Corse : Football et nationalisme...

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Les nouveaux incidents survenus à Reims puis à Bastia après un match de football ne peuvent plus être seulement réduits à de simples débordements de supporteurs excités, comme il en existe un peu partout, en France et dans le monde. La connotation politique de l’expression de certains supporteurs bastiais est un fait sans exemple ailleurs en France. Il ne s’agit plus seulement de chauvinisme sportif, local ou régional, il s’agit d’une manifestation de xénophobie directement liée à un positionnement politique nationaliste. Il suffit d’aller sur le site internet de la principale association de supporteurs du SCB pour s’en convaincre : on ne trouve pas sur ce site que du football, on trouve également des slogans politiques qui collent exactement avec la ligne et les mots d’ordre de la fraction la plus extrême du nationalisme.

Il est assez plaisant de voir Jean-Guy Talamoni, et d’autres après lui comme lors de l’émission sportive du lundi soir sur RCFM, dénoncer le racisme anti-corse en occultant les nombreuses manifestations de haine anti-française dont les tribunes du stade Armand Cesari retentissent match après match, à l’initiative d’une minorité de spectateurs, et en omettant de reconnaître qu’il peut y avoir, dans le développement de ce racisme, des responsabilités qui se trouvent chez nous, à travers des manifestations d’hostilité à tout ce qui s’apparente à la France, qu’elles soient grossières comme les graffitis laissés sur les murs, les cris entendus dans les tribunes de certains stades et dans certains cortèges, ou qu’elles soient plus policées comme l’enlèvement du drapeau tricolore et du portrait du président de la République, et la qualification de « pays ami » réservée à la France dont, jusqu’à preuve (électorale) du contraire, la Corse est une composante .

Faute d’avoir été présent sur place on ne peut adopter sans précaution l’un ou l’autre des points de vue, radicalement opposés, des supporteurs et du procureur. On a seulement du mal à croire que les incidents ont été déclenchés par les policiers dans la mesure où ceux-ci ont suffisamment l’occasion d’avoir à intervenir physiquement avec des risques d’être blessés, souvent légèrement, parfois gravement, pour ne pas rechercher l’affrontement sans raison. Mais il ne s’agit que d’une conjecture.

D’un autre côté, on a constaté maintes fois que certains supporteurs bastiais ne ratent aucune occasion de montrer leur agressivité ce qui rend assez plausibles les déclarations du procureur sur le déclenchement des incidents. Rappelons-nous qu’à l’occasion de la finale de la Coupe de la Ligue, en 2015, une bonne partie des supporteurs (majoritairement jeunes) du Sporting de Bastia ont chanté : « on est, on est, on est pas Français ». On admettra que ce genre de proclamation puisse nourrir une certaine hostilité parmi ceux – et ils étaient évidemment nombreux – qui l’ont entendue ; hostilité qui se transforme malheureusement vite en racisme, c’est-à-dire en généralisation à l’ensemble d’une population des méfaits commis par une partie d’entre elle.

De la même façon, on ne peut savoir quelle est la raison pour laquelle un jeune homme a été blessé sérieusement – même si dans l’île certains n’hésitent pas à retenir la thèse des supporteurs – et il appartient à la Justice et à l’Inspection générale de la police de faire la lumière sur ce qui s’est passé. Toutefois, même s’il devait apparaître qu’un policier a commis une faute et mérite une sanction, cela ne saurait évacuer la responsabilité des quelques individus qui se sont attardés dans la ville pour de toutes autres raisons assurément que la visite de la cathédrale dont ils ignorent sans doute jusqu’à l’existence, et – là encore ce n’est qu’une conjecture – plutôt dans l’intention d’y laisser leur marque.

Les injures écrites et orales dont a fait état le procureur, pièces à l’appui pour les premières, nous sont biens connues, en Corse : on peut les lire et les entendre sur les routes, les « réseaux sociaux », les divers forums.

Quant aux violences qui ont provoqué de gros dégâts dans les rues du centre de Bastia, on ne peut, là encore, avoir la naïveté de les mettre sur le compte du simple énervement provoqué par l’absence d’informations sur le sort des supporteurs en garde à vue à 1000 km de là …

S’il faut en croire Corse-Matin, un groupe d’une trentaine d’hommes cagoulés est intervenu pour lancer des engins incendiaires sur la police avant de détruire méthodiquement divers éléments du « mobilier urbain ». Les photos publiées montrent que leur équipement (des masques à gaz) est le même que celui exhibé par un petit groupe lors d’une récente manifestation à Corte dont ils ont été calmement mais fermement exclus par les organisateurs soucieux de donner une image responsable de leur action.

Comme on peut penser que ces individus savent tout de même que ce ne sont ni le procureur ni les policiers en poste à Reims qui s’approvisionnent aux distributeurs de billets de la place Saint Nicolas, il faut en conclure que leur objectif est bien de provoquer des désordres.

On connaît ce genre de comportement ailleurs ; mais il relève alors du pur et simple vandalisme, c’est-à-dire du plaisir de casser ; alors que, chez nous, il a une connotation politique. Naturellement, il est difficile de savoir si les références frustes au nationalisme sont vraiment significatives d’une conviction politique. Et on peut penser que, au regard de la stratégie dite « d’apaisement » menée par le FLNC et ses porte-paroles publics, les actions de ce groupe échappent au contrôle des instances nationalistes.

Mais il appartient aux dirigeants de ces instances, à commencer par ceux qui sont aujourd’hui à la tête de la CTC, de le démontrer en adoptant des positions très fermes à l’égard de ceux qui commettent des exactions et de prendre toutes les dispositions pour mettre fin à celles-ci. Les amis de M. Talamoni devraient en avoir la capacité … sauf à être aujourd’hui très affaiblis.

France-Corse

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