Chronique d'une mort annoncée

Abonnée à Médiapart depuis décembre 2007 ,aujourd'hui 5 septembre 2008 , je me risque à publier un billet qui sera le seul et unique.

Billet n'est pas le terme exact , c'est un témoignage que je veux anonyme ,pudique et d'une grande simplicité :

Deux mots ne cessent de résonner dans ma tête ,

redressement judiciaire

liquidation judiciaire....

Beau mois d'août ensoleillé où mon statut de chef d'entreprise à voler en éclats !

Je ne suis plus rien .

Pourtant , à 20 ans , remplie d'espoirs et débordante d'enthousiasme , j'ai fondé ma petite entreprise dans une ville moyenne de

province pour donner un emploi à mon époux qui est étranger . En 1981 , malgré ses diplômes , il lui était impossible de trouver un boulot !

Cette entreprise a été mon premier enfant à qui j'ai tout sacrifié et qui prosperait doucement mais sûrement .

J'avais une vie correcte , j'appartenais à "la classe moyenne" , ni pauvre , ni riche .

Certes , diriger une entreprise demandait beaucoup de travail , de perspicacité ,de négociations, de temps passé au sein de l'établissement , week end compris , mais j'étais fière et heureuse de l'avoir créé et surtout de proposer des emplois dans un département où le taux de chômage est un des plus important de France.

Un procés ...tribunal de commerce...le rouleau compresseur et destructeur de la justice est lancé ....résultat : à 47 ans ,je ne suis plus rien!...

J'ai perdu tout statut social et économique...la déchéance...

Chaque jour est devenu une corvée , je m'enfonce dans un long tunnel de plus en plus sombre alors que je vis dans" la ville où le soleil ne se couche jamais"!

J'ai surmonté l'épreuve du cancer mais c'est au-delà de mes forces d'assister à la mise à mort de mon entreprise.

27 ans de travail acharné sont réduits à néant.

A travers cette épreuve que je subie , je voudrais que vous compreniez que la quasi-totalité des "patrons " ne partent pas avec des parachutes dorés ,qu'ils ne possédent pas des yachts ou \et des demeures à Saint Trop ou \et des comptes bancaires aux îles caraîbes ...

J'ai mal , très mal , mon "crime" a été d'avoir voulu être mon propre "patron".

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.