UPR: Jean Robin vs François Asselineau.

Ce n'est pas peu dire mais entre co-fondateurs de l'UPR ça ne rigole pas.....

 

François Asselineau et l’UPR ont-ils une stratégie pour prendre le pouvoir ?

 

Nous sommes un des rares médias à suivre (de près) le parcours de François Asselineau, énarque, inspecteur des finances, ancien directeur de l’Intelligence économique à Bercy, et de son parti l’UPR (Union Populaire et Républicaine). Ce déficit médiatique devient de plus en plus criant, tandis que son mouvement recrute. Mais cette croissance implique également une responsabilité : comment être sûr que l’UPR n’est pas un parti comme les autres, qui promet beaucoup mais qui ne change rien et fait le jeu du système ? Ouvrons ce débat qui s’annonce passionnant, notamment avec des militants de l’UPR, qui sont les bienvenus dans les commentaires.

La censure de François Asselineau dans les grands médias est difficilement niable, et ce depuis 2007, année de la création de son parti l’UPR, parti dont le seul objectif est de faire sortir la France de l’Union Européenne, en vertu de l’article 50 du Traité de Lisbonne. Pourtant, pour ceux qui suivent M. Asselineau depuis cette époque, il semble que la stratégie, pourtant claire au niveau des idées politiques, soit plus confuse sur le reste, et notamment pour ce qui est des moyens pour accéder au pouvoir et ainsi pouvoir mettre en place les idées politiques souhaitées.

