La mine propre et responsable n'existe pas

Face à la prolifération des discours sur la mine dite "verte", "propre" ou encore "responsable", France Libertés réaffirme que cela n’existe pas. Il s’agit d’une rhétorique développée en réaction à la montée des conflits socio-environnementaux partout sur la planète dans l’optique de mieux faire accepter les projets miniers.

Un discours sur lequel surfe la Compagnie Montagne d’or pour faire face à la vive contestation de son projet de méga mine d’or en pleine forêt amazonienne.

La recherche et l’exploitation effrénées des ressources naturelles, c’est-à-dire l’extractivisme, conduisent à la multiplication des « zones sacrifiées » partout sur la planète. L’existence des populations vivant sur ces territoires ou dépendant de ceux-ci est bouleversée. Lorsqu’elles ne sont pas forcées de se déplacer, elles doivent composer avec un environnement pollué mettant en péril l’effectivité de leurs droits humains les plus fondamentaux, en particulier leur droit à une eau potable en quantité suffisante.

Montagne d’or : face à la vive opposition au projet, le recours au discours de la mine responsable

Parmi les luttes que France Libertés soutient, celle contre le projet de méga mine d’or à échelle industrielle en pleine forêt amazonienne en Guyane est emblématique de la démesure de l’extractivisme. Depuis près de deux ans, la société civile est mobilisée contre ce projet dit de ‘la Montagne d’or’ et l’opposition ne cesse de prendre de l’ampleur.

De mars à juin dernier, le projet faisait l’objet d’un débat public durant lequel l’inquiétude des guyanais s’est largement exprimée. La compagnie minière Montagne d’or composée de Nordgold (russe) et de Columbus Gold (canadienne) devait se positionner suite au débat pour le maintien ou l’abandon de son projet.

Ce 16 novembre, l’entreprise a annoncé qu’elle maintenait son projet tout en y apportant une série de modifications dans l’optique de l’améliorer. L’entreprise a souhaité montrer sa bonne volonté pour que le projet ait un impact environnemental moindre et davantage de retombées positives pour les populations.

Dans sa décision d’une page, la compagnie Montagne d’or emploie les termes classiques et attendus pour mieux faire accepter son projet : « modifications d’ampleur et des améliorations significatives », « en concertation avec l’ensemble des acteurs du territoire », « meilleure insertion dans le territoire », « minimiser », « sécuriser »…

Toutefois, France Libertés et plusieurs autres associations ont jugé les modifications annoncées comme dérisoires et superficielles. Les associations autochtones, très impliquées dans cette bataille contre le méga projet ont également réagi « si la Montagne d’or ne recule pas nous allons droit vers l’affrontement, et c’est vous qui l’aurez décidé ».

L’entreprise promet également des actions visant à aider les populations : améliorer la connaissance archéologique suite à la découverte de vestiges amérindiens, créer une banque de graines pour la revégétalisation des sites impactés, créer un fonds de développement et de diversification de l’économie de Guyane… Des engagements qui à première vue peuvent être séduisants mais qui interrogent. N’est-ce pas plutôt le rôle des services publics ? En plus d’une stratégie visant à minimiser leurs impacts environnementaux et à gonfler leurs retombées positives pour les territoires, les multinationales se lancent de plus en plus dans des projets s’apparentant à des missions de service public. Cela contribue à faire d’elles des acteurs indispensables du développement du territoire en question.

D’ailleurs, les partisans au projet Montagne d’or reprochent aux opposants de ne pas proposer des pistes de développement alternatives. Pourtant, plusieurs propositions ont été faites (voir le document d’Or de question ou du WWF). Toutefois, nombreux sont ceux, comme la Collectivité territoriale de Guyane et certains parlementaires, qui attendent des projets ‘clés en main’ produisant en très peu de temps des retombées pour le territoire. Il s’agit d’un manque de courage évident des services de l’Etat de se donner les moyens d’investir dans des projets durables et porteurs pour l’avenir.

La mine propre et responsable ou le discours visant l’acceptation sociale des projets extractivistes

Face à la multiplication des oppositions aux projets extractivistes, le discours de la mine verte, responsable ou encore propre est omniprésent. Il vise à rassurer les populations en promettant des projets soucieux de l’environnement, des emplois locaux, de la concertation avec les populations … Aujourd’hui la conscience des impacts néfastes de ces projets est de plus en plus forte débouchant sur de nombreux conflits socio-environnementaux. Ces conflits font perdre du temps, de l’argent mais aussi impactent la crédibilité des entreprises les portant. Les entreprises et les Etats misent donc désormais sur ce concept de la mine verte.

C’est le cas au Chili, comme l’explique notre partenaire Elif Karakartal ayant suivi la mobilisation du village de Caimanes contre les conséquences de l’implantation du 3e plus grand réservoir de déchets miniers du monde : « Pour faire face à ces conflits de manière plus « démocratique », de grands groupes miniers ont créé en 2013 une institution public-privé, sous l’égide de personnalités politiques comme Ricardo Lagos et de ministres du gouvernement. L’objectif de cette institution, appelée Valor Minero, est de réhabiliter l’image des mines sur le territoire sous la marque VIS (« verte, inclusive et sociale »). Valor Minero s’affiche comme une organisation visant, entre autres, à rapprocher l’extractivisme des territoires pour mieux intégrer les habitants et leurs spécificités dans les projets de développement minier. »

En France, c'est M. Macron, en tant que Ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique, qui souhaitant relancer l’activité minière en France, initiait la démarche ‘mine responsable’ en 2015. Une terminologie qui est depuis utilisée pour les projets extractivistes sur le territoire français et qui est accompagnée d’un discours autour de la force des normes françaises sur le plan environnemental par rapport aux autres États.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.