Corse - Le nec plus ultra (selon certaines déclarations): L'homo corsicus !

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On en est là ! Et, depuis le succès des nationalistes aux élections régionales, cela va de pis en pis, avec la reprise en boucle et l’audience déjà excessive mais dès lors décuplée qui leur est donnée par des medias à leur remorque … « nous sommes partout » peuvent se féliciter les nouveaux présidents de la CTC qui ne manquent pas une occasion de nous asséner leurs clichés historiques sans fondement,  comme nous l’avons déjà dénoncé à propos du Dio Vi salvi regina et de la fête de la nation.

Retour sur les incidents d’Ajaccio

Ne revenons pas longuement sur l’affaire des jardins de l’empereur et la semaine agitée qu’a connue Ajaccio. Cet épisode a fait l’objet de nombreuses analyses dans la presse, à la radio, en Corse mais aussi sur le continent. Soucieux de ne pas faire d’amalgame, il nous est difficile de dégager le bon grain de l’ivraie, de faire la part entre le caractère spontané ou manipulé des événements, entre les réelles provocations et les non moins réelles réactions racistes anti-arabes qui s’étaient déjà manifestées il y a peu à Prunelli di Fiumorbo. On se souvient de la kermesse scolaire empêchée par des ultras (« sujets non identifiés » mais que l’on peut qualifier d’énergumènes) qui ne supportaient pas qu’on puisse entendre une strophe d’Imagine de John Lennon traduite en arabe parmi d’autres langues qui, seules à leurs yeux, auraient dû avoir droit de cité.

Saluons à ce propos les réactions de la sana pars de la population émanant d’associations telles qu’Ava Basta : elles sont réconfortantes face aux dérives fascisantes qui sont trop couramment tolérées. Tandis qu’aujourd’hui des dirigeants nationalistes, la main sur le cœur, jouent les vierges effarouchées et condamnent sans appel les invectives racistes proférées à Ajaccio, on remarquera qu’on les entendait moins lorsqu’une branche qui se réclamait du FLNC taguait Arabi fora en même temps que francesi fora et rackettait d’honnêtes travailleurs maghrébins dans la plaine orientale.

Sans doute considèrent-ils que ces délinquants font partie de ces prisonniers politiques qu’il convient de libérer à la faveur d’une nouvelle amnistie « purificatrice ». Mais peut-être que n’est ce pas encore le moment et que, comme pour les auteurs de l’assassinat du préfet Erignac, « on verra plus tard », dixit le nouveau président de l’exécutif. Prenons acte de déclarations plus apaisantes, sans en être dupes car elles sont de circonstance…Il est bien connu qu’on peut mener la même politique mais avoir un langage différent dit « responsable », une fois « aux manettes ».  A nous de ne pas tomber dans le piège du petit chaperon rouge de la fable ! En d’autres termes n’oublions pas qu’historiquement, l’autonomie n’est que l’antichambre de l’indépendance et, pour notre part, à France-Corse, nous ne faisons guère de différence entre les deux qui ont en commun un positionnement  anti-français qui nous détourne des paroles d’un nouveau Bon Pasteur.

Fondamentaux ou mythes de l’histoire de la Corse

Plaçons-nous sur un autre registre et prenons quelque hauteur par rapport à ce qui s’est passé à Ajaccio. Ce type d’incident, courant sur le continent dans les banlieues dites de non-droit, est frappé en Corse du sceau d’une spécificité locale. La riposte des manifestants est signée… elle se fait sous le signe du ralliement au drapeau à la tête de maure au nom d’une solidarité de caractère ethnique et c’est sur la base d’un rapport de force inter-communautaire, et non sur une opposition de principe de caractère universel, que le différend est posé et qu’il risque de s’envenimer. A la provocation semble avoir répondu la «valeur ancestrale »  de l’andria méditerranéenne , le traditionnel « sens de  l’honneur corse » (u puntigliu) pour dire les choses plus simplement. Souvenons-nous du slogan qui avait cours dans les années 1970 et des autocollants sur les pare brises des voitures « io so corsu e ne so fieru »… fieru di chè ? est-on tenté de répondre.