Ainsi, lors de ses nombreuses conférences qu’il donne dans toute la France, M. Asselineau n’a de cesse d’expliquer que “la France a autant de poids dans l’Union européenne que Lutte Ouvrière en France, c’est-à-dire à peine 3%”. En effet, 1 commissaire sur 27, cela fait 3,7%, et avec cela on ne peut changer quoi que ce soit dans l’Union Européenne. Mais que pèse l’UPR en France ? Bien moins que Lutte Ouvrière. On voit donc mal comment l’UPR pourrait peser sur la politique de la France.
On est en droit de se demander, qu’on soit militant de l’UPR, sympathisant ou simple observateur extérieur, si M. Asselineau se donne réellement tous les moyens pour changer les choses, ou bien s’il se laisse porter par le courant. Par exemple, M. Asselineau se dit victime de censure sur wikipedia, mais il lui suffirait de faire paraître un livre pour être automatiquement référencé sur l’encyclopédie en ligne. Pourtant, il n’a fait paraître aucun livre où il théoriserait sa pensée, ce qui manque cruellement à nombre de militants et sympathisants rencontrés ces dernières années. Il ressort de ces conversations que M. Asselineau est un perfectionniste, ce qui a ses bons côtés, mais également ses mauvais, le mieux étant l’ennemi du bien.
Lors de la conférence de presse pour le lancement du mouvement, pour le 50ème anniversaire du Traité de Rome, il n’y avait strictement aucun journaliste, “malgré les nombreuses promesses” selon M. Asselineau. Mais avec un discours autant en rupture avec le conformisme ambiant, pouvait-on être surpris de cela ? A la tribune, Pierre Hillard était venu faire un discours, en phase avec le discours tenu par François Asselineau. Depuis Pierre Hillard, dont les travaux sont pourtant les plus sérieux sur les sujets qu’il aborde, participe à des conférences organisées par LLP, un bloggeur conspirationniste qui voit les illuminatis, les franc-maçons et les sionistes partout. L’UPR n’est parfois pas loin de tomber dans ce genre de piège.
Ainsi M. Asselineau est allé faire une conférence au Local, un lieu de liberté d’expression totale tenu par Serge Ayoub, alias Batskin, ancien skin-head bien connu du tout Paris. Pourquoi M. Asselineau n’éprouve-t-il aucun souci à faire une conférence de plus de 4 heures dans ce Local (à laquelle nous avons assisté), mais refuse absolument toute interview quand on la lui propose, que ce soit sur Enquête & Débat ou sur BI (ex-Balkans-Info), le journal dirigé par Louis Dalmas et auquel a très longtemps collaboré Pierre Hillard ? Contacté, M. Asselineau refuse de nous répondre, mais nous apprenons par d’autres contacts qu’il refuse d’avoir affaire à Jean Robin (donc à moi) car la réputation de celui-ci n’est pas assez bonne. Donc M. Asselineau accepte de faire une conférence au Local d’un ancien leader skin-head, mais pas sur le média d’un ancien militant de l’UPR, gaulliste revendiqué, et qu’il ne manquait pas d’exhiber lors de ses réunions d’adhérents, en 2007 ? Cela fait-il partie d’une stratégie de conquête du pouvoir, et si oui laquelle ?
Car cette anecdote est plus révélatrice qu’il n’y paraît, M. Asselineau semble être mu plus par ses propres sentiments que par une stratégie claire, rationnelle et donc implacable, pour accéder au pouvoir. Stratégie qu’il n’a, à notre connaissance, jamais rendue publique. Pourtant les Français ont le droit de savoir, et la croissance de l’UPR gagnerait à connaître cette stratégie.
Au plan médiatique, M. Asselineau a demandé à être reçu par Ce soir ou jamais, sur France 3, demande que nous avions relayée. Et pourtant il accepte de débattre avec Jean-Claude Gayssot sur une petite radio régionale, Divergence FM. M. Asselineau cherche-il à passer dans les médias, quand il critique ouvertement le journal Marianne de faire le jeu de Marine le Pen pour faire gagner DSK en 2012 ? La stratégie claire vis-à-vis des médias serait d’être contre eux, ou de les utiliser à son propre profit, mais d’être à la fois contre eux et de demander à y passer a quelque chose d’assez symptômatique de l’absence de stratégie. Quand en 2007 des militants lui parlaient d’Internet comme étant une des clés stratégique, il pouffait. Apparemment il a fini par comprendre à quel point le réseau des réseaux pouvait l’aider dans sa quête du pouvoir. Et pourtant, on n’a pas l’impression qu’il joue le jeu des médias internet, cf supra. Ce serait pourtant une stratégie claire et sans doute gagnante à long terme.
M. Asselineau dit et répète qu’il est gaulliste. Très bien. Or comment De Gaulle a-t-il accéder au pouvoir, par deux fois ? Par le coup d’Etat ! Ce qui faisait dire à Mitterrand qu’avec De Gaulle c’était le coup d’Etat permanent. M. Asselineau veut-il reproduire ce qu’a fait de Gaulle en son temps, vis-à-vis de l’accession au pouvoir ? On aimerait le savoir, parce que pour l’instant, ce n’est pas clair.
M. Asselineau dit et répète que l’UPR est le seul parti à proposer à la France la sortie de l’UE. Nous avons vu que c’était faux, puisque le RIF (mouvement de Paul-Marie Couteaux) le demande depuis 2004 (via un livre intitulé “Sortir de l’Union Européenne : le programme du RIF”), et le Parti Ouvrier Indépendant (ex-Parti des Travailleurs) a fait deux campagnes présidentielles sur le thème de la sortie de l’Union européenne. Pourquoi s’entêter à dire des mensonges, tout en accusant tous les autres partis de mentir ? Où sont les alliances possibles pour accéder au pouvoir ? L’UPR compte-t-il sur ses seules forces militantes, qui sont certes en croissance mais encore très faibles, pour accéder au pouvoir suprême ?
M. Asselineau dit et répète qu’il ne cesse de recruter de nouvelles personnes, dont il exhibe d’ailleurs les photos sur le nouveau site de l’UPR. Pourtant on n’en a pas entendu une seule s’exprimer publiquement. Seul M. Asselineau semble pouvoir jouir de ce pouvoir, ressemblant en cela au Front National, ou aux partis les plus sectaires à l’extrême-gauche, dont on n’entend le plus souvent qu’un seul leader. Nous serions prêts à interviewer n’importe lequel de ces responsables, mais cela semble verrouillé. Peut-être qu’un tel article sera de nature à déverrouiller les choses…

Toutes ces questions et beaucoup d’autres sont passionnantes car elles se posent à toute structure politique qui veut accéder au pouvoir, et même à toute organisation qui veut influencer un minimum la société dans laquelle elle vit. Les militaires appellent cela l’EFR : Effet Final Recherché. Et on a du mal à comprendre l’EFR de l’UPR. D’autant que, n’étant pas en démocratie, on se demande pourquoi M. Asselineau fait partie de ceux qui veulent faire croire que nous sommes encore en démocratie. A moins que ce ne soit un moyen de faire un coup d’État, mais encore une fois, on voit mal comment le peuple français pourrait accepter un chef dont la stratégie est loin d’être aussi claire que celle de De Gaulle en 40, ou même en 58. Alors certes, De Gaulle était un militaire visionnaire, mais François Asselineau n’est-il pas l’ancien directeur de l’Intelligence Économique à Bercy ? N’est-on pas en droit d’attendre mieux de sa part en termes stratégiques ?

Source : Le site "enquête et débat". 25 février 2011.

ps : Sur Jean Robin , http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Robin_%28%C3%A9diteur%29 

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