Une diaspora ghanéenne active pour lutter contre la Pandémie de Covid-19

Dans cette 9ème ChroCo Vies du FORIM, cap sur le Ghana où la gestion de l’épidémie s’est faîte sur des principes de fermeté et de pragmatisme et les diasporas ont joué un rôle essentiel pendant la crise à travers le monde.

 

La gestion de l’épidémie s’est faîte sur des principes de fermeté et de pragmatisme : 

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Le Ghana est un pays anglophone entouré de trois pays francophones : la Côte d'Ivoire, le Togo et le Burkina Faso. Des liens étroits culturels et linguistiques existent entre les 4 pays : 45% de la population ghanéenne est composée d’Akans qui sont en même temps 33% de la population ivoirienne. Les Mossis constituent 26% de la population du Ghana et 40 % de celle du Burkina Faso. Et on recense trois millions d’Ewes au Ghana et 2 millions au Togo. Les diasporas sont représentatives des communautés ethniques des 4 pays. 

Le 12 mars, le Ministère de la Santé, Mr. Kwaku Agyemang-Manu annonce que 2 cas positifs à la COVID-19 sont déclarés, importés de Turquie et Norvège[1]. Dans la foulée, le Président de la République, Mr. Nana Akufo-Addo annonce un plan de 100 millions de dollars pour faire face à la crise. Le 16 mars, le gouvernement déclare la fermeture de tous les rassemblements publics, conférences, enterrements, festivals, évènements sportifs, et cérémonies religieuses, pour 4 semaines. Le 22 mars, les frontières sont fermées. Le 30, un confinement partiel est mis en place dans les villes d’Accra et Kumasi, avec des exceptions pour les services essentiels. A la fin de mois de mars, 141 cas positifs sont répertoriés. Le 11 avril, alors que le nombre de cas est porté à 566 confirmés, les premiers cas apparaissent dans les régions de l’ouest et de la Volta, importés du Nigéria. Le Président étend l’interdiction des rassemblements jusqu’au 31 mai. Toutefois, les mesures de confinement ont été assouplies dès la fin du mois d’avril, permettant aux commerces d’Accra de fonctionner normalement, en recommandant le port du masque et les gestes barrières. Cette réouverture rapide a été perçue comme prématurée par les populations, notamment face à la rapide augmentation du nombre de cas.

Le 14 juin, les médias annoncent que le ministère de la Santé a contracté le virus.

La stratégie de lutte contre le virus adopté au lendemain du premier cas identifié le 12 mars s’est définie selon la règle des trois T, Tracing, Testing and Treatment soit Traçage Dépistage et Isolement/Traitement. Ainsi, en un mois, 11000 personnes ont été testées[2] .

[1] https://citinewsroom.com/2020/03/two-cases-of-coronavirus-confirmed-in-ghana/

[2] https://www.reuters.com/article/us-health-coronavirus-ghana/test-and-trace-has-worked-for-us-ghanas-president-says-idUSKBN22B2OE

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Les conséquences économiques de la crise promettent d’être violentes. Le Ghana, principal producteur de cacao et d’or, connaitra sans doute sa pire année en terme de croissance pour 2020 depuis des décennies. Dès le début de la crise, la Compagnie Ghanéenne des Eaux et la Compagnie Ghanéenne de l’Electricité ont été enjoints d’assurer la continuité de leurs services. Le Gouvernement s’est engagé à prendre en charge les factures d’eau de tous les ghanéen.ne.s pour trois mois (avril, mai, juin).

Le Gouvernement s’est également engagé à soutenir l’économie. En partenariat avec les syndicats et les représentants du patronat, un plan de prêts de 600 millions de cedis (92 millions d’euros) pour les petites entreprises a été lancé.

Le rôle des diasporas pendant la crise :

Les diasporas ghanéennes ont, à travers le monde, joué un rôle essentiel pendant la crise du COVID-19. Celle du Canada et des États-Unis a envoyé quelques 60,000 dollars au "National Trust Fund" établi par le président ghanéen, fond auquel lui-même et son vice-président ont abondé à hauteur de trois mois de leur salaire avril, mai et juin 2020.

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La diaspora ghanéenne en Angleterre quant à elle a transféré 30,000 livres sterling, illustrant la contribution des diasporas d'autres continents à ce fond. 

En France, elle a choisi une autre voie : celle de concentrer ses efforts dans le pays d’immigration. La décision impulsée par les membres du CAGEF (Collectif des Associations Ghanéennes en France) relevait d’un constat simple : la maladie a frappé de plein fouet la communauté ghanéenne de France. En Mars et en Avril, nous avons constaté de nombreuses hospitalisations dues au Covid 19 et nous perdions cinq personnes chaque semaine.

Notre action s’est déroulé sur deux volets :

  1. a) Construction d’une information scientifique simplifiée, partagée
  2. b) Identification de la population fragile et distribution d'une aide alimentaire. 

La méthode :

Une équipe médicale et scientifique a été créée. Quinze jeunes (médecins, pharmaciens, infirmiers, chimistes, internes, physiciens) se sont portés volontaires. Pendant deux mois ils ont mené des actions pédagogiques auprès de notre communauté en France à travers des émissions radios et vidéos, des appels téléphoniques auprès de la population. Aujourd'hui ce groupe se constitue en association des scientifiques et médecins. 

Le deuxième volet repose sur la distribution de colis alimentaires : nous avons lancé un appel au sein de notre communauté pour le financement et avons collecté ainsi quelques quatre mille euros. Sur cette base, les comités créés dans toute l’île de France ont pu acheter des denrées et assurer des distributions hebdomadaires. Deux cents familles ont pu, selon notre décompte, en bénéficier. 

Ceci nous a permis une cartographie de la communauté ghanéenne : les étudiants, les sans-papiers, les plus démunis etc.

La crise Covid19 nous a toutefois conforté dans nos solidarités et nous a aussi donné plus de visibilité auprès l'ambassade du Ghana en France.

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Fort d'une remarquable stabilité politique depuis 1992 et, caractérisé depuis 2000 par une succession d'alternance pacifiques qui l'érige quasiment en modèle continental, le Ghana a jusqu'à présent été épargné des phénomènes de guerre civile ou de terrorisme. Les cultures locales ont été préservées, s’appuyant sur les chefferies traditionnelles auxquelles la constitution donne une grande place.

La question qui se pose est de savoir si le gouvernement n'a pas fait une erreur en ne confinant que les grandes métropoles et d’avoir confiné un mois trop tôt. Ce sont les semaines à venir qui répondront à cette interrogation. Un défi est toutefois soulevé quant au combat que le gouvernement devra mener contre les stigmatisations dont souffrent les personnes guéries du virus. Leur insertion professionnelle et sociétale après leur guérison est un combat. Beaucoup de membres des diasporas en vacances sont pointés du doigt comme porteurs du virus car les premiers cas détectés venaient de l'extérieur.

 

 

Chronique rédigée par Mike Attah, Administrateur du Collectif des Associations Ghanéennes de France (CAGEF)

Comité de rédaction : Chadia Arab, Benoit Mayaux, Jacques Ould Aoudia, Patrick Rakotomalala

Mise en forme et communication : Randa Chekroun, Pierangela Fontana

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