Point sur le Covid-19 au Venezuela

Dans cette 10ème ChroCo Vies du FORIM, direction le Venezuela, ce pays déchiré par un conflit politique et faisant face à des situations de grave précarité. En grand témoin, Feliciano Reyna, fondateur de l’ONG Accion Solidaria (Action solidaire) et acteur incontournable dans la défense des droits humains au Venezuela.

Le défi mondial constitué par la pandémie de la COVID-19 est arrivé en Amérique Latine comme l’explique Sabine Grandadam du Courrier International du 29/05/2020 « Du Brésil à l’Équateur, en passant par le Pérou, le Mexique et le Nicaragua, la région est touchée de plein fouet par la contagion, qui s’est accélérée ces dernières semaines. L’inquiétude grandit, alors que certains chiffres avancés par les scientifiques sont effrayants ».

Situé au nord du subcontinent sud-américain, le Venezuela avec plus de 30 millions d’habitants et ses 916.445 km2 ne fait pas figure d’exception. Le pays, déjà submergé dans une crise politique, financière et sociale, est pratiquement à la merci de cette pandémie.

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I. Contexte du pays en lien avec l’épidémie

Un contexte politique controversé

Depuis l’an dernier le pays vie une situation politique inédite avec deux présidents au pouvoir. Suite aux élections de 2018, considérées comme frauduleuses par différents groupes politiques du pays et institutions internationales, et en vertu des articles 233, 333 et 350 de la Constitution du Venezuela ; l’Assemblée Nationale déclare la présidence de Nicolas Maduro illégitime et proclame en janvier 2019 le président de l’assemblée, Juan Guaidó, comme le président par intérim du pays jusqu’à la tenue d’élections transparentes. Il est reconnu par une soixantaine de pays, dont les États-Unis, l'intégralité du Groupe de Lima (hormis le Mexique), et la France, mais n'a pas de pouvoir réel car le gouvernement a ôté ses pouvoirs à l'Assemblée Nationale en créant une Assemblée constituante qui siège en parallèle, et qui est entièrement composée de membres du parti politique du gouvernement. Maduro, pour sa part, est reconnu notamment par la Chine, Cuba, l'Iran, le Mexique, la Russie et la Turquie. Il détient le pouvoir dans les faits, en grande partie, grâce au soutien de l'armée.

Cette bipolarité est le reflet de la grande rupture politique dans laquelle le pays est immergé depuis plusieurs années. Une situation où les accords politiques ne sont pas à l’ordre du jour et les manifestations réprimées par les forces de l’ordre sont fréquentes avec un solde important de prisonniers politiques. Cela a été dénoncé par le Haut conseil des droits de l’homme présidé par Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili[1].

[1] Le rapport du HCDH sur le Venezuela appelle à des mesures immédiates pour mettre fin aux graves violations des droits de l’homme et y remédier https://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=24788&LangID=F

De crise humanitaire à une situation d’urgence complexe

Depuis 2015, la crise que connait le Venezuela a des dimensions multiples : politique, sociale et économique. Elle se manifeste par la pénurie de nourriture et de médicaments, l’augmentation du taux de criminalité, l’essor de l’économie informelle, la faiblesse des institutions, l’exode massif et l’aggravation de la pauvreté.

En 2019, le Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant s’est situé à 3 374 $US. On prévoit une baisse d’environ 20% en 2020. A noter que le PIB du pays en 2015 était de 10 568 US$ selon le Fonds Monétaire International. Une hyperinflation qui dépasse le 10.000.000% témoigne de l’effondrement de l’économie vénézuélienne.

L’inflation rend le panier alimentaire de base 25 fois plus cher que le salaire minimum, ce qui provoque la malnutrition dans la population vulnérable. 32% de la population est touché par la crise alimentaire nationale, rendant le Venezuela le pays avec la quatrième crise alimentaire du monde : sur les 18,5 millions de latino-américains qui souffrent de cette pénurie,. Plus de 50 seraient Vénézuéliens : 9.8 millions à l'intérieur du pays et 1.2 millions des migrants seulement résidant en Colombie et en Equateur[2][3]. Selon l’UNICEF, 6.3% des enfants vénézuéliens de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë.