Ce climat de corsitude exacerbée et d’auto-satisfaction ethnique, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire en tordant une fois de plus le cou à notre histoire régionale, n’est pas de bon augure. Mais quels sont les fondamentaux de cette histoire  rappelés, inventés ou surdimensionnés en la circonstance? Le sens de l’hospitalité, l’ouverture sur autrui, la non-violence, la tolérance, les leçons du Babbu… soit… mais comment le prouver ? Là interviennent la déformation de l’histoire et les contre-vérités…

Cela commence avec le mythe de « l’île des justes » prisé comme un fait historique par J.-G Talamoni. Il a été créé de toutes pièces à l’initiative du représentant de la communauté juive de Bastia qui s’ adressa directement au comité français de Yad Vashem pour faire reconnaître la Corse comme le seul département où il n’y a pas eu de déportation des juifs durant la dernière guerre et qui se serait « particulièrement » illustré par des actions individuelles ou collectives en faveur des israélites vivant en Corse. Cette assertion qui faisait fi du fait que l’île n’était pas occupée par les Allemands mais par les Italiens, partait sans doute d’une bonne intention mais, pour dire les choses trivialement, elle ne tenait pas la route.

Le camp de rétention d’Asco n’était certes pas un camp de concentration mais en quoi est-il le signe d’une absence d’antisémitisme de la part des Corses ? Même question à propos de l’initiative du sous-préfet Rix de Bastia de « turquiser » les juifs résidant en Corse c’est à dire de leur faire obtenir la nationalité turque pour leur éviter des persécutions. Cette fausse « révélation » parce qu’elle flattait l’homo corsicus qui n’aurait pas eu son pareil ailleurs, en cette circonstance comme en d’autres, donna lieu à une série de commémorations et de célébrations, y compris dans l’enceinte de la CTC et le bruit qui fut fait autour de cette affaire trompa un temps Serge Klarsfeld lui-même. Cela jusqu’à ce que le président du comité de Yad Vashem siffle la fin de la récréation en faisant une mise au point sans concession pour dire que la Corse n’avait pas à être traité comme un cas particulier et qu’il n’y avait aucune raison de graver son nom sur le mur des justes du mémorial de Jérusalem. http://www.resistance-corse.asso.fr/fr/editorial/la-corse-ile-juste-un-exces-dhonneur-selon-yad-vashem/

Quant au thème plus général d’une Corse qui n’aurait pas connu l’antisémitisme comme courant de pensée, c’est une contre-vérité manifeste : pensons aux corsistes célébres comme Jean-Baptiste Marcaggi qui écrivait dans la Libre parole de Drumont, à Santu Casanova de la Tramuntana et à Petru Rocca de la Muvra ou, en dehors d’eux, aux représentants de la droite et de l’extrême-droite insulaire tels Horace de Carbuccia avec son journal Gringoire, Joseph Santi et son Bastia Journal ou, de manière plus générale, au colonel Mondielli et à la légion des combattants du temps de Pétain.

Ne pas confondre histoire des représentations et téléologie historique

Et lorsque J.-Guy Talamoni fait remonter l’absence d’antisémitisme en Corse au temps de Paoli, parce que celui-ci a fait l’offre aux Juifs de s’établir à Ile Rousse, c’est tout bonnement ridicule : les ports francs de Livourne ou de Nice piémontaise avaient déjà donné l’exemple et accordé des faveurs aux israélites qui s’y étaient installés non point par esprit de tolérance mais par esprit de lucre, pour qu’ils contribuent à l’essor du commerce maritime local. « Pascal Paoli le Voltaire corse » l’expression, pour le moins discutable, est de l’historien Vergé Franceschi, mais elle est volontiers reprise par les thuriféraires du Babbu. On sait dès lors à quoi s’en tenir sur ce titre de gloire donné à Père de la patrie « qui a institué la tolérance en Corse » (J.-G Talamoni).

Notre héros a gagné ses galons de libérateur de la Corse opprimée par les Génois et on comprend la popularité qu’il en retira à vaste échelle. Faire de lui un nouveau Solon législateur ou un Epaminondas chef de guerre relève d’un démarquage de la Vie des hommes illustres de Plutarque, cela fait partie du mythe et des représentations de l’époque, mais associer son nom à la modernité des idées de tolérance, de laïcité, de démocratie ou de constitution, cela relève d’une téléologie à connotation nationaliste qu’il convient de dénoncer. Un peu de Paoli ça va mais trop, attention les dégâts !

France-Corse

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