Eau et changement climatique : les alternatives existent ! N°2

Deuxième épisode de notre série sur les alternatives de lutte contre le changement climatique par l'eau. Cette semaine, zoom sur la réhabilitation des amunas, ancienne technologie pré-Inca pour la gestion des eaux pluviales à Lima.

Pérou © The New Scientist / Condesan Pérou © The New Scientist / Condesan
Lima connait depuis tout temps un climat rude, à 7 mois de période sèche durant lesquels l’eau se fait rare, suivent 5 mois de période humide avec des précipitations intenses. La ville alterne donc entre épisode de sécheresse et inondations.

Historiquement, l’aménagement du territoire à Lima a délaissé la gestion des eaux pluviales en misant principalement sur l’accès à l’eau potable et l’assainissement, impliquant une gestion détachée des phénomènes naturels. Aujourd’hui, le gap entre périodes sèche et humide est de plus en plus grand. Ces phénomènes étant accentués par le changement climatique, les étés sont plus secs et les précipitations plus intenses.

Face à ces enjeux, l’ONG Condensan, basée à Lima, a étudié les solutions permettant de réguler les apports d’eau de la ville selon les saisons. Parmi elles, on y trouve le vieux système des Hari : les amunas que la compagnie des eaux de Lima souhaite réutiliser.

Les Hari, civilisation pré-inca installée dans la région andine, avait développé le système hydraulique des amunas. Son principe permet de récolter l’eau de pluie dans les hauteurs par l’installation de canaux perméables à ciel ouvert suivant les courbes de niveau de la montagne. L’eau de pluie est ainsi collectée et une partie infiltrée pour recharger les nappes tandis que le surplus est conduit dans des réservoirs, eux même connectés à des puits qui alimentent les villages et villes tout au long de l’année.

Ce système permet ainsi de répartir l’approvisionnement en eau sur l’année : en période de fortes pluies l’eau est infiltrée et stockée dans les vallées ce qui permet dans le même temps de limiter les risques d’inondations. Pendant la saison sèche, le surplus d’eau stockée dans les puits et les bassins approvisionne les villes et villages.

Aujourd’hui les amunas, longtemps délaissées, sont tombées en ruines et nécessitent une remise en fonctionnement.

Selon les ONG Consendon et Forest Trends, la réhabilitation des amunas pourrait réduire le déficit en eau courante de Lima de 60% pendant la saison sèche, en augmentant l’approvisionnement en eau de 26 millions de mètres cube.

La réhabilitation des amunas aussi appelées siembra del agua (semailles d’eau) apparait comme une solution peu couteuse (en comparaison au projet de construction d’une usine de désalinisation) et respectueuse du cycle de l’eau en favorisant une infiltration et une régulation des précipitations. Afin d’être optimale et intégrée au milieu, la restauration de ces systèmes hydrauliques doit être accompagnée de pratiques favorisant le maintien de l’eau dans les montagnes : préservation des forêts, zones humides et marais, pratiques agricoles adaptées à l’environnement.

Pour aller plus loin, l’exemple des amunas de Tupicocha, avec vidéo illustrative (en espagnol), par Hydraulica Inca :

Las Amunas © Hidraulica Inca

Perrine Bouteloup


Une série sur les alternatives sur l'eau et le climat

Le changement climatique est intrinsèquement lié à l’eau, tant par ses causes que par ses conséquences. Les conséquences, nous les connaissons tous-tes : sécheresses, désertifications, inondations et autres catastrophes climatiques sont toutes liées au surplus ou à l’absence d’eau. Concernant les causes, en revanche, notre gestion des cycles de l’eau est rarement considérée comme un facteur du changement climatique. Pourtant, les activités humaines sont responsables de nombreuses perturbations du cycle de l’eau, participant ainsi au dérèglement climatique aux niveaux local et global. Heureusement, ce processus est réversible. 

C'est pour valoriser les alternatives qui existent que France Libertés et Une seule Planète proposent un parcours numérique. Ce format vous permet de naviguer librement entre 11 étapes construites autour de notions clés: rétablir l’équilibre du cycle de l’eau, les alternatives dans le domaine agricole ou en zone urbaine, les zones humides, la déforestation, l’eau comme levier d’action… De nombreuses ressources, vidéos, podcast, montrent que les solutions existent. En partageant les bonnes pratiques, nous avons voulu montrer que chacun peut agir, à son échelle, et être acteur de la lutte contre le dérèglement climatique.

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