Le déclin spectaculaire de la production agricole ainsi que les faits de corruption du Comité Local d’alimentation et de production (CLAP- principale politique gouvernementale sur ce domaine), ont empêché les communautés d’accéder à l’achat des denrées alimentaires. Des recherches réalisées par Transparency Venezuela indiquent que le secteur de l’alimentation, en grande partie sous domination militaire, a été utilisé à des fins de prosélytisme et de contrôle politique[4]

 

 

En ce qui concerne le secteur de la santé, la pénurie de matériel médical est alarmante : 90% des hôpitaux sont concernés. Les prix des médicaments, quand ils sont disponibles, sont exorbitants aux yeux d’un Vénézuélien disposant d’un salaire minimum. La coalition Codevida, qui regroupe de nombreuses associations de défense du droit à la santé, estime à 80% les pénuries de médicaments dans le pays[5], « conséquence : les épidémies de diphtérie et de rougeole se propagent, on assiste à des flambées de paludisme et de fièvre typhoïde ».[6]

Le programme de santé « Barrio Adentro » créé par l’ancien président Hugo Chavez avec la participation de médecins cubains afin d’assister les populations des bidonvilles, n’existe plus. La quasi-totalité des services d’urgences est en détresse ; plus de la moitié des blocs opératoires sont fermés ; le déficit des lits s’élève à 64% et la moitié des lits existantes sont hors service. L’effondrement des services publiques atteint de plein fouet les hôpitaux : 33% ne disposaient pas, en 2018, de générateurs d’électricité.

Si le pays dispose de beaucoup plus d’eau que nécessaire pour approvisionner l’ensemble de sa population, avec un territoire continental et maritime de 2 millions de km², le démantèlement de toute la structure institutionnelle et physique du secteur compromet la qualité des sources d’approvisionnement, et les processus de traitement et de potabilisation des eaux.[7] D’après un récent rapport de l’Observatoire vénézuélien des services publiques (OVSP), seulement 16.7% des ménages reçoivent l’eau de manière continue. La situation s’aggrave parce que le pays dépend énergétiquement du barrage Guri pour produire plus de 65% de l’électricité consommée dans le pays. Actuellement, 9 de ses 20 turbines sont endommagées et il n’y a aucun plan pour les réparer. Des coupures de courant de plus de 12 heures se produisent régulièrement sur une grande partie du territoire national.

[2] Codevida. 9.3 millions de Vénézuéliens sont en situation de crise alimentaire. 27/04/2020.

[3] Agence régionale pour l'agriculture et l'alimentation. Rapport mondial sur les crises alimentaires 2020

[4] Transparency International - Venezuela. Rapport : Quarantine, a convenient restraint? May 2020.

[5] Complex Humanitarian Emergency in Venezuela. Right to Health. National Report. September 2018

[6] https://www.secours-catholique.org/actualites/venezuela-la-crise-humanitaire-est-sans-precedent

[7] Complex Humanitarian Emergency in Venezuela. Right to Water. National Report. October 2018

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 Des Vénézulién.ne.s à Caracas remplissent leurs bidons d’eau comme ils le peuvent, PHOTOS : AFP / EFE

 

Enfin, le Venezuela reste l’un des pays ayant le plus grand nombre de morts violentes dans la région et dans le monde, avec une estimation en 2019 d’au moins 16 506 morts et un taux de 60,3 morts violentes pour 100.000 habitants, suivi par El Salvador avec un taux de 48 morts. Les exécutions extrajudiciaires sont devenues un facteur important dans la reproduction de la violence dans le pays[1] : entre 2012 et 2019 ont été rapportés 10 970 exécutions extrajudiciaires et on comptabilise 357 durant le premier trimestre de 2020[2].

Ces circonstances ont déclenché une émigration massive des Vénézuéliens. Selon le Haute commissariat des Nations unies pour les réfugiés, environ 5 millions de personnes sur les 31 millions d’habitants ont fui le Venezuela depuis 2016. L’ONU estime qu’il s’agit du déplacement de personnes le plus important de l’histoire récente de l’Amérique latine[3]. L’exode vénézuélien est au deuxième rang mondial, après celui des Syriens alors que le pays n’est pas dans une situation de guerre ou de désastre naturel.

