rédigée par Organisation Laotienne des Ressources Edifiées pour la Coopération (OLREC) - Membre fondateur du FORIM

Comité de rédaction : Chadia Arab, Benoit Mayaux, Jacques Ould Aoudia, Patrick Rakotomalala

Mise en forme et communication : Randa Chekroun, Pierangela Fontana

Les propos contenus dans la présente publication n’engagent que leurs auteur.e.s 

 

 

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