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Billet de blog 15 juil. 2021

Doit-on être contre le vaccin et descendre dans la rue pour le dire ?

Notre corps nous appartient-il ? C’est la question que l’on devrait se poser avant d’émettre un avis sur la vaccination obligatoire. Mais pas besoin d’être BHL, ni même bachelier en terminale littéraire, pour répondre que non, désolée de vous le dire, notre corps ne nous appartient pas… totalement.

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Il est vrai que la société dans laquelle nous évoluons, basée sur l’individualisme et l’économie néolibérale, pourrait nous faire croire que nous sommes absolument libres : la liberté érigée en valeur suprême (liberté d’entreprendre, liberté d’expression, liberté de se mouvoir et de consommer…) nous donne un sentiment assez agréable de puissance individuelle, d’accomplissement personnel, dans un monde où tout serait possible, à condition de le vouloir… et à condition surtout d’être en règle avec la loi du pays où nous nous trouvons. Il serait donc plus juste de parler de la liberté en tant que potentialité, entourée de règlementations strictes et parfois passablement arbitraires.

Car quid de la liberté de voyager si l’on n’a pas de passeport? De la liberté d’entreprendre si l’on ne s’est pas déclaré à l’Urssaf? Ou de la liberté d’expression si on présente un propos raciste ou homophobe sans aucune portée humoristique ? Attendez… Vous voulez dire qu’il y aurait systématiquement des contraintes légales à suivre pour bénéficier de la plus petite de nos libertés ? Mais dans quelle dictature insoutenable vivons-nous, mes amis !

Ce n’est pas tout : en ce qui concerne notre corps, en tant qu’entité inscrite dans une société donnée, roulement de tambour… point de liberté absolue non plus. Incroyable. Avez-vous remarqué qu’en France, pays des Droits de l’Homme et du Citoyen, on ne peut pas vendre ses organes sur le bon coin ? Qu’on ne ne peut pas se balader à poil à Super U ? Qu’on ne peut pas non plus se soustraire, sous peine d’amende, aux obligations de boucler sa ceinture en voiture, de porter un casque en moto ou, plus récemment, de rentrer dans une boulangerie sans masque sur le nez ?

Oui je sais, « Notre corps nous appartient » est une revendication féministe de longue date. Mais c’est par une lutte acharnée que les femmes ont obtenus le droit à la contraception et à l’avortement, et par là le droit de disposer de leur corps et de leur sexualité… dans certaines circonstances. Nous parlons bien de droits, de lois, et le corps est bien sûr un lieu de lutte sociale et politique. La loi, l’Etat, peut parfois nous autoriser, d’autres fois nous contraindre, dans notre si chère liberté à disposer de notre corps. Et soyons vigilant.e.s, car tous ces droits sont fragiles et peuvent facilement être remis en question, au détour d’une nouvelle loi, promulguée par un nouveau gouvernement…

Il est d’ailleurs amusant de voir qu’un certain nombre de militants anti vax sont également des anti IVG et des anti mariage pour tous… « Mais laissez-les disposer de leur corps, bon sang ! » aurait-on envie de leur rétorquer. Mais c’est un autre débat.

Après cet exposé, je pourrais vous dire que je ne suis pas particulièrement pour la vaccination obligatoire, ni vraiment emballée par l’ensemble des dispositions prises par notre gouvernement dans la gestion de la crise sanitaire. Pourtant, je ne descendrai pas dans la rue pour ces motifs. Par contre, je suis farouchement opposée à la casse du service publique, et vous me verrez certainement défiler pour réclamer plus de moyens dans les hôpitaux publics. Même chose à propos de la reforme des retraites, l’assurance chômage, le réchauffement climatique, l’évasion fiscale, la redistribution des richesses… 

Enfin, est-il vraiment nécessaire d’argumenter face à celles et ceux qui comparent la discrimination qui sera bientôt faite entre les vaccinés et les non vaccinés à celle des juifs pendant la seconde guerre mondiale… Ou bien peut être pourrait-on seulement leur accorder qu’effectivement, il s’agit bien là d’une posture religieuse qui leur appartient, d’une croyance fondée sur des arguments non rationnels qui les pousse à ne pas croire dans ce vaccin, à être sceptique sur son efficacité, et à préférer la prière et les comparaisons indécentes à une réponse médicale qui, certes, engraissera des laboratoires pharmaceutiques déjà bien gavés, mais qui pourrait nous éviter un troisième confinement…

Chacun sera libre de penser ce qu’il voudra. Et de descendre dans la rue pour défendre les idées qu’il souhaite.

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