 

[1] Observatoire national des violences. https://observatoriodeviolencia.org.ve/news/informe-anual-de-violencia-2019/

[2] COFAVIC. ONG contre la torture. https://cofavic.org/wp-content/uploads/2020/05/Informe-Venezuela-enemigos-internos_2020.pdf

[3] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/02/08/fin-2019-un-venezuelien-sur-six-aura-quitte-son-pays_5421099_4355770.html

 

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 La carte de l’émigration vénézuélienne présentée par la Banque Mondiale [1]

Tous ces éléments ont généré une « situation d’urgence humanitaire complexe » (UHC) dans le pays. Telle situation est définie « comme une crise humanitaire grave, qui est le résultat d’une combinaison d’instabilité politique, de conflits et de violence, d’inégalités sociales et d’une pauvreté sous-jacente »[1], reconnue par l’ONU et ses divers services, dont le Bureau de la coordination des affaires humanitaires et le Programme Alimentaire Mondial.

A la profonde crise économique, politique et sociale décrite précédemment un manque d’accès au carburant, déjà fréquent avant la pandémie s’est aggravée depuis le mois de mars, alors que le Venezuela dispose des plus grandes réserves de pétrole connues au monde. Le pays ne produit plus que le cinquième de son volume d’il y a dix ans, d’après l’OPEP. Ceci s’explique par la corruption et la décision du gouvernement de ne plus investir dans l’industrie pétrolière. Cela a pour conséquence un grand déséquilibre entre la consommation interne et la production, ce qui oblige à importer du combustible. Cette situation n’est pas nouvelle mais les sanctions américaines, la crise économique et les limitations de liquidités de l’Etat, en raison du niveau historiquement bas du cours du pétrole rendent difficile l’achat de carburant à l’étranger[2]. Avec la pandémie, le problème devient très grave.

[1] Site web Opération Paix

[2] https://observers.france24.com/fr/20200601-venezuela-penurie-essence-historique-queue-carburant

[1] https://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2019/11/26/migracion-venezolana-4500-kilometros-entre-el-abandono-y-la-oportunidad

 

II. L’arrivée de la Pandémie

Dans ce contexte fortement dégradé, le Venezuela a été un des premiers pays de l’Amérique Latine à imposer le confinement comme mesure de prévention contre le coronavirus. Comme la plupart des pays de la région, le Venezuela fait face au dilemme de la lutte contre la COVID-19 et l’activation de l’appareil productif.

Chronologie des mesures :

- Le 13 mars le gouvernement a annoncé la présence des deux premiers cas confirmés du coronavirus dans le pays : une femme de 41 ans et un homme de 52 ans qui sont arrivés sur le territoire vénézuélien via un vol international venant de Madrid.

- Ce même jour le gouvernement déclare l’état d’urgence et institue une quarantaine à l’échelle nationale le 17 mars, d’une durée initiale de 30 jours mais qui s’étend à 60 jours.

- La suspension des activités professionnelles et scolaires et celle des quelques vols internationaux qui arrivaient encore au Venezuela sont des mesures que de nombreux pays ont adoptées à des stades plus avancés de la contagion. L’utilisation des masques est obligatoire dans les transports en commun et les concentrations en espaces publics deviennent interdits.

- Le décret d’état d’urgence prescrit que les établissements dédiés à la distribution de repas et de boissons peuvent rester ouverts, mais en fournissant des services exclusivement sous la forme de livraison ou de commandes à emporter.

- La Commission présidentielle pour la prévention et le contrôle du coronavirus a été créée et habilite l’exécutif à limiter ou rationnaliser l’utilisation de services ou la consommation d’articles de première nécessité, afin d’assurer l’approvisionnement des marchés.

- À titre de palliatif, des mesures de protection telles que l’inamovibilité de la main-d’œuvre jusqu’au 31 décembre, le plan de paiement spécial des salaires aux petites et moyennes entreprises et commerces, ou l’investissement prioritaire dans l’achat de denrées alimentaires ont été annoncées, ainsi que la suspension pour six mois des intérêts de crédit et des exonérations d’impôt, entre autre. Dans la pratique, ces mesures se sont avérées limitées et insuffisantes.

- Mise en place de 46 hôpitaux et centres sentinelles dans tous les états à travers une coopération technique avec des États tels que la Chine, la Russie et Cuba, y compris fourniture d’intrants et de médicaments. Au 1er avril, cela comprend, en théorie, 23.000 lits d’hôpital et 1.200 lits d’unité de soins intensifs (UCI), préparés pour l’apparition de cas COVID-19 et 52000 tests PCR et un million de tests rapides[1]. Néanmoins ces chiffres restent difficilement vérifiables d’après les rapports des associations de médecins sur place.

