Edito Ecologie sociale 4 décembre 2017

EELV victime de la gravitation universelle

 

Ce weekend, la fondation de Génération.s, le mouvement de Benoit Hamon a eu lieu concomitamment avec le Conseil fédéral d’Europe écologie les Verts. Mais au Mans, les écologistes étaient plus visibles qu’à Paris : Cécile Duflot, Esther Benbassa, Yves Contassot et Claire Monod, Noël Mamère, Pierre Serne, parmi d’autres, composaient le parterre de ce rassemblement d’ex-socialistes de fraiche date où les anciens de l’UNEF et du MJS sont les piliers d’une construction « horizontale ». Cette réunion a constitué un pas de plus dans la descente aux enfers d’EELV qui agonise lentement sous les yeux de ses derniers militants. Ceux ci sont effarés devant les innombrables « affaires»  qui ont depuis le dernier quinquennat structuré l ’effacement progressif d’un parti qui aux élections européennes de 2009 avait fait plus de 16 % des voix et comptait deux groupes parlementaires et des centaines d’élus territoriaux : départs des trois présidents de groupe à l’Assemblée et au Sénat ( De Rugy, Pompili, Placé),  de la secrétaire en titre du mouvement , Emmanuelle Cosse nommé ministre contre le vœu des siens, désertion de son candidat, Yannick Jadot  aux présidentielles annonçant en direct sa capitulation à la télévision, affaire Baupin, Promesse non tenue par le PS de restituer 200000 euros  en échange d’un accord léonin aux législatives, licenciement brutal de 5 salariés du siège contesté par l’inspection du travail, rien n’aura été épargné à la base d’EELV. Mais les trahisons ne sont pas la raison principale de la fin programmée d’EELV. EELV se meurt de ses renoncements et du refus de choisir une orientation. A sa naissance en 1984, la seule couleur verte revendiquée constituait l’ADN du parti. Il lui suffisait de dessiner son camp pour compter dans la vie politique. A l’époque personne ne se réclamait de l’écologie politique, hormis ce nouveau parti issu d’une hybridation entre mouvement environnementaliste et une partie de l’extrême gauche post soixante-huitarde. 33 ans plus tard, la situation s’est diamétralement transformée. L’existence de trois écologies concurrentes structure le paysage de l’écologie politique. Entre un écologiste libéral comme le Président de l’Assemblée nationale et Martine Billard, ex député verte devenu une animatrice de la France Insoumise, qui y a- t- il l de commun ?  Ce n’est pas en rejouant «rassemblons nous Folleville »  autour d’improbables assises de l’écologie et de la solidarité  qu’EELV résoudra ses problèmes. S’il est inaudible, ce n’est pas parce qu’il manque de moyens ou qu’il communique mal. Son repli sur soi n ‘est que le symptôme d’une crise d’identité, de projet, de sens qui atteint de plein fouet une organisation nécrosée qui n’a pas su trouver son chemin, écartelé qu’il est entre plusieurs visions de l’écologie politique, celle de l’écologie libérale, celle d’une sociale démocratie verte et celle de l’écologie de transformation, la notre.

Benoit Hamon, défait à la présidentielle a décidé de préempter le territoire politique des écologistes. Reprenant à son compte la Charte des Verts mondiaux, il vise à terme à remplacer en l’absorbant un parti qui n’a plus de défenses immunitaires pour résister à son OPA. Le fera t- il sous forme de fédération ou de fusion acquisition, peu importe finalement. Quelle que soit la forme, la disparition de l’écologie politique incarnée dans un parti se revendiquant autonome  est désormais programmée. Elle se fera sans doute à l’occasion de la première phase de la recomposition, avec les élections européennes de 2019. C’est la fin d’une fiction, celle d’un parti de toute l’écologie (du centre droit de Corinne Lepage à la l’écologie libertaire) vertébrant une introuvable majorité culturelle et un peuple de l’écologie qui n’existe que dans les fantasmes de ses dirigeants. En fin de compte, EELV est un nain politique qui a cru un moment atteindre une masse critique lui permettant de se soustraire à la loi de la gravitation universelle. Mais n’est pas soleil qui veut. Les planètes macronistes, hamonistes et mélanchonistes s’étant elles mêmes écologisées, chacune à sa manière , elles montrent que le roi est nu et attirent chacune à elle une partie d’EELV, incapable de survivre dans ce nouvel univers de la politique recomposée. C’est pour cela que l’écologie rebelle, insoumise, l’écologie de transformation qui regroupe écologistes sociaux, objecteurs de croissance, écosocialistes, doit maintenant se mettre en mouvement en constituant un pôle indépendant, adossé fermement à la France insoumise - sans s’y réduire.  Ce n’est pas l’écologie de transformation qui a tué EELV, ce sont les partisans de l’accompagnement du capitalisme vert, du greenwashing, de l’économie verte qui n’ont eu de cesse de piétiner l’écologie politique et de la transformer en idiote utile du système. A nous maintenant de sauver la seule idée neuve du XXIème siècle.

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