Monsieur le Président, écoutez la voix des peuples autochtones de Guyane

Le projet de méga mine d’or « Montagne d’or » porté par deux entreprises minières étrangères menace les écosystèmes de la forêt primaire guyanaise et s’apprête à bafouer les droits des peuples amérindiens.

Monsieur le Président, alors que vous êtes cette semaine en visite en Guyane, nous vous alertons sur le projet Montagne d’or et sur les risques qu’il fait peser sur la Guyane. Vous devez prendre une position claire.

Vous n’êtes pas sans savoir que les entreprises russe et canadienne NordGold et Columbus Gold prévoient d’exploiter une mine d’or industrielle à 150 km au sud de Saint Laurent du Maroni au cœur de la forêt primaire guyanaise. Le projet nécessiterait de creuser une fosse de 400 m de profondeur sur 2,5 km de long et 500 m de large aux frontières des réserves biologiques intégrales de Lucifer et Dekou Dekou.

Ce projet serait un désastre pour les écosystèmes locaux et plus globalement pour la Guyane. Outre la déforestation de 15 km² de forêt primaire parmi les plus riches au monde en biodiversité, le procédé de traitement du minerai impliquerait l’utilisation de plus de 46 000 tonnes de cyanure. Et l’exploitation de la mine devrait générer 400 millions de m3 de déchets qui devront être stockés sous forme de boues cyanurées, avec un fort risque de drainage minier acide et de rupture des digues.

Monsieur le Président, vous affichez régulièrement votre engagement dans la lutte contre le changement climatique sur la scène internationale. Ce projet minier Montagne d’or, clairement climaticide, est emblématique de l’exploitation effrénée de la nature. Comment pourriez-vous justifier votre soutien à un tel projet au vu des conséquences environnementales qu’il implique ?

Au-delà des impacts sur la nature, il est indispensable de prendre en compte l’avis des populations guyanaises. Les peuples autochtones de Guyane seront les premiers touchés si ce projet venait à voir le jour, en particulier les populations vivant dans les bassins du Maroni et de la Mana. Pourtant, à ce jour, les instances représentatives des peuples amérindiens de Guyane n’ont pas été consultées et les porteurs du projet ne prêtent aucune attention à leurs demandes.

Face aux menaces d’impacts irréversibles sur leur lieu de vie, le Conseil des populations amérindiennes et Bushinengé de Guyane a adressé une lettre le 4 décembre dernier à votre prédécesseur. Il y explique ne pas avoir été associé au projet, ni même avoir été consulté, ce qui constitue une violation des principes du droit international. Le 9 août dernier, ce sont 13 chefs coutumiers qui ont exprimé leur opposition au projet. Les principales organisations autochtones de Guyane sont résolues à s’opposer à cette mine d’or et appellent à protéger l’Amazonie déjà ravagée sur sa partie guyanaise par l’orpaillage illégal.

La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) s’est elle-même fait le relai de ces revendications en recommandant dans son rapport publié le 17 octobre dernier « que soit renforcée la participation des peuples autochtones dans les domaines publics, politiques et économiques afin qu’ils soient partie intégrante de toute négociation touchant à leurs terres et territoires ». C’est à ce titre que la CNCDH s’est également prononcée pour un moratoire sur le projet Montagne d’or.

A notre tour, nous appelons une position claire de votre part et de celle de votre  gouvernement pour empêcher ce projet. Conformément à la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones qui fête ses 10 ans et à la convention 169 de l’OIT, les peuples autochtones doivent être consultés pour tout projet concernant leur territoire. Le principe du consentement est fondamental. Il est temps que la France reconnaisse l’existence de ses peuples autochtones et respecte leurs droits.

Ce projet de mine d’or est malheureusement emblématique du mépris dont font trop souvent l’objet les Amérindiens de Guyane. Leurs pratiques et leurs savoir-faire en matière de préservation des écosystèmes devraient, à l’inverse, nous inspirer à l’heure où se pose la question de la gestion durable des ressources naturelles.

Monsieur le Président, écoutez la voix des peuples autochtones amérindiens. Leurs revendications sont l’opportunité pour nous d’aller vers un rapport plus équilibré à la nature et de lutter concrètement contre le changement climatique. Le signal que vous donnerez fera écho en Guyane et bien au-delà.

Emmanuel Poilane, directeur de France-Libertés, Fondation Danielle Mitterrand

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.