- Le 17 mars, le gouvernement de Nicolás Maduro a demandé un prêt d’urgence de 5 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI) pour lutter contre Covid-19. Le FMI a rejeté cette demande, déclarant qu’il n’y avait pas de « clarté » concernant la « reconnaissance officielle du gouvernement Maduro par la communauté internationale ».

- Le 26 mars le gouvernement confirme le premier décès par la COVID-19.

- Le premier juin commence une nouvelle phase d’assouplissement de la quarantaine, ceci afin de relancer certains secteurs de l’économie.

 [1] OCHA. Venezuela : Plan intersectoriel de préparation et de prise en charge COVID-19. Avril 2020 https://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/ven_covid-19_plan_intersectorial_2a_edicion_04102020.pdf

Chiffres, discriminations et répressions

A ce jour, les chiffres officiels montrent un total de 3 918 cas détectés et 33 décès, entre le 13 mars et le 22 juin. Si pendant le premier mois de confinement le nombre de cas détectés est resté faible, la montée enregistrée à partir du 16 mai de 504 cas est inquiétante.

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https://covid19.patria.org.ve/estadisticas-venezuela/ - 22/06/2020

 

Le conflit qui déchire le pays se retrouve dans les déclarations des uns et des autres sur l’avancée de la pandémie dans le pays.

  • Les derniers rapports gouvernementaux classifient les cas en deux : les cas importés et les cas dus à des infections de transmission communautaire. Selon les déclarations du président Maduro, 83% des cas détectés sont des personnes étant rentrées au pays depuis l’étranger. Cette classification a été fortement critiquée car elle a donné naissance à une source de discrimination et stigmatisation envers les migrants de retour.
  • Le 14 mai l’Académie vénézuélienne des sciences physiques, mathématiques et naturelles a publié une estimation des cas de COVID-19 en mai 2020. Le rapport prévoit un nombre de personnes infectées qui atteindrait un pic de 4000 cas par jour en juin 2020. Le rapport rejette également le fait que le nombre de décès à ce jour est incohérent par rapport à ce que l’on sait de l’épidémie. L’Académie conclut que le nombre de tests PCR doit être augmenté et qu’il est peu probable que la courbe épidémiologique soit aplatie rapidement.
  • Tel rapport a été rejeté par le gouvernement et ses auteurs sont accusés de « semer la terreur » d’après le vice-président Diosdado Cabello[1].
  • En autre, des répressions envers les médecins, les journalistes et les scientifiques qui dénoncent la fragilité du système pour faire face à la pandémie sont pratiqués par le gouvernement. Le président accuse « d’irresponsables » les médecins qui sont positifs à la COVID-19 en disant que les protocoles doivent être respectés. La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a critiqué l'utilisation des mesures d'urgence comme "une arme pour écraser la dissidence" et le "manque de transparence" dans les chiffres fournis par le gouvernement.

 

[1] https://www.abc.es/internacional/abci-diosdado-cabello-ordena-perseguir-academicos-venezolanos-revelar-cifras-covid-19-202005141739_noticia.html

III. Zoom Feliciano Reyna : ce sont de temps de responsabilité et solidarité 

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Fondateur de l’ONG Accion Solidaria (Action solidaire). Acteur humanitaire connu pour son travail dans la lutte contre le VIH-SIDA au Venezuela depuis 1994. Actuellement il est un acteur incontournable dans la défense des droits humains au Venezuela.

 

Quel est votre opinion sur l’accord signé entre le Ministère de la santé, l’Assemblée Nationale et l’OPS ?

L’accord signé entre l’équipe technique de la Commission de l’aide humanitaire de l’Assemblée Nationale et le Ministère de la Santé du Venezuela pour la gestion conjointe avec l’Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS) de la réponse à la COVID-19, est une très bonne nouvelle. Notre reconnaissance pour l’avoir rendu possible. Nous savons que la conclusion de cet accord a été un processus long et complexe, mais nous sommes convaincus que, s’il est mis en œuvre dans des conditions favorables au développement des lignes prioritaires, il débouchera sur des mesures visant à répondre aux besoins de la population et à protéger le personnel de santé.

