Corse - Quand le sensationnel prime sur le réel : Une enquête incomplète...

talamoni-256x144
France 2 a consacré, jeudi 4 février, une partie de son émission « Complément d’enquête » à la Corse.

On notera tout de suite que, durant les treize premières minutes, sur les seize minutes qu’a duré le reportage, on a entendu exclusivement des nationalistes, avec un traitement particulièrement généreux accordé à Jean-Guy Talamoni, qui a été en quelque sorte le fil rouge de la presque totalité de l’enquête, et auquel on a d’ailleurs prêté – par ignorance ou par calcul ? – des pouvoirs qui appartiennent en fait au président du Conseil exécutif, lequel avait sans doute le défaut de n’être pas aussi spectaculairement anti-français. Le choix du porte-parole du FLNC n’était sans doute pas le fruit du hasard d’autant qu’on l’a présenté comme vainqueur des dernières élections et on lui a laissé dire que les Corses l’avaient massivement soutenu sans relever qu’il a à peine recueilli, sur ses idées, 7 % des votes.

On a également vu et entendu des femmes de plastiqueurs actuellement détenus, dont une affirmait vouloir que son fils apprenne le corse mais lui parle en français pour des raisons faciles à deviner ; ainsi, évidemment, que les incontournables étudiants indépendantistes récitant leur leçon. Le tout commenté par un enseignant de Corte qui est aussi le petit-fils d’un des fondateurs du nationalisme autonomiste.

Les trois dernières minutes ont permis à Francis Pomponi, historien et maire d’une commune de la Castagniccia, par ailleurs membre de France-Corse – sans que cela soit mentionné – et à quelques-uns de ses administrés, d’exprimer un point de vue différent. Mais ils étaient présentés comme les « derniers gaulois » (sic) exprimant les opinions d’une espèce en voie de disparition face à une jeunesse acquise au nationalisme. L’ensemble laissant alors supposer que l’avenir de la Corse au sein de la République française est fort compromis.

On a du mal à imaginer que tout cela soit dû au hasard. Non pas que ceux qui ont conçu et monté l’émission puissent être soupçonnés de complaisance et encore moins de complicité avec les indépendantistes, mais parce qu’ils ont choisi, consciemment, de ne pas passer à l’antenne les propos qu’ils avaient recueillis auprès de représentants de France-Corse qui ont apporté des explications politiques de la montée du nationalisme et montré les enjeux qui se posent aujourd’hui en Corse, la responsabilité n’en incombant pas au journaliste qui a réalisé le reportage dans l’île.

Si on a choisi de privilégier l’expression d’un courant très minoritaire en Corse, c’est sans doute tout simplement parce qu’on a recherché ce qui est un des moteurs principaux d’une grande partie du journalisme aujourd’hui, surtout à la télévision : le sensationnel.

Ce qui conduit parfois (souvent) à une présentation biaisée des situations qui peut malheureusement influencer l’opinion publique, même si, au cas particulier, l’heure très tardive de passage de la séquence consacrée à la Corse a dû, cette fois, limiter les dégâts.

France-Corse

Pour consulter tous nos textes et faire connaitre votre point de vue : www.france-corse.fr  

Pour nous écrire :   redaction@france-corse.fr

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.