Je banque donc je suis

Billet paru sur le site Libnanews le 21 janvier 2020

Walid Joumblatt exprime les sentiments de la classe politique libanaise, partis et clans confondus.

Modestement, l’« ancien » député sublime les banques comme « existentielles » pour le Liban. Travail et labeur d’une population au bord de la déchéance et de la famine le sont moins pour lui et ses pareils.

La destruction des vitrines d’agences bancaires n’a jamais empêché la circulation des capitaux et la spéculation. Un étudiant en première année d’économie l’expliquera sereinement. Mais ce n’est pas le problème.

La réputation des banques libanaises y perdrait des plumes, prétendent certains. Il faut la restaurer. L’innocence des banques libanaises un oxymore ?

Publiques ou privées, les banques détiennent un tiers à quarante pour cent de la dette libanaise. Pourquoi se priveraient-elles de dépecer la bête ? Cinquante pour cent de la population libanaise atteindrait le seuil de pauvreté d’après la Banque Mondiale. N’est-ce pas un succès indéniable en attendant les onze milliards du plan CEDRE ?

Verra-t-on des files de chômeurs et de retraités devant les soupes populaires, des citoyens dormir à même les trottoirs, ou se promenant avec des brouettes remplies de billets de banque en raison de l’inflation ? C’est un début. Tout dépend de la voracité des chasseurs et des rabatteurs. Il ne tient qu’à la volonté de la mobilisation pour « inverser les curseurs ».

L’ancien député Joumblatt, actionnaire d’entreprises dans le ciment et l’importation de carburant, parle pour sa boutique, les banquiers et le patronat libanais et leurs affidés. Les prénoms de leurs serviteurs résonnent à longueur de pages et d’émissions pour rendre hommage à leur ténacité et leur courage : Riad, Carlos, Hassan, Saad, Emmanuel, Édouard, Donald, etc. Aux origines aussi multiples, le capital rend hommage.

Michael Maschek

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