L’accord intervient également lorsqu’il est probable que la propagation du coronavirus au Venezuela aura un schéma similaire à celui d’autres pays de la région, une croissance progressive des cas qui, avec les mesures appropriées, diminueront également progressivement des semaines plus tard.

 

Quels enjeux dans la gestion de pandémie au Venezuela aujourd’hui ?

Il est impératif de renforcer la confiance de la population dans la gestion du virus, de réduire la peur et de promouvoir des mesures de prévention.

La population fait face à des situations de grave précarité et sort dans la rue quotidiennement en général par nécessité, et non par irresponsabilité. Créer la confiance implique de rapporter sur la base de preuves scientifiques : rapporter que plus de 80% des personnes qui ont contracté le virus sont asymptomatiques ou ont des symptômes modérés et les dépassent à la maison, et faire aussi savoir qu’il y a des personnes vulnérables qui peuvent se compliquer même sévèrement, et qu’il faut les protéger, en comprenant qu’il n’est pas facile pour la plupart de les isoler par les conditions de logement.

L’État est chargé de fournir les moyens d’accéder à des moyens et matériel de prévention tels que des masques, du savon, de l’eau, du gaz, de l’électricité, de l’essence et du transport, et des conditions qui contribuent à éviter les foules. Le manque d’accès oblige la plupart des gens à sortir tous les jours. Dans ces circonstances, au lieu de "distance sociale", nous devons promouvoir des mesures d’éloignement physique préventif, mais d’une grande empathie et proximité sociale, aider les personnes les plus vulnérables à se protéger. Ce sont des temps de responsabilité et de solidarité.

Non à la stigmatisation ni à la discrimination.

Le moment est également venu d’exiger une gestion adéquate de la riposte à la pandémie : la stigmatisation et la discrimination doivent cesser immédiatement. Ces deux pratiques ont été à l’origine des pires dommages causés par le VIH-sida. Toutes les personnes valent en elles-mêmes. Stigmatiser les personnes qui rentrent des pays de la région les plus touchés par la COVID et les soumettre à des traitements discriminatoires et vexatoires dans les lieux d’accueil peut conduire beaucoup de personnes à préférer des routes de retour telles que les "Trochas", qui les exposent à de plus grands risques.

Stigmatiser le personnel de santé, ceux qui partent travailler et qui n’ont pas les moyens de se procurer des changements quotidiens de masques ou de les réutiliser, ce n’est pas la réponse. Il incombe à l’État, au Ministère de la santé, de fournir les équipements et les ustensiles de protection personnelle

Il est urgent de progresser sur la voie de l’accord avec le Programme alimentaire mondial

Nous sommes face à une situation d’urgence humanitaire au sens large, pas seulement dans le domaine de la santé, qui exige donc des réponses globales, avec la participation d’acteurs divers, nationaux et internationaux. Les autorités doivent soutenir les équipes techniques, veiller à ce qu’elles soient en mesure d’informer la population de la situation en matière de santé, d’alimentation et de services, et enquêter sur les faits de criminalisation de ceux qui signalent ou exigent des conditions minimales de travail et les sanctionner.

Propos exprimés sur @fjreyna le 3 juin 2020, autorisé à publier. Traduction : Elizabeth FLORES PAREDES

IV. Initiative de diasporas et des associations dans le pays pour faire face 

Même si on pourrait citer un grand nombre d’exemples d’initiatives citoyennes pour faire face à la pandémie au Venezuela, le cas des associations Médecins Unis de Venezuela – France, Santé pour le Venezuela et Meals4Hope est emblématique. Grâce à la composition de ses membres issus du secteur médical et sanitaire, ces organisations jouent un rôle important dans la compréhension de l’épidémie, la prévention et le partage d’information entre les expériences internationales et les médecins au pays.

Ils ont uni leurs forces et leur expertise afin de lever des fonds pour fournir du matériel médical préventif à quatre grands hôpitaux situés dans les régions de Mérida, Acarigua et Maracaibo. Grâce aux 2000 € recueillis depuis mars à ce jour, 2250 gants, 1850 masques, 32 litres de gel hydro-alcoolique, 50 robes, 150 casquettes de chirurgien et 50 couvre-bottes ont été achetés et distribués sur place pour répondre aux urgences pandémiques. Ce matériel servira non seulement les professionnels de la santé qui opèrent dans le service d'hospitalisation, mais protégera également le personnel de transfert et d'assainissement ainsi que les patients infectés qui arrivent dans les centres de santé dépourvus de matériel de biosécurité.

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Réception du matériel pour prévenir la contagion de la COVID-19 au Venezuela. Juin 2019. MUV-France et Santé pour Venezuela

 

Au niveau local cette diaspora souhaite aussi soutenir les initiatives de solidarités isolées qui ont vu le jour dans le pays même, comme « Le Plan bon voisin» dans un bidonville de Caracas, la capitale, qui distribue des repas aux personnes âgées isolées. Ce plan est venu d’une initiative privée née en mars 2020 avec la détection des premiers cas de Covid-19 au Venezuela, … « A moto, à vélo et en voiture, les douze volontaires distribuent chaque semaine 500 repas à environ 1.000 personnes âgées… »[1].

Les associations de la communauté vénézuélienne en France lancent un appel à la solidarité pour affronter le coronavirus au Venezuela

Mais le souhait de ces acteurs est de pouvoir agir avec plus d’impact. Dans ce contexte, les associations de la communauté vénézuélienne en France se sont concertées afin d’attirer l’attention des autorités françaises et européennes sur le cas du Venezuela. Dans ce sens, un communiqué a été rédigé et publié le 24 avril 2020 pour demander le soutien matériel et les médiations nécessaires à l’obtention de :

1) L'élargissement du champ d'action de l'Organisation Panaméricaine de la Santé afin de soutenir le très détérioré système de santé du pays dans le contexte de la pandémie.

2) L’installation du Programme Alimentaire Mondiale et de ses capacités logistiques pour affronter la situation de précarité alimentaire vécue par nombre de vénézuélien.ne.s.

3) L’accès au carburant au Venezuela en sollicitant une gestion et distribution transparente pratiquée par des acteurs humanitaires réputés dans la matière.

A ce jour, un premier accord entre le Ministère du pouvoir populaire pour la santé, l’équipe de conseil (equipo de asesoramiento) sur la santé de l’Assemblée nationale présidé par Juan Guaidó et l’Organisation Panaméricaine de la Santé pour affronter la COVID-19 a eu lieu[2]. Cet accord fait partie des demandes formulées par le communiqué et a été fortement salué par différents acteurs humanitaires et de la solidarité internationale[3].

C’est à partir de cette action conjointe que l’idée de la création d’une Fédération d’associations la communauté vénézuélienne en France est née. L’objectif est de mutualiser les actions de solidarité, de diffusion de la culture vénézuélienne en France et de la défense et promotion des droits humains au Venezuela. Idée saluée par le FORIM qui non seulement a soutenu cette première initiative, mais qui s’est engagée à accompagner la création de cette fédération. Cette diaspora active, organisée et engagée souhaite devenir un acteur clé lors des espaces de dialogue et de négociations en faveur de la construction d’une solution pacifique à la situation de crise de notre pays.

Nous vous invitons à connaître et rejoindre notre appel de solidarité en suivant le lien: www.fedeassoven.com

[1] Au Venezuela, la survie en période de pandémie tente de s'organiser : eunonews.com – 10/05/2020

[2] https://www.lemonde.fr/international/article/2020/06/04/au-venezuela-un-accord-inedit-entre-maduro-et-guaido-pour-lutter-contre-le-virus_6041734_3210.html

[3] https://www.breakingnews.fr/international/borrell-applaudit-laccord-entre-maduro-et-guaido-et-souligne-que-le-dialogue-est-fondamental-pour-le-venezuela-510553.html

 

Chronique rédigée par Elizabeth FLORES PAREDES – Sociologue et PhD en démographie. Chargée de mission « Etudes, capitalisation et exploitation des données » au FORIM et Jenny QUINTIN – Enseignante. Co-présidente de l’Association La Souffle et La Flamme – Lauréate PRA/OSIM 2019

Comité de rédaction : Chadia Arab, Benoit Mayaux, Jacques Ould Aoudia, Patrick Rakotomalala

Mise en forme et communication : Randa Chekroun, Pierangela Fontana

Les propos contenus dans la présente publication n’engagent que leurs auteur.e.s 

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